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lundi 23 avril 2018

Cyrille J.-D. Javary, "Yin-Yang. La dynamique du monde"


(Lecture) Yin-Yang, c'est comme les pieds sur les pédales d’une bicyclette, aurait dit Bruce Lee pour décrire l’esprit chinois par lequel tout ce qui est vivant doit être pensé par deux. "Les deux agissent ensemble; pendant que l’un monte sans effort, l’autre descend grâce à l’appui des pieds". L’équilibre de la bicyclette ne tient qu’à son mouvement.

Nous devions déjà à Cyrille J.-D. Javary une traduction remarquable du classique Yi Jing. Le livre des changements (http://www.albin-michel.fr/ouvrages/yi-jing-9782226239303) qui se conclut par "La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout change toujours tout le temps".

Dans Yin-Yang. La dynamique du monde (http://www.albin-michel.fr/ouvrages/yin-yang-9782226435460), Cyrille J.-D. Javary extrait d’abord la logique ternaire profonde du Yi Jing, structurée par le renversement d’un mouvement dans son contraire et l’union harmonieuse des opposés.

Javary décrit ensuite comment cette logique Yin-Yang anime la dynamique non dualiste du monde à travers des illustrations tirées de l’architecture, du langage, de la poésie, de la stratégie, de la médecine et de l’assaisonnement des plats.

Enfin, Javary montre comment Yin-Yang ne peut pas être invoqué pour justifier l'assujettissement des femmes aux hommes et doit, en revanche, être lu dans le sens de la complémentarité entre féminité et masculin afin de rééquilibrer les relations sociales existantes.

Un ouvrage érudit, écrit avec fluidité et nuance, qui montre la proximité des concepts entre civilisation chinoise et spiritualité occidentale, et leur actualité. Comme le vélo.




jeudi 15 février 2018

Pierre Trigano, "Psychanalyser Jung"


De quoi la vie de Carl Gustav Jung est-elle le nom ? (Penser avec et contre Jung)

Dans sa somme Psychanalyser Jung (2 tomes parus, 3e volume annoncé), Pierre Trigano réinterroge l’intention exprimée par Carl Gustav Jung en ouverture de son autobiographie : « Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation » (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, 1967).

Pierre Trigano analyse comme une totalité en action les écrits théoriques et cliniques de Jung, les rêves, visions et correspondances du médecin et de ses patients ainsi que ses prises de position publiques (dont sa compromission avec le régime nazi) et ses passages à l’acte dans le cadre professionnel.

Appliquant au Jung vivant la méthode d’interprétation des faits psychiques que ce dernier pratiquait avec ses patients, Pierre Trigano dépasse le mythe personnel exposé dans l’autobiographie de Jung ainsi que le portrait hagiographique que les adeptes et les disciples dressent encore aujourd’hui de leur maître, monstre sacré fondateur de la psychologie analytique.

Dans un premier temps, Pierre Trigano met scrupuleusement à jour l’équation personnelle de Carl Gustav Jung : ayant été abusé enfant par un proche de sa famille, il cherche à surmonter l’humiliation initiale en reproduisant à son tour le rôle d’incesteur. Face à la menace d’effondrement de son Moi en formation, l’inversion et la répétition de l’aliénation semblent être pour Jung les seules issues pour laver l’objectivation infligée.

Dans un second temps, Pierre Trigano dévoile le fil secret qui divise toute la vie de Jung et, en même temps, l’enseignement scientifique et spirituel que le médecin retire de la dissociation traumatique de sa personnalité. En effet, Jung vit dans sa chair et dans son psychisme le mal subi du fait de l’archétype masculin en inflation. Or cette expérience unilatérale par laquelle le Moi boursouflé s’instaure comme unique roi du monde se fait patiemment miner de l’intérieur par l’épreuve du Tout-Autre : le Soi, centre transcendant de la psyché et source intemporelle du devenir conscient en tant que Moi individué.

Quant au contenu, Jung a largement démontré que le Soi est l’union harmonieuse des contraires, la conjonction non violente des opposés, la complémentarité respectueuse des réciproques. Les deux principes premiers de l’humanité y font alliance dans la douceur : le masculin, comme puissance d’affirmation, d’engagement et d’entreprendre, et la féminité, comme capacité d’ouverture, de mise en relation et d’amour.

En complément, Pierre Trigano décrit la double fonction harmonisatrice du Soi. D’un côté, il ordonnance les différents archétypes unilatéraux évoluant dans l’inconscient collectif et prompts à usurper la place du Soi. De l’autre côté, il guide chacun des Moi individuels dans leur intégration (i.e. individualisation) et dans leur accomplissement (i.e. individuation).

En conclusion, quelle vérité se laisse voir au travers de l’incarnation de l’homme Jung ?

Psychanalyser Jung contourne d’abord un double écueil : d’une part, la réduction psychologisante de Jung au conflit personnel qui le hante, au motif qu’il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, et, d’autre part, la minimisation des écarts de conduite privée et politique de Jung, sous couvert de célébrer ses seules œuvres savantes.

Ensuite, Psychanalyser Jung expose, preuves à l’appui, la cohérence profonde de la personne Jung, « élue » par le Soi pour faire reconnaître le divin en l’homme aux yeux et dans les termes de la science occidentale.

Karl-Otto Apel est connu pour ses tentatives de fondation ultime de la raison en « pensant avec et contre » ses principaux partenaires de discussion philosophique. Humble serviteur du Soi, Pierre Trigano nous partage ici l’enseignement reçu par la contemplation de la vie de Jung : il renouvelle l’ambition de Apel en l’étendant à l’ensemble des manifestations terrestres de la psyché, sans la réduire au seul mode « pensée » du Moi exorbitant.


dimanche 3 décembre 2017

Domination


La violence conjugale ce sont aussi les victimes (pères maltraités, compagnons battus) de ces femmes blessées et meurtries par un pôle d'énergie masculin négatif. Ce volet ténébreux de leur puissance d’affirmation Yang, nourri aux offenses autoritaires et pétri de ressentiments vindicatifs, hante la psyché de ces femmes violentes à l’égard des hommes.

Quelle que soit leur expérience personnelle des hommes ou leur héritage familial du patriarcat, ces femmes, triomphantes dans leur maternité ou indépendantes dans leur Amazone, perpétuent la domination tant décriée.

Que ressentez-vous à l’égard de ces compagnons battus, fascinés et effrayés par leur propre idéal de toute-puissance projeté sur leurs tortionnaires castratrices ? Face à leur déesse seraient-ils simplement de tendres chérubins asexués et fragiles, vous inspirant pitié et mépris ?

Que ressentez-vous à l’égard de ces pères maltraités, éjectés de leur rôle éducatif voire privés de leurs enfants du fait de leur mère, une fois qu’ils ont déposé leur petite graine et s’épuisent à tenir le choc de vos pulsions ambivalentes ? Seraient-ils trop efféminés, pas assez virils ou bien (et en même temps) trop peu tendres, abusivement machos ?

Je me réjouis que de nombreux hommes soutiennent à nouveau l’émancipation des femmes. Si la peur change de camp, je souhaite aussi que l’amour reprenne ses droits dans notre lutte contre la domination. Au nom de mon père et de son père. Et pour mes fils et leurs âmes sœurs.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Andr%C3%A9_van_Loo_-_Mlle_Clairon_en_M%C3%A9d%C3%A9e.jpg

dimanche 5 novembre 2017

Compléments

Je me sens assez bien dans ma peau pour ne pas devoir me promener les couilles en bandoulière. Mais là, les gars, j’ai honte de mes frères.

Je me sens assez bien dans ma tête pour m’accepter tel que je suis et essayer d’en faire autant à l’égard de mon prochain. Mais là, les filles, je vous demande pardon.

Je me sens assez bien dans mon cœur pour exprimer cahin-caha mes sentiments à l’égard de ceux que j’aime. Mais là, je suis en colère sur l’humanité en moi.

Bravo à celles qui affrontent leurs peurs et le jugement social et qui brisent la loi du silence. Dépasser l’impuissance sans verser dans la violence. Malgré les Trump, Weinstein, Poutine, DSK et autres gorets boursouflés par leur suffisance. Combien de petits mâles lâches et anonymes ces prédateurs encouragent-ils ?

Alors oui, les mecs, vous faites pitié à mendier un peu de reconnaissance en traitant toutes les meufs qui bougent de "charmante" et en susurrant des obscénités entre vos dents, à leur passage.

Alors oui, les testiculeux, plaignez-vous d’être incompris et mâles-traités lorsque toutes ces fausses victimes ingrates de notre fécondité débordante vous éconduisent.

Alors oui, lorsque les insinuations graveleuses, enrobées dans le compliment gluant, sont mises à jour, ces chevaliers servants, démasqués dans leur mauvaise foi, deviennent agressifs et orduriers.

Qu'avez-vous connu comme enfant pour en arriver là ?

Petits garçons, en quoi vous sentez-vous menacés à voir les filles se réconcilier avec le masculin positif en elles (cette force de créer, d’affirmer, d’agir, d'entreprendre et de différencier) ?

Petits garçons, en quoi avez-vous peur de réhabiliter la féminité en vous (cette ouverture, cette sensibilité, cette écoute, cette sensualité et cette capacité de mise en relation) ?

Le problème réside autant dans la crispation du patriarcat sur ses prérogatives de domination qui lui échappent dans un monde de plus en plus égalitaire, que dans les menaces sourdes du matriarcat sur l’émancipation des individus, hommes et femmes.

Nous avons tous, homme et femme, une part de féminité et de masculin en nous. Les comportements de ces harceleurs ne racontent-ils pas aussi cette sensibilité réprimée, cette part féminine niée ? Plutôt que de se faire la guerre entre sexes, si nous essaiions la complémentarité du masculin et de la féminité en nous et avec les autres ?



(affiches apparues dans les rues de Bruxelles début novembre 2017) 

 

jeudi 19 mars 2015

Trumma

"J'annonce à trois femmes, à la fois familières et inconnues, des amies proches de Frédérique, la naissance prochaine de notre fille. Elle s'appelle Trumma, contraction de Trauma (traumatisme), Uma/Emma (femme sensuelle) et Droom (rêve en néerlandais). Je ressens beaucoup de joie dans le coeur." Au réveil, je sais qu'il s'agit de mon Anima, la figure féminine de mon être, Alter Ego émotionnel et relationnel de mon masculin, sentinelle de mon inconscient personnel et passerelle vers l'inconscient collectif, cette psyché objective rencontrée par C. G. Jung.  

Je me souviens à nouveau de mes rêves depuis la mi-février 2015, après la longue nuit de ma vie intérieure dont l'origine se perd dans le temps. Je fais désormais l'expérience de l'autonomie de cette présence dans mon corps : l'"Homme-Rêve" est là, disponible et patient, habitant la "Montagne rouge". J'apprends à l'apprivoiser, il me guide dans mon chemin. "Cela fait si longtemps" ouïs-je, ému aux larmes, lors de nos retrouvailles. Jusqu'alors, mon Anima se projetait sur les femmes que j'ai aimées : dans sa version négative pendant ma première vie, dans son versant riche en paix depuis 14 ans. A l'oeuvre au noir a succédé l'oeuvre au blanc. Le moment est venu aujourd'hui de "retirer mes projections sur le monde, recouvrer mon pouvoir d'action dans le monde et commencer à me vivre complet".

J'avais reçu le programme de ma mue dès mon premier rêve : "Lilliputien, ma progression dans cette jungle touffue, étrange tapisserie en laine de yak, est lente et semée d'embûches, je me dépouille de mes systèmes de défense narcissique et m'abandonne sans résistance rationnelle à ce qui advient, aux antipodes de ce que je connais". Dans la foulée, le travail en thérapie EMDR m'a plongé incandescent dans la catastrophe familiale, gelée depuis 10 ans dans la culpabilité : indispensable purification de mon Moi. Depuis j'apprends, au jour le jour et dans mon corps, qu'il m'est impossible de guider quelqu'un là où je ne suis encore jamais allé. Le reste est expérience de l'ineffable : "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire" (Wittgenstein).




lundi 20 janvier 2014

Reconnaissance

La reconnaissance de soi dans l'autre, comme mouvement interne de l'amour inconditionnel, connaît trois moments réciproques, trois médiations adoptées selon les perspectives du "Tu" ou du "Je". Au fil du "Tu" qui manifeste de la réclamation, de la réparation et de la réalisation répond l'élan du '"Je" qui témoigne de l'acceptation, du pardon et de la gratitude. En écho à la faible sollicitation implorée par la vulnérabilité du "Tu" s'ouvre la douce invite du soin par le "Je".

Voici pour l'énoncé conceptuel.

Je commence aujourd'hui seulement à comprendre intimement, à vraiment vivre cette expérience de pensée qui se réalisait jusqu'alors sous l'impulsion de l'intérêt émancipatoire de ma raison pour la "reconnaissance". J'ai du pour ce faire ressentir douloureusement le dénouement de ma culpabilité profonde pour mon Papa, la plus récente étape de la restauration de ma propre estime de moi, comme père maltraité et comme enfant intrusé. Je me suis fait de beaux cadeaux à moi-même que les paroles rendent de manière niaise, dans cette langue naïve et merveilleuse que les tout petits enfants connaissent bien. De la pensée magique à l'émerveillement divin, c'est le chemin de la rencontre avec soi.

Papa, de là-haut, réjouis-toi de découvrir comment ton sacrifice m'aura appris à réhabiliter notre rôle. C'en est fini des pères maltraités. Touché par ta souffrance, mon cœur d'artichaut pleure de joie des larmes de sang et, une fois dépouillé de son écorce, s'ouvre comme une fleur de nénuphar. Papa, de là-haut, tu m'as pardonné de ne pas avoir été auprès de toi, le dernier jour, comme tu l'as, depuis toujours, été pour moi. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

Voilà pour quelques bribes sacrées.

Avant cela, j'ai occulté ce qui pouvait bien me préoccuper dans mon attirance pour des notions comme le "Moi-Peau", la reconnaissance, le "Care", la communication. Comme si, par ces méandres méta-thérapeutiques, je tentais de bâtir un pont conceptuel entre des fragments de moi dispersés sous ma cuirasse émotionnelle.

Le thème de la reconnaissance est aujourd'hui central dans la philosophie : il touche à la construction intersubjective de la personnalité, aux souffrances invisibles face à la domination politique et à l'aliénation sociale, et à l'intégration culturelle dans les sociétés hautement différenciées sur les plans économique et juridique, "post-séculières" au niveau spirituel. Les auteurs de référence sont Axel Honneth et, plus spécifiquement sur les aspects moraux de l'identité personnelle, Paul Ricœur, Charles Taylor et Jean-Marc Ferry. J'ai pris un plaisir sans nom à les lire. Et cela fait toujours bien fonctionner mon petit vélo mental, avide de questionnement et de réflexivité.

Alors que prétendre ajouter ici à ces illustres penseurs ? Qu'est-ce qui est différent pour moi maintenant dans mon rapport à eux ? Et qu'est-ce que cela peut bien changer dans ma pratique professionnelle ? Mon projet est de dérouler la vision conceptuelle jetée ici à la lumière du sentiment océanique éprouvé ces derniers jours.

Un nouveau jour dans le reste de ma vie. 
 

samedi 15 juin 2013

Masculi(e)n

"Le coaching, c'est pour les gars, la thérapie pour les filles. Et moi, je fais les deux". Dite platement, ma formule d'ouverture traduit bien le positionnement clivé par rapport aux émotions que manifestent, embarrassé.e.s, mes plaignant.e.s. 

Ma chance ? Je peux me la jouer coach Yin ou Yang : 
  • l'entrée mentale, à dominante neurocognitive et comportementale, avec son arsenal de questionnaires standardisés, va brancher le masculin, favori de la prise de tête. Le travail sera d'abord pédagogique : montrer le gain de performance à (re)connaître et utiliser l'énergie émotionnelle. Avant d'être thérapeutique : désamorcer les schémas précoces inadaptés et déjouer par des stratagèmes confusionnant les solutions qui entretiennent les problèmes. Bref, surmonter le détachement et accueillir son ressenti;
  • l'hypnose formelle, l'absorption dans son intériorité et l'abandon à soi délivrent les énergies psychiques nichées dans les interstices corporels, enracinent les ramifications vitales et déployent les arborescences numineuses. Ici la communication thérapeutique est d'emblée diagnostique. Ici se travaille immédiatement l'attachement : réparer les ratés de la socialisation primitive et laisser respirer les enveloppes successives du Moi-Peau, substrat de l'individuation.


Golem

Voilà pour la théorie. Mon expérience de vie et ma pratique professionnelle ont introduit de la nuance dans cette simplification abusive. D'abord, nous faisons tous de l'hypnose sans le savoir. C'est même une condition de revitalisation psychique, comme réinitialiser notre processeur interne et recommencer à neuf. Ensuite, le cerveau, cette merveilleuse machine à simuler la réalité, multiplie la rêverie et explore toutes les possibilités avant de retenir l'option qui lui semble la plus appropriée pour l'action ici-bas. 

Papa, je t'imagine lire mes billets de là-haut. Et me réjouis de te décrypter depuis l'espace des variantes. Papa, de là-haut, sache combien je comprends chaque jour mieux pourquoi tu étais qualifié d'"original". Le temps est venu de me réconcilier avec toi et de rendre au masculin la place qui lui revient. Renaître à soi commence par reconnaître ce que l'on méconnaît déjà. Et, avec Léonard de Vinci, "Plus on connaît, plus on aime".

Fondamentalement, je suis un rejeton du néant, je reviens du désert émotionnel. Nourrisson, je n'avais trouvé comme seule issue à l'emprise primitive sur mon corps que de me réfugier dans ma tête. Papa, de là-haut, que répondre à Maman qui, en plein repas de famille, m'assène : "Tu me dois tout, tu me dois la vie" ? Golem livré à la désolation, il ne me restait qu'à magnifier ma propre dévastation. L'envers du pervers, le revers du narcissique, l'enfer de ses travers : il s'exècre intimement. Et, pour cela, il s'aime sans répit.  


Médée

Enfant, je me rêvais psychiatre. Ma phobie des seringues et des bistouris m'a rendu plus incisif. La philo, c'est aussi moins intrusif. Aujourd'hui, survivant à mon saccage émotionnel, je fais le psy : j'utilise ce que la vie m'a infligé de pire afin que mon client en retire le meilleur pour soi. Papa, de là-haut, réjouis-toi de voir comment je monétise mes compétences acquises dans la confusion familiale. Je les ai ensuite peaufinées avec ma première expérience conjugale. Ah ! que les scénarios de vie ont la peau dure. Papa, de là-haut, que répondre à Maman qui, un bel après-midi d'été, offre un porte-jarretelles à sa petite-fille de 11 ans ?

La fine dentelle psychotraumatique qui s'est imprimée comme ma réalité affective précoce s'est reproduite subrepticement dans le choix de la mère de mes enfants. Comme si j'avais tenté, en tant que fondateur de ma famille adulte, de parachever mon expiation d'avoir été là bébé. Mon apprentissage si familier des états limites au contact de ma mère s'est enrichi d'une descente aux enfers matriarcaux, précipitée avec sa bru. Père privé de mes deux premiers garçons du fait de leur propre mère, ravagée par une jalousie insatiable, mes chairs (dont la chair de ma chair) ont souffert de l'inanité de la justice des hommes et des femmes face à la soif de vengeance sadique de Médée répudiée. Papa, de là-haut, comment as-tu décelé la vérité cachée de celle dont "noires" est l'anagramme ?


Hulk

Aujourd'hui, je déploye les soins de l'âme au service de la reconnaissance du Soi. Je navigue entre Charon, Cerbère et Orphée, croise des silhouettes perdues dans le Mordor, reçois les réclamations de Mânes et les accompagne jusqu'au seuil de la renaissance. Alors, masculin ou féminin, ce qui s'extrait de la crypte réclame un visage humain, sauvé par le rêve du cauchemar archaïque. En cette époque de mariage pour tous, chers masculinistes, salafistes et autres croisés traditionalistes, remerciez l'extraversion des invertis, si révélatrice des infidélités de votre dogmatisme identitaire.

Rescapé touché par l'amour de ma vie, je découvre aussi la joie de travailler avec Frédérique, ma femme féerique, et de partager notre intimité urbaine autour de la périnatalité, dans un dialogue serein entre hommes et femmes, parents et amants.