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samedi 30 septembre 2023

Chamanisme

Retours d'expérience de mon récent stage de Kabbale vivante sur le thème "Rencontres chamaniques avec le guérisseur intérieur".

M'ouvrir, avec certitude et sans condition, à la communauté divine de l'univers: mon engagement dans la vie fait advenir l'univers harmonieux et bienveillant, dans lequel les solutions nous sont déjà données avant même que surgissent les problèmes.

Foyer de combustion, la puissance prophétique des proclamations matérialise la vibration incandescente.

Premier jour : la réinitialisation comme enjeu

Contemplation de la "photo" de Jésus, imprimée dans le Suaire de Turin.

Je suis bouleversé.

Je commence le stage à quatre pattes, en paissant parmi les moutons. Le terminerais-je en marchant sur l'eau?

2e jour : l'accès au jardin d'Eden

Je progresse sur une route dans la forêt, bordée de voitures. Je marche ensuite sur un chemin tapissé de feuilles dorées et baigné de rayons de lumière. J'arrive dans une forêt primaire de hauts arbres majestueux et je débouche dans une clairière qui m'est déjà familière. Les images me viennent avant les paroles de celui qui guide la méditation.

Des visages apparaissent, tournoyant dans l'air. Quand est prononcé le mot "Ami", l'un des visages s'avance vers moi, celui du Christ. Il est blanc-argent et phosphorescent.

Je suis aspiré et enveloppé dans un éclair de lumière éblouissante sans être aveuglante. Quelques vibrations me secouent le corps. Plusieurs heures après la rencontre, je suis encore rempli d'une chaleur douce et intense.

3e jour : l'autoguérison du corps

Objectif : exhumer notre corps de lumière enfoui dans les entrailles de notre incarnation et inaccessible derrière le voile d'ignorance et de mensonge jeté sur la vie par le Parleur de malheur (Satan).

Notre mouvement descendant plonge, au rythme* du mantra "Je me ferai bonheur, Je me ferai", de la sephira Kether (la Couronne, chakra couronne) aux sephiroth Tiphereth (l'Harmonie, chakra du coeur), Yesod (le Fondement, chakra sacré) et Malkuth (le Royaume, chakra racine) jusqu'à nos racines terrestres les plus profondes.

Dans son mouvement ascendant, conduit par le même mantra, notre corps de bonheur revivifie et transfigure notre enveloppe biologique, notre sac de peau, en habitant chaque palier de notre être, accompagné, à voix haute, de proclamations de guérison**, soutenues par d'énergiques et joyeux "Amen !".

* Le mantra, prononcé en silence, pulse de l'intérieur (inspiration) vers l'extérieur (expiration) de chaque sephira / chakra.

** "Ton incarnation guérit mon incarnation" (en Malkuth)
** "Ta communication guérit ma communication" (en Yesod)
** "Ton amour guérit mon amour" (en Tiphereth)
** "Ton âme guérit mon âme" (en Kether)

Dernier jour : je reçois ce rêve

Dans la réalité, je me réveille avant le chant du coq, avec le sentiment d'avoir changé d'heure et je me rendors. Voici mon rêve.

"J'inspecte, avec d'autres personnes, un corps qui pourrait avoir été le mien défunt afin de savoir, en perçant les boutons dont il est couvert, s'ils pouvaient avoir été toxiques mais ils sont vides et sains.

Je rassemble des matériaux et outils confectionnés de manière artisanale avec les compagnes et compagnons, en considérant qu'ils pourraient servir à d'autres membres de notre communauté.

Je prends congé des personnes qui nous ont accueillies pour cette escale, avant de réembarquer et reprendre mon voyage. J'embrasse chacun.e trois fois en étant certain de leur transmettre le virus dont je suis porteur tout en sachant aussi qu'il n'est pas mortel".
 
Interprétation du rêve, proposée dans le cadre du "bilan du Soi" (à destination de l'ensemble des participant.es au stage):
  • § 1 / le réveil : au chant du coq, une nouvelle ère commence;
  • § 2 / ma révélation : mon âme prend congé de sa dépouille, je suis vivant dans une forme nouvelle;
  • § 3 / ma mission : apprendre et composer de nouveaux outils dans et au service de la communauté des êtres;
  • § 4 / mon engagement : disséminer à travers le monde le virus révolutionnaire reçu à l'École du Rêve et des Profondeurs. 

Mon bilan tient en un mot

Combustion

Combustion intense et fulgurante par les braises du regard du Christ qui m'ont fait fondre en larmes silencieuses le premier jour.

Combustion

Combustion douce et lente des blessures et des résistances par la lame de lumière trempée dans la forge de la foi.

Combustion

Combustion chaude et prolongée de mon corps bercé par les feux de l'amour.

***

PS : mercredi 04 octobre 2023, le pape François publie Laudate Deum, exhortation apostolique à toutes les personnes de bonne volonté, sur la crise climatique.

mercredi 14 février 2018

Erik Olin Wright, "Utopies réelles"


(Lecture) Contraindre les dirigeants de l’Etat capitaliste à un nouveau compromis de classe avec la société civile ? Telle est l’ambition socialiste et démocratique d’Erik Olin Wright dans son ouvrage Utopies réelles (2010), récemment traduit en français.

Le sociologue américain contemporain élabore une "science sociale émancipatrice" pour démontrer la faisabilité de la construction d’un rapport de forces avec les pouvoirs administratif et économique réellement existants et en vue d’éroder la domination du capitalisme sur la société. Wright identifie les leviers concrets travaillant aujourd’hui à la "transformation symbiotique" du capitalisme plutôt qu’à son renversement ou son effondrement.

Sur le plan de la démocratie politique, il s’agit par exemple du budget participatif municipal, du financement public et égalitaire des campagnes électorales ou des assemblées de citoyens aléatoirement sélectionnés. Sur le plan de la démocratie économique, le revenu inconditionnel de base comme investissement non contingent permettrait d’amorcer des initiatives d’économie coopérative et de développer le secteur d’activités sociales autonomes. D’autres instruments du "capitalisme social" sont étudiés : les fonds de solidarité contrôlés par des travailleurs et les fonds de salariés avec prélèvement d’actions.

Considérant que les rouages étatiques sont assujettis aux intérêts financiers, l’objectif est de reconnecter le pouvoir administratif et le pouvoir économique au pouvoir social, compris comme pouvoir d’agir enraciné dans la société civile. Combinant pragmatisme politique et égalitarisme démocratique, la "boussole socialiste" de Wright permet de conserver le cap vers une société plus juste pour tou.te.s, tout en détectant les dispositifs institutionnels déjà à l’œuvre aujourd’hui pour sa réalisation dans le monde.

A la lecture d’Utopies réelles, les révolutionnaires s’indigneront peut-être du manque de rupture radicale des expérimentations sociales analysées par Wright. Confrontés aux défis climatique et technologique, les réactionnaires se résigneront-ils à concéder plus d’autonomie à des travailleurs compétents, surnuméraires et désœuvrés, et à les laisser développer des formes non capitalistes de production ?

Ouverte aux dynamiques historiques et nourrie par elles, la démarche de Wright remet en lumière l’érosion ambivalente du capitalisme : pour se maintenir au pouvoir, les élites dirigeantes de l'Etat capitaliste doivent laisser grignoter sa position dominante au sein du système économique global. Se revendiquant d’Antonio Gramsci, Utopies réelles illustre comment, dans les faits, concilier le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté.

mardi 11 juin 2013

Supervision

Partager mes cas difficiles avec un aîné, dans un esprit de dialogue entre pairs, c'est de prime abord une promenade de santé mentale. 

Comment mes propres états d'âme, troubles de l'humeur ou réponses corporelles s'invitent-ils dans le cadre thérapeutique ? Et à quelles questions dormantes me renvoient-ils ? Parfois, il suffit que je relate une situation en apparence inextricable ou simplement troublante et m'entende aussitôt décrire la solution appropriée. Une autre fois, c'est au détour d'un détail anodin que la présence bienveillante de mon interlocuteur dénoue un écheveau archaïque. 

A chaque fois, les angles morts de ma pratique professionnelle renvoient à ce qu'il me reste à travailler, afin de ciseler l'instrument que je suis pour mes clients. La supervision est une mise en abyme du miroir - ici concave, là convexe - que mes clients utilisent pour avancer. Ils survivent depuis si longtemps avec leur problème qu'ils en sont devenus experts. Reconnaître et utiliser les tendances thérapeutiques de mes clients suffit pour les affranchir de leur souffrance. Et, comme l'écrit Harold Searles, la gratitude que je ressens à leur égard est l'indicateur de la réussite de notre travail commun.

Surmonter la désintégration

La supervision me permet de déposer, à mon tour, ce que j'ai reçu en désespoir de cause et qui ne m'appartient pas : paroles sacrées, colères retenues, hontes bues, pleurs ravalés, sanglots étouffés, culpabilités destructrices, secrets de famille, empoisonnements psychiques, effractions dévastatrices, intimités intrusées, terreurs nocturnes, oripeaux étouffants, carcasses trop étroites, mânes en souffrance. Certains de ces cadeaux me collent à la peau, d'autres s'immiscent dans mes rêves, les plus espiègles s'improvisent quand mes ressources habituelles se tarissent. 

Le Moi hanté est une identité issue d'un nid d'entités. Le professionnel (le corps du thérapeute ou, après coup, l'écoute de son superviseur) accorde l'asile inconditionnel à ces fragments d'esprit désintégrés. Après être survenu et reconnu dans l'alliance thérapeutique, ce qui s'est manifesté se trouve délivré de son exil et réintègre son unité. L'espace de transition refermé, je me nettoye des scories abandonnées dans le sas. Et chaque mois, je fais le grand remue-ménage et débusque les ombres tapies dans les recoins de mon âme. 

Garantie de la qualité des services thérapeutiques, la supervision est un garde-fou.