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mercredi 18 octobre 2023

Engagement

Joyeux 4e anniversaire "Royal Rebellion". Le 12 octobre 2019, Extinction Rebellion Belgium (XR-BE) organisait des assemblées populaires à Bruxelles : "Sire, notre Royaume brûle!". 

Ligne du temps rétrospective de mon engagement, où j'ai cherché à concilier pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté jusqu'à embrasser le réalisme de la foi.

A. Réengagement

2018 : corédaction d’un projet de livre sur la Constitution écologique 

Août 2019 : l’Amazonie brûle, au stand d’info de XR-BE, des personnes viennent me demander pardon pour leur passivité

B. Impuissance, honte & culpabilité

Octobre 2019 : "Royal Rebellion", Place Royale à Bruxelles

Décembre 2019 : "Extension of the Rebellion", Grand-Place de Bruxelles

Janvier 2020 : l’Australie brûle, 1 milliard d’animaux tués

Janvier 2020 : "Salon des Mensonges", plateau du Heysel

C. Escalade, résistance & sacrifices

Mars 2020 : lock-down Covid, "J'arrête tout et je recommence"

Avril 2020 : "Tell The Truth", la vérité sur le Covid-19 et la crise écologique - Un discours pour Sophie Wilmès

Juin 2020 : "Our Future, Our Choices", actions décentralisées et final à la Tour des Finances à Bruxelles

Juillet 2020 : "Le visage politique du Vivant", mon article dans La Chronique de la Ligue des Droits Humains   

Août 2020 : "Gniark, gniark, gniark", mon portrait dans Wilfried 

Septembre 2020 : "What Is Your Plan ?", marathon d’actions visant les négociations gouvernementales, dans la zone neutre à Bruxelles et autour

Octobre 2020 : proposition de Parlement Citoyen

Décembre 2020 : "Décoloniser le vivant sans écologiser le capitalisme", mon article dans Politique. Revue de débats 

Avril 2021 : "Money Rebellion", sièges sociaux de BNPParisBasFortis, KBC, ING, EuroClear

Mai 2021 : "Rebellion Of One", quartier européen à Bruxelles (pendant le G7)

D. Désespoir, rage & courage 

Novembre 2021 : "Time For Rage", rue de la Loi à Bruxelles (pendant la COP26, à Glasgow)

Janvier 2022 : "Full Yéti veut déplacer des montagnes", mon entretien dans Imagine. Demain le monde

Juin 2022 : XR Animal "Zoo Rebellion", en Belgique

E. Découragement, clairvoyance & espérance 

Septembre 2022 : "Thérapeutique de la Kabbale", ma rencontre avec la Puissance de vie

Octobre 2022 : "Nécrose", mon bilan politique

Novembre 2022 : David, Pieter et Wouter, les premiers prisonniers politiques belges de la justice écologique et climatique

Juin 2023 : "Vortex, manifeste d’écologie non-dualiste", diagnostic cosmopoétique de notre époque

Octobre 2023 : le pape François publie Laudate Deum, exhortation apostolique à toutes les personnes de bonne volonté, sur la crise climatique

 


mardi 27 mars 2018

Publiciste

Mouvements étudiants et démocratisation de l’Université, théorie critique de la société et terrorisme d’extrême gauche, querelle des historiens et réunification de l’Allemagne, globalisation capitaliste et intégration politique de l’Europe, manipulations génétiques et devenir de l’espèce humaine, fondamentalismes religieux et revitalisation de l’espace public politique : tout au long de sa carrière académique, Jürgen Habermas s’est aussi investi sans relâche comme intellectuel public dans les débats de société.

Dans la biographie que lui consacre Stefan Müller-Doohm, j’ai découvert avec délice les prises de position du publiciste Habermas : la virulence de ses écrits dans les journaux imprimés, le ton polémique qu’il adopte pour dramatiser les débats médiatiques et la colère fougeuse qu’il peut manifester face à la mauvaise foi intellectuelle ou au retour des postures de pensée autoritaires.

Jürgen Habermas témoigne d’une sincère jubilation à s’impliquer comme citoyen dans l’espace public pour ferrailler, par la force non coercitive des arguments, avec les ennemis de l’Etat de droit démocratique. Un portrait bien documenté qui démontre combien la pratique et la théorie de l’espace public démocratique sont loin d’être des attitudes angéliques.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Connaissance/Juergen-Habermas


mercredi 14 février 2018

Erik Olin Wright, "Utopies réelles"


(Lecture) Contraindre les dirigeants de l’Etat capitaliste à un nouveau compromis de classe avec la société civile ? Telle est l’ambition socialiste et démocratique d’Erik Olin Wright dans son ouvrage Utopies réelles (2010), récemment traduit en français.

Le sociologue américain contemporain élabore une "science sociale émancipatrice" pour démontrer la faisabilité de la construction d’un rapport de forces avec les pouvoirs administratif et économique réellement existants et en vue d’éroder la domination du capitalisme sur la société. Wright identifie les leviers concrets travaillant aujourd’hui à la "transformation symbiotique" du capitalisme plutôt qu’à son renversement ou son effondrement.

Sur le plan de la démocratie politique, il s’agit par exemple du budget participatif municipal, du financement public et égalitaire des campagnes électorales ou des assemblées de citoyens aléatoirement sélectionnés. Sur le plan de la démocratie économique, le revenu inconditionnel de base comme investissement non contingent permettrait d’amorcer des initiatives d’économie coopérative et de développer le secteur d’activités sociales autonomes. D’autres instruments du "capitalisme social" sont étudiés : les fonds de solidarité contrôlés par des travailleurs et les fonds de salariés avec prélèvement d’actions.

Considérant que les rouages étatiques sont assujettis aux intérêts financiers, l’objectif est de reconnecter le pouvoir administratif et le pouvoir économique au pouvoir social, compris comme pouvoir d’agir enraciné dans la société civile. Combinant pragmatisme politique et égalitarisme démocratique, la "boussole socialiste" de Wright permet de conserver le cap vers une société plus juste pour tou.te.s, tout en détectant les dispositifs institutionnels déjà à l’œuvre aujourd’hui pour sa réalisation dans le monde.

A la lecture d’Utopies réelles, les révolutionnaires s’indigneront peut-être du manque de rupture radicale des expérimentations sociales analysées par Wright. Confrontés aux défis climatique et technologique, les réactionnaires se résigneront-ils à concéder plus d’autonomie à des travailleurs compétents, surnuméraires et désœuvrés, et à les laisser développer des formes non capitalistes de production ?

Ouverte aux dynamiques historiques et nourrie par elles, la démarche de Wright remet en lumière l’érosion ambivalente du capitalisme : pour se maintenir au pouvoir, les élites dirigeantes de l'Etat capitaliste doivent laisser grignoter sa position dominante au sein du système économique global. Se revendiquant d’Antonio Gramsci, Utopies réelles illustre comment, dans les faits, concilier le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté.

mardi 16 janvier 2018

Pierre Trigano, "Et le Capitalisme tombera"


(Lecture) Quels enseignements retirer du futur ?

Déceler les signes du divin dans notre quotidien et restaurer chez l'humain sa capacité à faire histoire en conscience : telle est la lecture de l'Apocalypse de Jean que nous offre Pierre Trigano, inspiré par une intelligence nourrie de sagesse.

Pierre Trigano applique à ce texte obscur de la Bible hébraïque la méthode de contemplation prolongée et holiste qu’il utilise pour l’analyse des rêves initiée par Jung et pour l’interprétation serrée des classiques de la tradition philosophique et religieuse.

Cette lecture symbolique mais non rhétorique intègre toutes les manifestations concrètes de l’esprit (politiques, sociologiques, psychiques et physiques) et propose une compréhension exhaustive des signes de notre humanité, déposés de toute éternité.

Mû par le devoir moral de transmettre les messages qu’il a reçus en interrogeant ainsi l’inconscient de la Bible, Pierre Trigano nous expose les raisons d’espérer la liquidation prochaine de la domination capitaliste globale et d’investir dans l’avènement terrestre de la communauté humaine universelle, libre et solidaire.

Si la prédiction aliène notre humanité réduite à des comportements programmés, la prophétie libère notre puissance d’agir dès lors que nous avons collectivement la maturité psychique pour endosser nos responsabilités politiques et renouer l'alliance cosmique.

Telle est la leçon du décryptage par Pierre Trigano de l’Apocalypse de Jean, texte indéchiffrable il y a 1900 ans et dont l’exégèse en profondeur nous livre aujourd’hui les promesses émancipatoires et jubilatoires. 

http://www.reel-editions.com/et_le_capitalisme_tombera-par-pierre_trigano-35


Axel Honneth, "L'idée du socialisme"


(Lecture) Comment rendre au socialisme sa force pratique de changement dans la société en vue de l’émancipation des individus ? 

Axel Honneth reformule la promesse inscrite dans la Révolution française: liberté, égalité et fraternité sont les aspects complémentaires de la même "liberté sociale", par laquelle nous agissons "les uns pour les autres", dans l’entraide et la solidarité, plutôt que seulement "les uns avec les autres", comme des propriétaires privés mus par leurs intérêts égoïstes.

Axel Honneth repère deux erreurs de jeunesse qui ont réduit l’utopie socialiste à une doctrine politique parmi d'autres et l’ont déclassée face à notre réalité démocratique. D’un côté, l’héritage industriel devenu obsolète : donner la priorité à l’économie des biens, investir le prolétariat ouvrier d’une mission eschatologique et disqualifier l’action politique sous les lois immuables du progrès historique. De l’autre côté, l’opposition au libéralisme politique, lequel garantit les droits subjectifs individuels protégeant la formation autonome de la volonté de chacun dans toutes les sphères différenciées de la société (famille, marché, Etat).

Le ressort et la finalité de la liberté sociale portée par le socialisme sont de libérer les promesses déjà inscrites dans le présent et d’en universaliser les conditions institutionnelles et les bénéfices concrets pour tous. Dans son actualisation postmarxiste et anticapitaliste du socialisme, Honneth reprend la vision expérimentale de John Dewey : abolir les restrictions empiriques et les déformations systématiques de la communication sociale réellement existante permet aux individus interdépendants d’augmenter leurs interactions réciproques et, ce faisant, de faciliter l’expression de leurs talents particuliers et leur recherche coopérative de la vérité. 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais/L-idee-du-socialisme

Nancy Fraser, "Le féminisme en mouvements"


(Lecture) Et si on incitait "les hommes à ressembler davantage aux femmes telles qu’elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire des personnes effectuant un travail de care de base" ? Eclairant renversement de perspective sur les crispations autour de l'égalité femme-homme.

Dans son article "Après le revenu familial" (pp. 153-188 du recueil ci-dessous), la philosophe féministe de gauche Nancy Fraser nous invite à repenser l’Etat-providence postindustriel afin de promouvoir l’équité complète entre hommes et femmes. Elle déconstruit le genre et propose le modèle de "pourvoyeur universel du care".

Il s’agit de prendre le meilleur des deux modèles existants. D’un côté, le modèle du "soutien de famille universel" qui, en prônant l’égalité formelle entre hommes et femmes, force en réalité celles-ci à entrer dans la vision du citoyen-travailleur dominée par un préjugé androcentré. De l’autre côté, le modèle de la "parité du pourvoyeur du care" lequel, sous couvert de préserver la différence de genre, établit une double norme dans les politiques publiques et manque de respect équivalent pour les activités et les modèles de vie dits "féminins".

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_feminisme_en_mouvements-9782707173645.html

dimanche 3 décembre 2017

Domination


La violence conjugale ce sont aussi les victimes (pères maltraités, compagnons battus) de ces femmes blessées et meurtries par un pôle d'énergie masculin négatif. Ce volet ténébreux de leur puissance d’affirmation Yang, nourri aux offenses autoritaires et pétri de ressentiments vindicatifs, hante la psyché de ces femmes violentes à l’égard des hommes.

Quelle que soit leur expérience personnelle des hommes ou leur héritage familial du patriarcat, ces femmes, triomphantes dans leur maternité ou indépendantes dans leur Amazone, perpétuent la domination tant décriée.

Que ressentez-vous à l’égard de ces compagnons battus, fascinés et effrayés par leur propre idéal de toute-puissance projeté sur leurs tortionnaires castratrices ? Face à leur déesse seraient-ils simplement de tendres chérubins asexués et fragiles, vous inspirant pitié et mépris ?

Que ressentez-vous à l’égard de ces pères maltraités, éjectés de leur rôle éducatif voire privés de leurs enfants du fait de leur mère, une fois qu’ils ont déposé leur petite graine et s’épuisent à tenir le choc de vos pulsions ambivalentes ? Seraient-ils trop efféminés, pas assez virils ou bien (et en même temps) trop peu tendres, abusivement machos ?

Je me réjouis que de nombreux hommes soutiennent à nouveau l’émancipation des femmes. Si la peur change de camp, je souhaite aussi que l’amour reprenne ses droits dans notre lutte contre la domination. Au nom de mon père et de son père. Et pour mes fils et leurs âmes sœurs.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Andr%C3%A9_van_Loo_-_Mlle_Clairon_en_M%C3%A9d%C3%A9e.jpg

dimanche 5 novembre 2017

Compléments

Je me sens assez bien dans ma peau pour ne pas devoir me promener les couilles en bandoulière. Mais là, les gars, j’ai honte de mes frères.

Je me sens assez bien dans ma tête pour m’accepter tel que je suis et essayer d’en faire autant à l’égard de mon prochain. Mais là, les filles, je vous demande pardon.

Je me sens assez bien dans mon cœur pour exprimer cahin-caha mes sentiments à l’égard de ceux que j’aime. Mais là, je suis en colère sur l’humanité en moi.

Bravo à celles qui affrontent leurs peurs et le jugement social et qui brisent la loi du silence. Dépasser l’impuissance sans verser dans la violence. Malgré les Trump, Weinstein, Poutine, DSK et autres gorets boursouflés par leur suffisance. Combien de petits mâles lâches et anonymes ces prédateurs encouragent-ils ?

Alors oui, les mecs, vous faites pitié à mendier un peu de reconnaissance en traitant toutes les meufs qui bougent de "charmante" et en susurrant des obscénités entre vos dents, à leur passage.

Alors oui, les testiculeux, plaignez-vous d’être incompris et mâles-traités lorsque toutes ces fausses victimes ingrates de notre fécondité débordante vous éconduisent.

Alors oui, lorsque les insinuations graveleuses, enrobées dans le compliment gluant, sont mises à jour, ces chevaliers servants, démasqués dans leur mauvaise foi, deviennent agressifs et orduriers.

Qu'avez-vous connu comme enfant pour en arriver là ?

Petits garçons, en quoi vous sentez-vous menacés à voir les filles se réconcilier avec le masculin positif en elles (cette force de créer, d’affirmer, d’agir, d'entreprendre et de différencier) ?

Petits garçons, en quoi avez-vous peur de réhabiliter la féminité en vous (cette ouverture, cette sensibilité, cette écoute, cette sensualité et cette capacité de mise en relation) ?

Le problème réside autant dans la crispation du patriarcat sur ses prérogatives de domination qui lui échappent dans un monde de plus en plus égalitaire, que dans les menaces sourdes du matriarcat sur l’émancipation des individus, hommes et femmes.

Nous avons tous, homme et femme, une part de féminité et de masculin en nous. Les comportements de ces harceleurs ne racontent-ils pas aussi cette sensibilité réprimée, cette part féminine niée ? Plutôt que de se faire la guerre entre sexes, si nous essaiions la complémentarité du masculin et de la féminité en nous et avec les autres ?



(affiches apparues dans les rues de Bruxelles début novembre 2017) 

 

mercredi 7 août 2013

Philosophe

"Papa, c’est quoi ton métier ?". Si la vérité sort de la bouche des enfants, encore faut-il aussi pouvoir leur répondre : à la fois leur rendre des comptes sur ce que je fais avec autrui et leur partager ce que j’en fais pour moi.

J’ai rencontré deux philosophes en chair et en os : Jean-Marc Ferry, mon directeur de thèse, et Karl-Otto Apel, lors d’un séminaire scientifique à Arrábida, en juin 2001. Je me suis formé auprès d'autres, au travers de leurs écrits : Kant, Hegel, Fichte, Peirce & Habermas. Pour le reste, j’ai côtoyé des professeurs de philosophie, des chercheurs chevronnés, des sophistes médiatiques, des mandarins académiques et de nombreux fonctionnaires de la pensée. 

A côté de cette philosophie institutionnelle, l’espace public anarchique des revues, des blogs et des filets de tweets rend visible et accessible l’effervescence des praticiens et l’intelligence des amateurs. J’y participe depuis 1991, mû par ma responsabilité d’intellectuel critique et animé par ma croyance en l’usage public de la raison. Cette démarche est principiellement auto-référentielle : mes interventions comme publiciste portent sur la critique des déformations structurelles de la communication publique dans l’environnement médiatique et sur l’institutionnalisation démocratique des conditions normatives d’un espace public politique réflexif. C’est un projet inachevé qui stimule toujours ma pensée.
 

Une pratique rémunérée de la philosophie


Installé à mon propre compte depuis 2009, je pratique aujourd’hui la philosophie contre rémunération. En quoi consiste la "consultation philosophique" et jusqu'où décrit-elle mon activité professionnelle ?

Négativement, il s’agit de faire le deuil d’une ambition narcissique secrète et de s’accepter avec humilité : 

"La situation particulière de la consultation philosophique résulte sans doute du fait que le consultant philosophe n'a pas l'envergure d'un grand philosophe. Dans le meilleur des cas, le consultant éclaire les autres grâce aux philosophes et se nourrit lui-même des questions existentielles qui lui sont posées. Si le consultant philosophe avait une vision originale du monde à présenter et à explorer, il construirait sans doute une œuvre et ne passerait pas son temps à accompagner les autres" (Vlegeris, p. 323).
Les "nouvelles pratiques philosophiques" se disséminent, depuis 1981, à l’initiative de quelques figures pionnières. La "consultation philosophique" est née en Allemagne avec Gerd Achenbach, relayée en France depuis 1992 par Marc Sautet, créateur des "cafés philo", et Oscar Brénifier, aux USA en 1991 par Lou Marinoff et son association. Elles font aujourd'hui des émules, notamment en Suisse et en France.

Ces démarches partagent le même souci de rendre la philosophie efficace pour éclairer l’existence et orienter l’action de leurs bénéficiaires tout en veillant à se démarquer des coaches et psychothérapeutes par les références universalisantes aux œuvres de la tradition. Toutefois, le lexique utilisé pour décrire l’activité professionnelle trahit l’embarras du positionnement stratégique de la prestation. Si les télécommunications offrent du temps de parole et si les "consultants philosophes" proposent du temps d’écoute, so, what’s in it for me ?


Counseling


L’appellation terminologique d’abord : le "consultant" est-il celui qui offre ses services contre rémunération ou celui qui les sollicite moyennant paiement ? Si ce dernier consulte un professionnel qui propose des consultations, le bénéficiaire de celles-ci est-il "sujet", "patient" ou "client" ? Et comment qualifier les prestations fournies : "conseil" (analyse critique d’une situation), "formation" (transfert de compétences professionnalisantes), "recommandations" (préconisations d’action, stratégiques ou opérationnelles) ou "direction de conscience" (magistère moral, "mentoring" issu de l’expérience de vie) ?

Au Canada, la "profession du counseling" est un terme générique, inclusif de plus de 70 titres professionnels. Elle comporte deux volets cumulatifs : moral  (la "relation de counseling") et juridique (le "service de consultation"). La relation s’établit entre un "conseiller" et un "client" et son objet est délimité par le contexte institutionnel de son exercice, selon qu’il s’agisse d’une pratique privée en cabinet libéral ou d’une prestation en organisation. Et, dans ce dernier cas, le format du service, son commanditaire et son public-cible donneront lieu à des variétés d’intervention : café, salon, lunch ou apéro philosophique, atelier (consultation collective) pour adultes ou enfants, conférence, séminaire ou dialogue intra- ou inter-entreprises, supervision professionnelle ou accompagnement individuel de dirigeants, futurs dirigeants, hauts potentiels ou seniors en transition. 

 

Politiser le prendre soin


L’essentiel réside ailleurs : qu’est-ce qui amène le client – ce qui présuppose d’examiner s’il consulte de manière volontaire ou contrainte – et comment utilisera-t-il à son propre profit l’attention inconditionnelle que lui consacre son interlocuteur professionnel ? La philosophie cultive la prise de recul critique des acteurs sur leurs habitudes, routines et autres ornières du mode mental automatique. Comment appliquer cette réflexivité au counseling ? Ce que Peter Raabe résume ainsi : "If you want to become a counsellor, study counselling. But if you want to become a good counsellor study philosophy as well".

On touche ici au cœur de la relation d’aide décrite par les éthiques du Care comme le prendre soin des personnes dans leur vulnérabilité et leur interdépendance au monde afin de les réhabiliter dans leur dignité humaine. Certes, les thérapies brèves stratégiques construites sur la coopération avec le client, orientées vers les solutions internes qu’il méconnait et focalisées sur la constitution de ses "capabilités" ont depuis longtemps mis à jour le noyau dur du "prendre soin psychique", désamorçant tout paternalisme thérapeutique.
 

La consultation philosophique pourrait-elle, de son côté, démasquer les dérives maternalistes du Care ? Invoquer une prétendue "moralité des femmes" pour subrepticement renforcer "l'irresponsabilité des privilégiés" (Joan Tronto) : quand les puissants n'admettent pas leur dépendance à l'égard de ceux (et plus souvent celles) qui prennent soin d'eux et ajoutent la domination à l'alinéation. En se rappelant que l’"on a souvent besoin d'un plus petit que soi" (Le Lion et le Rat), l’enjeu politique est aussi d’éviter le piège de la commisération pour les victimes, de reconnaître les ressorts sociaux de leur souffrance et de forger avec elles les ressources critiques de leur transformation. Et si la liberté de panser du consultant philosophe rétribuait aussi sa liberté de pensée ?
 

Bref, philosophe c’est le masculin de sage-femme :
  • même méthode : la maïeutique, comme accouchement, advenir humain;
  • même activité : le Care, comme relation de prendre soin, articulant secours, soutien, solidarité et souci;
  • même ambition, peut-être désuète : la reconnaissance, comme renaissance par la connaissance.

samedi 8 juin 2013

Ouvrir mon carnet à spirales

Je reprends la plume de manière méthodique, après plusieurs années d'abstinence. Mon dernier ouvrage remonte à 2002. Il était consacré à la communication publique et à l'émancipation politique. Aujourd'hui, place à la communication thérapeutique et à l'identité personnelle.


Comment en suis-je arrivé là ?

En publiant le coeur spéculatif de mon doctorat en philosophie, je pensais sincèrement avoir atteint les limites de ce que je pouvais penser sur les fondements normatifs de l'espace public contemporain, dans la lignée de la Théorie critique de la société. Par congruence, il me restait à orchestrer l'institutionnalisation de ma visée théorique en organisant la constitutionnalisation du quatrième pouvoir depuis le mirador qu'est le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Mon insupportable prétention à avoir raison trop tôt et à le faire savoir bruyamment m'a relégué dans le no man's land du conseil en stratégie et en organisation. Quelle aubaine pour y élaborer quelques projets fumeux sur l'intelligence collective : alchimie improbable des créatifs culturels, pionniers autoproclamés de la sobriété volontaire, de la collaboration entre auto-entrepreneurs faussement désintéressés, agglutinés sur des radeaux de la Méduse réhabilités en cabinets-experts, et des mirages techno-optimistes de l'Internet 2.0. pour tous. "Biloba", "PatchWorking" ou "InLoveMint" sont les rejetons de ma surchauffe neuronale.

Le syndrome de Münchausen a fait long feu. Peut-être n'en suis-je pas encore tout à fait guéri. J'y décèle une réclamation à être reconnu, aspiration à honorer aujourd'hui de manière plus écologique. Je reprends en tout cas goût à écrire et à penser en mon nom propre. Sans trop vite m'emballer dans une vocation mégalomaniaque à changer le monde, en me débattant dans mon verre d'eau. Tel Buzz l'Eclair qui, faute de s'envoler vers l'infini et au-delà, s'écrase avec panache sur la moquette.

L'usage des nouvelles applications sociales en ligne m'offre l'occasion d'expérimenter les promesses et les limites de la démocratie délibérative et d'accéder aux ressources partagées par les chercheurs intervenants dans ces pratiques de socialisation publiquement médiatisées. Cette actualisation du projet inachevé des Lumières renoue avec mes intérêts spéculatifs initiaux. Le dialogue avec mes étudiants de communication à l'ISFSC m'a confronté à l'impératif pratique de reformuler dans leurs termes le fragile héritage démocratique "Vieille Europe". Enfin, une discussion sans concession m'a permis de jeter un regard dans le rétroviseur et réaliser sereinement le deuil d'ambitions obsolètes.


Et après ?

Je me surprends aujourd'hui à dérouler ma pensée de manière non linéaire, sans exposer par le menu un plan déductif rigoureux. Je m'observe avec curiosité bavarder à voix haute à propos de ce que je suis devenu, en acceptant de faire simple là où je m'efforcais de faire compliqué. J'avoue avoir encore des efforts à faire pour être moins elliptique.

Ce carnet à spirales va s'enrichir au fil de l'eau : widgets ergonomiques et participatifs, retours d'expériences issus de ma clinique thérapeutique, notes de lectures personnelles, ressources méthodologiques éclectiques, développements théoriques et prolongements politiques. Seul objectif : déployer en toute transparence mon arrière-plan conceptuel et laisser fleurir mes arborescences spirituelles. Avantage pour moi : soulager les soutes de mon cerveau volant après chaque voyage. Bénéfice pour mes clients : m'interroger sur mon éthique professionnelle.