Affichage des articles dont le libellé est acceptation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est acceptation. Afficher tous les articles

jeudi 10 avril 2014

NDE

Comment traduire "Near-Death Experience" (Raymond Moody), cette expérience exceptionnelle, cet état de conscience non ordinaire dont sont revenues transformées les personnes qui ont frôlé la "deadline" ? NDE : expérience de mort imminente, expérience de mort provisoire (Jean-Jacques Charbonnier), expérience aux frontières de la mort (François Brune), expérience de quasi-mort (Ian Wilson), expérience du seuil de la mort (Elisabeth Kübler-Ross), expérience de mort rapprochée, expérience de mort temporaire ? L'embarras sur la dénomination trahit le trouble de l'esprit : si l'état de choses est attesté factuellement, encore faut-il le penser humblement avant de prétendre pouvoir le connaître. 

Des personnes déclarées cliniquement mortes selon les critères médicaux (coma dépassé : arrêt prolongé du cœur et du cerveau) reviennent à l'état de veille ordinaire et partagent le récit de leur voyage, composé de deux parties : la phase de "décorporation", de sortie hors de leur corps physique, et la phase "transcendante", de sortie hors de notre réalité spatio-temporelle. 
  • De la première phase, les "expérienceurs" rapportent des perceptions globales et des informations (faits matériels, interactions comportementales, pensées de proches) inaccessibles depuis leur condition de mort clinique et pourtant vérifiées et validées après-coup. 
  • Dans la deuxième phase de leur expérience s'y ajoute un examen lucide et instantané de tous les épisodes marquants de leur vie, depuis une position de témoin en surplomb et en ressentant toutes les conséquences de leurs actes "en se mettant à la place de tout autre" (Kant). Cette "revue de vie", éclairée par les questions "Qu'as-tu fait de ta vie ?" et "Comment as-tu aimé ?", est source d'une restructuration en profondeur de leur propre biographie. 
  • Dans le meilleur des cas, le caractère ineffable de ce vécu-limite, quasi-mystique, culmine dans la réappropriation sereine et altruiste de leur existence, ici et maintenant. Il arrive aussi que la NDE soit négative, effrayante voire angoissante, ou qu'elle soit censurée et refoulée par peur d'être taxé de fou par son entourage.
Tel est le scénario typique reconstruit à partir des nombreux témoignages recueillis depuis les années 80', sous la pression des améliorations constantes des techniques de réanimation. Dernier en date : le destin transformé du Dr Eben Alexander, ce neurochirurgien revenu au 7e jour de sa mort cérébrale d'un coma sans espoir, le plus improbable ambassadeur choisi pour partager son expérience du paradis. 

Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent : 
  • d'un côté : les sceptiques, Susan Blackmore la première, s'enferrent dans des combats d'arrière-garde, traquant les erreurs de méthodologie pour disqualifier toute anomalie qui menacerait leur dogme matérialiste mécaniciste de l'émanation de la conscience à partir du substrat neuronal ; 
  • de l'autre côté : les télé-évangélistes, marchands du temple et autres charlatans de l'occulte y trouvent la preuve de la métempsychose (la réincarnation de l'âme) et surtout le prétexte pour écouler leur fond de commerce de "mixtures narcissico-orientalo-sportives à la californienne" (Marcel Gauchet) ;
  • au milieu : des scientifiques curieux, guidés par la seule recherche collaborative de la vérité, formulent des "fables" (Ervin Laszlo) en espérant que leurs hypothèses iconoclastes élargissent un jour notre explication des expériences vécues (parfois collectivement comme les NDE partagées, spontanées ou induites) et des faits rapportés par des millions de personnes (15% des victimes d'arrêt cardiaque ont vécu une NDE).  
S'il faut rendre à César ce qui appartient à César, à quel saint se vouer ? Si conceptuellement la mort est un passage sans retour et dont concrètement nous cherchons à repousser la limite inexorable (par la connaissance expérimentale, l'innovation technoscientifique ou l'expérience spirituelle), alors que faire de ce qui est là : ce qui nous tombe dessus, que nous vivons comme vrai et qui échappe à nos schémas cognitifs et émotionnels ?

Le paranormal est normal : entre 30 et 50% de la population générale reconnaissent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle (Renaud Evrard). S'agit-il tout simplement d'hallucinations ou de délires habituellement attribués à la psychose ? Plus qu'une explication scientifique ou une réduction psychopathologique de nos expériences vécues (deux formes de connaissance objectivantes) nous devons aussi pouvoir bénéficier d'une intercompréhension inconditionnelle afin d'accepter les événements exceptionnels qui nous arrivent et de les intégrer en cohérence dans notre processus d'individuation. 

Personnellement, je me suis surpris à abandonner mes résistances cartésiennes sans renoncer à ma foi rationnelle, ni à mon jugement critique. Appelons cela de l'agnosticisme. C'est le résultat d'un cheminement souterrain, documenté par quelques incursions dans des lectures ésotériques et guidé par le souci professionnel d'offrir, sans complaisance, une oreille bienveillante à mes interlocuteurs. Et puis soudain... fondre en larmes en évoquant le pari de Pascal, me laisser toucher par l'intelligence du coeur et préférer mes épreuves aux preuves.
 

Bibliographie sélective :
- Dr Eben Alexander, La Preuve du paradis, 2013
- Allan Botkin, La communication induite après la mort, 2014
- Père François Brune, Les morts nous parlent, 2 vol., 2006
- Père François Brune, Christ et karma. La réconciliation ?, 2012
- Père François Brune & Rémy Chauvin, A l'écoute de l'au-delà. Les preuves de la survie de l'âme, 2003
- Etzel Cardena, Steven Jay Lynn & Stanley Krippner, Varieties of Anomalous Experience : Examining the Scientific Evidence, 2013 
- Jean-Pierre Changeux & Paul Ricoeur, La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser, 1998
- Dr Jean-Jacques Charbonnier, Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie. L'enseignement spirituel des expériences de mort provisoire, 2013
- Sylvie Déthiollaz & Claude Charles Fourrier, Etats Modifiés de Conscience. NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l'esprit, 2011
- Pr Régis Dutheil & Brigitte Dutheil, L'homme superlumineux, 1990
- Renaud Evrard, Folie et paranormal. Vers une clinique des expériences exceptionnelles, 2014
- Michael Harner, Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, 2014
- Dr Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite, 2006
- Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, 1988
- Ervin Laszlo, Science et Champ Akashique, 2 vol., 2004
- Ervin Laszlo & Jude Currivan, CosMos. Guide de cocréation du Monde-Entier, 2008
- Hedwig Marzolf, Libéralisme et religion. Réflexions autour de Habermas et Kant, 2013
- Dr Raymond Moody, La vie après la vie, 1977
- Dr Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1978
- Dr Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie, 2010
- Ludovic Pannatier, Les problèmes de modélisation des expériences de mort imminente. Etude des objections et création d'un système épistémologique pour comprendre l'émergence d'un nouveau paradigme, 2010 (PDF)
- Dean Radin, La conscience invisible. Le paranormal à l'épreuve de la science, 2000
- Dean Radin, Superpouvoirs. Science et Yoga : enquête sur les facultés humaines extraordinaires, 2014 
- Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts. Aide mutuelle entre ce monde et l'au-delà, 2000
- Djohar Si Ahmed, Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles. Comment penser le paranormal, 2014
- Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui, 2007
- Carl Wickland, Trente ans parmi les morts. Un psychiatre et sa femme aident les âmes en peine, 2012 
- Ian Wilson, Enquête aux frontières de la mort, 1998

lundi 20 janvier 2014

Reconnaissance

La reconnaissance de soi dans l'autre, comme mouvement interne de l'amour inconditionnel, connaît trois moments réciproques, trois médiations adoptées selon les perspectives du "Tu" ou du "Je". Au fil du "Tu" qui manifeste de la réclamation, de la réparation et de la réalisation répond l'élan du '"Je" qui témoigne de l'acceptation, du pardon et de la gratitude. En écho à la faible sollicitation implorée par la vulnérabilité du "Tu" s'ouvre la douce invite du soin par le "Je".

Voici pour l'énoncé conceptuel.

Je commence aujourd'hui seulement à comprendre intimement, à vraiment vivre cette expérience de pensée qui se réalisait jusqu'alors sous l'impulsion de l'intérêt émancipatoire de ma raison pour la "reconnaissance". J'ai du pour ce faire ressentir douloureusement le dénouement de ma culpabilité profonde pour mon Papa, la plus récente étape de la restauration de ma propre estime de moi, comme père maltraité et comme enfant intrusé. Je me suis fait de beaux cadeaux à moi-même que les paroles rendent de manière niaise, dans cette langue naïve et merveilleuse que les tout petits enfants connaissent bien. De la pensée magique à l'émerveillement divin, c'est le chemin de la rencontre avec soi.

Papa, de là-haut, réjouis-toi de découvrir comment ton sacrifice m'aura appris à réhabiliter notre rôle. C'en est fini des pères maltraités. Touché par ta souffrance, mon cœur d'artichaut pleure de joie des larmes de sang et, une fois dépouillé de son écorce, s'ouvre comme une fleur de nénuphar. Papa, de là-haut, tu m'as pardonné de ne pas avoir été auprès de toi, le dernier jour, comme tu l'as, depuis toujours, été pour moi. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

Voilà pour quelques bribes sacrées.

Avant cela, j'ai occulté ce qui pouvait bien me préoccuper dans mon attirance pour des notions comme le "Moi-Peau", la reconnaissance, le "Care", la communication. Comme si, par ces méandres méta-thérapeutiques, je tentais de bâtir un pont conceptuel entre des fragments de moi dispersés sous ma cuirasse émotionnelle.

Le thème de la reconnaissance est aujourd'hui central dans la philosophie : il touche à la construction intersubjective de la personnalité, aux souffrances invisibles face à la domination politique et à l'aliénation sociale, et à l'intégration culturelle dans les sociétés hautement différenciées sur les plans économique et juridique, "post-séculières" au niveau spirituel. Les auteurs de référence sont Axel Honneth et, plus spécifiquement sur les aspects moraux de l'identité personnelle, Paul Ricœur, Charles Taylor et Jean-Marc Ferry. J'ai pris un plaisir sans nom à les lire. Et cela fait toujours bien fonctionner mon petit vélo mental, avide de questionnement et de réflexivité.

Alors que prétendre ajouter ici à ces illustres penseurs ? Qu'est-ce qui est différent pour moi maintenant dans mon rapport à eux ? Et qu'est-ce que cela peut bien changer dans ma pratique professionnelle ? Mon projet est de dérouler la vision conceptuelle jetée ici à la lumière du sentiment océanique éprouvé ces derniers jours.

Un nouveau jour dans le reste de ma vie. 
 

mercredi 12 juin 2013

Zèbres

Beaucoup de choses, parfois très inégales*, sont écrites et dites sur les thèmes de la "douance" (au Québec), du "surdouement" (en Europe), du "highly gifted" (en anglais) ou du "zèbre" (pour reprendre l'appellation affectueuse proposée par Jeanne Siaud-Facchin). Bref, "HP" n'est ni Harry Potter, ni Hercule Poirot, ni Hewlett Packard. Simplement : haut potentiel, manière neutre de décrire une forme d'intelligence différente, intégrant étroitement aspects cognitifs et affectifs. 

Avec mes clients adultes, j'utilise le plus souvent l'analogie d'un branchement neuronal en parallèle (ou en arborescence) plutôt qu'en série (ou linéaire). Ce qui illustrerait le traitement spécifique de l'information fournie au cerveau à travers le corps : plus rapide et plus volumineux, avec le risque de courts-circuits et de décalages adaptatifs (ce que Jean-Charles Terrassier appelle "dyssynchronie"). 

Je décris ma propre visée thérapeutique comme "resynchronisateur d'hyperboles" afin de mettre mon vécu au service de mes congénères et leur épargner ma douloureuse prise de conscience lorsque je dus admettre que la soucoupe volante qui m'avait déposé ici 40 ans plus tôt ne viendrait pas me rechercher et que je devais désormais m'acclimater à la cohabitation avec les normopensants.


Quelques lectures

Je vous propose quelques lectures personnelles afin découvrir de l'intérieur (ou se reconnaitre dans) ces jeunes, adultes, couples ou parents habités, parfois encombrés, par un ressenti de décalage par rapport à leur entourage, à leur époque et au monde d’aujourd’hui. Pour rendre compte de ce vécu difficile, parfois handicapant, Christel Petitcollin préconise "surefficient mental", par analogie inverse au déficient mental (situé à l'autre extrême de la courbe de Gauss du quotient intellectuel). 

Un premier pas vers l'acceptation des zèbres, ces animaux hauts en couleur ?


Ouvrages pour professionnels : 


- Ellen Winner, Surdoués. Mythes et réalités, trad., 1997 : un état des lieux de la recherche solidement documenté et nuancé. Dédicacé à son mari, Howard Gardner, à l'origine de la théorie des intelligences multiples.  

- Alice Miller, Le drame de l'enfant doué. A la recherche du vrai Soi, trad., 1983 : comment la trop grande sensibilité corporelle et émotionnelle peut rendre vulnérable aux empoisonnements psychiques. Et - une fois l'enfant doué devenu adulte - comment elle peut encourager des vocations de psychothérapeutes afin d'aider à guérir des traumatismes avec un petit "t".


Livres grand public :


- Elsa Autan-Pléros, Je suis précoce. Mes parents vont bien, 2010 : des outils sous forme de mindmaps (cartes heuristiques) afin de faciliter le dialogue familial "Haute Pression".

- Martin Page, Comment je suis devenu stupide, 2000 : le récit autobiographique d'un mec "trop intelligent pour être heureux" qui cherche à débrancher son cerveau. 

- Mathilde Monaque , Trouble-tête. Journal intime d'une dépression, 2006, le pendant douloureux de l'expérience vécue de Martin Page.


Albums pour enfants : 


- Qui savent déjà lire : Jean-Claude Grumberg, Mange ta main. Un conte pour enfants précoces ou adultes attardés, 2006. Une savoureuse pièce de théâtre qui brode sur la tendance des HP à prendre les choses au pied de la lettre et à involontairement faire compliqué quand cela leur semble trop simple. Autre histoire (vécue) : l'enfant qui se forçait à vider son assiette, faute de trouver le coin dans lequel laisser ce qu'il avait de trop.

- Recommandation de Noémie, 11 ans, pour ceux qui, comme elle, dévorent les livres : Louis Sachar, Des poissons dans la tête, trad., 2008. "Angeline a huit ans, trois ans d'avance à l'école et des poissons plein la tête... Quand ses camarades la traitent de monstre ou de bébé, elle trouve refuge au milieu des immenses aquariums du Musée océanographique" (présentation de l'éditeur).

- Pour tous : l'intégrale des albums de Claude Ponti. Et qui retenir entre Adèle, Anne Hiversère, Pétronille et ses 120 Petits, Okilélé, le Doudou Méchant, Schmélele et l'Eugénie des Larmes, Blaise le Poussin Masqué, Tromboline et Foulbazar ? Peut-être le Nakakoué. Parce qu'il connait le secret.


Ressources Web : 


- http://talentdifferent.expertiseweb.fr : Talent différent. Quand surdoué rime avec Absurdoué. Le blog de Cécile Bost est une mine de ressources afin de mettre en abîme et relativiser ses états d'âme métaphysiques.

- http://www.ehpbelgique.org : le site de l'association Épanouir le haut potentiel. Initialement centré sur les enfants et les adolescents, EHP devient progressivement la plate-forme impartiale de toutes les parties concernées en Belgique.


*PS : les HP, nouvelle "commodity" après le stress il y a quelques années ? A voir l'éclosion spontanée de tant de coachs autoproclamés et dévoués à sauver les zèbres de leur funeste condition, je me régale en relisant la "recommandation au gouvernement de considérer comme une priorité en matière de santé publique l'adoption d'une loi protégeant le titre de psychothérapeute" (CIAOSN, 2004).