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mercredi 2 mai 2018

Soin spirituel


Retour à unif : à l'automne, je travaillerai le thème "Comment accompagner nos transitions de vie ? Naissance, mourance, croissance" dans le cadre de l'Université des Aînés de Louvain-la-Neuve. 

Nos existences sont ponctuées d’étapes inéluctables face auxquelles nous pouvons nous sentir démunis : naître, grandir, perdre, mourir. De quelles ressources disposons-nous pour faire face à ces moments? Comment partager avec nos proches les enseignements retirés de ces épreuves ? A quels enjeux et problèmes être attentif pour nous orienter avec succès dans ce questionnement ?

Le cours s’appuiera sur mon expérience clinique de l’accompagnement des adultes et des professionnels afin de clarifier quelques concepts issus de la littérature savante. En complément, il s’agira aussi d’exposer les bénéfices attendus de démarches telles que l’hypnose, la thérapie EMDR ou l’analyse de rêves. 

Cette introduction personnelle aux notions de "soin spirituel" (Canada) et d’"accompagnement spirituel" (Suisse), neutre par rapport aux confessions religieuses, se déroulera en 4 séances (mercredi 10 octobre 2018, 24 octobre, 14 novembre et 28 novembre, de 09h00 à 11h00) au Centre Tonaki (1 Voie de la Petite Reine, 1348 Louvain-la-Neuve).



mardi 27 mars 2018

Publiciste

Mouvements étudiants et démocratisation de l’Université, théorie critique de la société et terrorisme d’extrême gauche, querelle des historiens et réunification de l’Allemagne, globalisation capitaliste et intégration politique de l’Europe, manipulations génétiques et devenir de l’espèce humaine, fondamentalismes religieux et revitalisation de l’espace public politique : tout au long de sa carrière académique, Jürgen Habermas s’est aussi investi sans relâche comme intellectuel public dans les débats de société.

Dans la biographie que lui consacre Stefan Müller-Doohm, j’ai découvert avec délice les prises de position du publiciste Habermas : la virulence de ses écrits dans les journaux imprimés, le ton polémique qu’il adopte pour dramatiser les débats médiatiques et la colère fougeuse qu’il peut manifester face à la mauvaise foi intellectuelle ou au retour des postures de pensée autoritaires.

Jürgen Habermas témoigne d’une sincère jubilation à s’impliquer comme citoyen dans l’espace public pour ferrailler, par la force non coercitive des arguments, avec les ennemis de l’Etat de droit démocratique. Un portrait bien documenté qui démontre combien la pratique et la théorie de l’espace public démocratique sont loin d’être des attitudes angéliques.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Connaissance/Juergen-Habermas


jeudi 15 février 2018

Pierre Trigano, "Psychanalyser Jung"


De quoi la vie de Carl Gustav Jung est-elle le nom ? (Penser avec et contre Jung)

Dans sa somme Psychanalyser Jung (2 tomes parus, 3e volume annoncé), Pierre Trigano réinterroge l’intention exprimée par Carl Gustav Jung en ouverture de son autobiographie : « Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation » (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, 1967).

Pierre Trigano analyse comme une totalité en action les écrits théoriques et cliniques de Jung, les rêves, visions et correspondances du médecin et de ses patients ainsi que ses prises de position publiques (dont sa compromission avec le régime nazi) et ses passages à l’acte dans le cadre professionnel.

Appliquant au Jung vivant la méthode d’interprétation des faits psychiques que ce dernier pratiquait avec ses patients, Pierre Trigano dépasse le mythe personnel exposé dans l’autobiographie de Jung ainsi que le portrait hagiographique que les adeptes et les disciples dressent encore aujourd’hui de leur maître, monstre sacré fondateur de la psychologie analytique.

Dans un premier temps, Pierre Trigano met scrupuleusement à jour l’équation personnelle de Carl Gustav Jung : ayant été abusé enfant par un proche de sa famille, il cherche à surmonter l’humiliation initiale en reproduisant à son tour le rôle d’incesteur. Face à la menace d’effondrement de son Moi en formation, l’inversion et la répétition de l’aliénation semblent être pour Jung les seules issues pour laver l’objectivation infligée.

Dans un second temps, Pierre Trigano dévoile le fil secret qui divise toute la vie de Jung et, en même temps, l’enseignement scientifique et spirituel que le médecin retire de la dissociation traumatique de sa personnalité. En effet, Jung vit dans sa chair et dans son psychisme le mal subi du fait de l’archétype masculin en inflation. Or cette expérience unilatérale par laquelle le Moi boursouflé s’instaure comme unique roi du monde se fait patiemment miner de l’intérieur par l’épreuve du Tout-Autre : le Soi, centre transcendant de la psyché et source intemporelle du devenir conscient en tant que Moi individué.

Quant au contenu, Jung a largement démontré que le Soi est l’union harmonieuse des contraires, la conjonction non violente des opposés, la complémentarité respectueuse des réciproques. Les deux principes premiers de l’humanité y font alliance dans la douceur : le masculin, comme puissance d’affirmation, d’engagement et d’entreprendre, et la féminité, comme capacité d’ouverture, de mise en relation et d’amour.

En complément, Pierre Trigano décrit la double fonction harmonisatrice du Soi. D’un côté, il ordonnance les différents archétypes unilatéraux évoluant dans l’inconscient collectif et prompts à usurper la place du Soi. De l’autre côté, il guide chacun des Moi individuels dans leur intégration (i.e. individualisation) et dans leur accomplissement (i.e. individuation).

En conclusion, quelle vérité se laisse voir au travers de l’incarnation de l’homme Jung ?

Psychanalyser Jung contourne d’abord un double écueil : d’une part, la réduction psychologisante de Jung au conflit personnel qui le hante, au motif qu’il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, et, d’autre part, la minimisation des écarts de conduite privée et politique de Jung, sous couvert de célébrer ses seules œuvres savantes.

Ensuite, Psychanalyser Jung expose, preuves à l’appui, la cohérence profonde de la personne Jung, « élue » par le Soi pour faire reconnaître le divin en l’homme aux yeux et dans les termes de la science occidentale.

Karl-Otto Apel est connu pour ses tentatives de fondation ultime de la raison en « pensant avec et contre » ses principaux partenaires de discussion philosophique. Humble serviteur du Soi, Pierre Trigano nous partage ici l’enseignement reçu par la contemplation de la vie de Jung : il renouvelle l’ambition de Apel en l’étendant à l’ensemble des manifestations terrestres de la psyché, sans la réduire au seul mode « pensée » du Moi exorbitant.


mardi 16 janvier 2018

Pierre Trigano, "Et le Capitalisme tombera"


(Lecture) Quels enseignements retirer du futur ?

Déceler les signes du divin dans notre quotidien et restaurer chez l'humain sa capacité à faire histoire en conscience : telle est la lecture de l'Apocalypse de Jean que nous offre Pierre Trigano, inspiré par une intelligence nourrie de sagesse.

Pierre Trigano applique à ce texte obscur de la Bible hébraïque la méthode de contemplation prolongée et holiste qu’il utilise pour l’analyse des rêves initiée par Jung et pour l’interprétation serrée des classiques de la tradition philosophique et religieuse.

Cette lecture symbolique mais non rhétorique intègre toutes les manifestations concrètes de l’esprit (politiques, sociologiques, psychiques et physiques) et propose une compréhension exhaustive des signes de notre humanité, déposés de toute éternité.

Mû par le devoir moral de transmettre les messages qu’il a reçus en interrogeant ainsi l’inconscient de la Bible, Pierre Trigano nous expose les raisons d’espérer la liquidation prochaine de la domination capitaliste globale et d’investir dans l’avènement terrestre de la communauté humaine universelle, libre et solidaire.

Si la prédiction aliène notre humanité réduite à des comportements programmés, la prophétie libère notre puissance d’agir dès lors que nous avons collectivement la maturité psychique pour endosser nos responsabilités politiques et renouer l'alliance cosmique.

Telle est la leçon du décryptage par Pierre Trigano de l’Apocalypse de Jean, texte indéchiffrable il y a 1900 ans et dont l’exégèse en profondeur nous livre aujourd’hui les promesses émancipatoires et jubilatoires. 

http://www.reel-editions.com/et_le_capitalisme_tombera-par-pierre_trigano-35


Axel Honneth, "L'idée du socialisme"


(Lecture) Comment rendre au socialisme sa force pratique de changement dans la société en vue de l’émancipation des individus ? 

Axel Honneth reformule la promesse inscrite dans la Révolution française: liberté, égalité et fraternité sont les aspects complémentaires de la même "liberté sociale", par laquelle nous agissons "les uns pour les autres", dans l’entraide et la solidarité, plutôt que seulement "les uns avec les autres", comme des propriétaires privés mus par leurs intérêts égoïstes.

Axel Honneth repère deux erreurs de jeunesse qui ont réduit l’utopie socialiste à une doctrine politique parmi d'autres et l’ont déclassée face à notre réalité démocratique. D’un côté, l’héritage industriel devenu obsolète : donner la priorité à l’économie des biens, investir le prolétariat ouvrier d’une mission eschatologique et disqualifier l’action politique sous les lois immuables du progrès historique. De l’autre côté, l’opposition au libéralisme politique, lequel garantit les droits subjectifs individuels protégeant la formation autonome de la volonté de chacun dans toutes les sphères différenciées de la société (famille, marché, Etat).

Le ressort et la finalité de la liberté sociale portée par le socialisme sont de libérer les promesses déjà inscrites dans le présent et d’en universaliser les conditions institutionnelles et les bénéfices concrets pour tous. Dans son actualisation postmarxiste et anticapitaliste du socialisme, Honneth reprend la vision expérimentale de John Dewey : abolir les restrictions empiriques et les déformations systématiques de la communication sociale réellement existante permet aux individus interdépendants d’augmenter leurs interactions réciproques et, ce faisant, de faciliter l’expression de leurs talents particuliers et leur recherche coopérative de la vérité. 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais/L-idee-du-socialisme

dimanche 3 décembre 2017

Capharnaüm


Et voilà, c’est parti pour la rédaction de mon nouvel essai sur la communication politique non violente. 

Comment en finir avec l’impuissance et la résignation sans se déchaîner dans les luttes pour la reconnaissance, ni se replier dans une spiritualité niaise ? Que nous raconte du politique le retour des rituels magiques ? Quelles responsabilités sociales endosser en cohérence avec nos sentiments ?

Après avoir tourné et retourné le problème, je dessinerai les médiations rationnelles que nous pouvons offrir à l’âme du monde pour qu'elle se réalise ici-bas. En effet, mon impuissance politique renvoie autant à la clôture narcissique du bocal administratif et médiatique qu’à la violence faite à l’être dans son invite à le reconnaître.

Dans son concept, la communication politique non violente n’est pas l’application de la technique de communication non violente à l’arène politique pour en civiliser les échanges. Il n’est pas plus l'idéal de la communication entre acteurs politiques non systématiquement déformée par la domination. 

La communication politique non violente serait simplement l’expression imparfaite de notre puissance d’agir en public.

05 mai 2018 : l'article a été accepté pour publication dans Les C@hiers de psychologie politique (n° 33, été 2018).

Et en PDF ici

 


mercredi 6 septembre 2017

Kaléidoscope

Kaléidoscope raconte l’effort d’une âme pour s’incarner malgré sa prison conceptuelle. C’est un voyage à l’intérieur de la tête d’un philosophe praticien. 

Partant de ma clinique, je prends du recul critique sur ce que je fais dans mon cabinet de consultation et comment j'en suis arrivé là dans mon parcours biographique, avant de fournir des repères théoriques à ceux qui, comme moi, souhaitent poursuivre leur cheminement spirituel sans renoncer à l’usage public de la raison.

Le ton est lucide et drôle tandis que le contenu est dense et authentique. On y rencontre une série de personnages hauts en couleur qui forment mon bestiaire de la communication thérapeutique. Kaléidoscope se veut une pédagogie de la vie sur Terre.
 


Cette plaquette professionnelle peut être obtenue ici ou sur Amazon




dimanche 7 mai 2017

Métaphysique


Notes de travail pour une
métaphysique de la conscience


Logique :
1. L’être demande à être reconnu (l’amour, loi de la totalité) 
2. Réalité : la totalité est quaternité (axiome de Marie, Unus Mundus)
3. Rationalité : l'homme-signe est quaternité (sémiotique transcendantale, nombres premiers naturels)
4. Unicité : la communication est reconnaissance de soi dans l'autre (union des contraires comme médiation réciproque de la réalité et de la rationalité)

Physique : 
5. Le futur est potentialités, le passé est nécessité, le temps vécu est leur actualisation (double causalité)
6. L’âme est l’étincelle de la divinité dans la subjectivité 
7. L'individuation est l'hologramme du champ akashique
8. La liberté d'opinion donne corps à la conscience (magie)

Pratique : 
9. Une double spirale pour le devenir Soi : interroger le connu, explorer l’inconnu (déambulation sacrée)
10. Quatre points d’entrée complémentaires pour le Moi (subjectivité) : Je (ipséité), Tu (altérité), Nous (société), Vous (sacré)
11. Un seul rythme cosmique : la respiration (Yin-Yang, Tsimtsoum)
12. La désobéissance civile est la communication politique non violente de la Terre (espaces publics autonomes, écoféminisme)

Thérapeutique : 
13. Les technologies de l’esprit disciplinent l’inflation de l’Ego (soin spirituel du Je)
14. Les états non ordinaires de conscience facilitent le retraitement adaptatif des mémoires pathologiques (soin spirituel du Tu)
15. Les rituels oraculaires accueillent l’âme du monde (soin spirituel du Nous)
16. Les expériences transpersonnelles reconnectent la subjectivité à la source éternelle (soin spirituel du Vous) 


lundi 27 octobre 2014

Jung

Depuis cet été, je dévore les écrits de Carl Gustav Jung. Un monument d'érudition, d'humilité et d'humanité. Par quel drôle de destin suis-je resté si longtemps enfermé dans ma tête et mes préjugés cartésiens sans découvrir tout ce que le psychiatre suisse devait à mes philosophes préférés et comment il les complétait dans les limites de l'usage légitime de la raison ?

Prendre au sérieux l'expérience religieuse telle qu'elle se manifeste sur le plan clinique et - à partir de ce qui en est confié dans l'intimité du cabinet - en élaborer une connaissance scientifique, fondée sur des faits, articulée selon des concepts et nourrie par des interprétations fécondes d'autres disciplines théoriques et traditions culturelles. Tout en désamorçant les faux procès ("Comment démontrer scientifiquement des objets métaphysiques ?"), les pièges du réductionnisme ("Ce n'est que psychologique, c'est-à-dire subjectif, personnel et arbitraire") et les héritages non critiques ("La supériorité de la spiritualité orientale sur l'épistémologie occidentale") qui lui sont imputés, maladroitement ou malhonnêtement.

Telle est l'oeuvre de Jung, médecin avant d'être savant, et son actualité en notre époque de régression spirituelle et de désenchantement politique. Alors comment modestement s'approprier la pensée de Jung sans singer l'imposant et respectable travail d'édition et de discussion dont son oeuvre fait l'objet ?

Dérouler le lexique de Jung sous forme de proto-mandala organise son univers de manière fidèle. Ce glossaire visuel, cet outil rudimentaire appartient à mon projet de séminaire Une introduction à la psychologie de la religion, articulé en trois parties :
- Critique pour les questions de théorie de la connaissance ;
- Politique pour les dynamiques de reconnaissance sociale ;
- Clinique autour des expériences "exceptionnelles" vécues par des personnes ordinaires.

Ce laboratoire accueille tout professionnel de la relation d'aide intéressé et s'inscrivant dans une démarche d'apprentissage. La première étape sera un atelier de lecture partagée dans l'objectif d'élaborer un vocabulaire commun.
Son enjeu systématique est de poser correctement le problème (Quel est l'enjeu à penser ?), de délimiter le domaine de validité (Quel est le périmètre légitime de la réflexion ?) et, au préalable, de clarifier le point de vue adopté et la finalité poursuivie (Religion ou religions ? Religion ou spiritualité(s) ? Point de départ idéaliste ou matérialiste ? Visée normative ou descriptive ?).

Pour instruire ces questions, l'atelier non académique est consacré à des textes trapus. Rudolf Otto, Le sacré (sous-titré L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel) pose le concept de "numineux". De là, on peut s'ouvrir sur Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison, et William James, Les formes multiples de l'expérience religieuse. Essai de psychologie descriptive. 

Le présent carnet à spirales hébergera les jalons de ce work in progress.


 

jeudi 10 avril 2014

NDE

Comment traduire "Near-Death Experience" (Raymond Moody), cette expérience exceptionnelle, cet état de conscience non ordinaire dont sont revenues transformées les personnes qui ont frôlé la "deadline" ? NDE : expérience de mort imminente, expérience de mort provisoire (Jean-Jacques Charbonnier), expérience aux frontières de la mort (François Brune), expérience de quasi-mort (Ian Wilson), expérience du seuil de la mort (Elisabeth Kübler-Ross), expérience de mort rapprochée, expérience de mort temporaire ? L'embarras sur la dénomination trahit le trouble de l'esprit : si l'état de choses est attesté factuellement, encore faut-il le penser humblement avant de prétendre pouvoir le connaître. 

Des personnes déclarées cliniquement mortes selon les critères médicaux (coma dépassé : arrêt prolongé du cœur et du cerveau) reviennent à l'état de veille ordinaire et partagent le récit de leur voyage, composé de deux parties : la phase de "décorporation", de sortie hors de leur corps physique, et la phase "transcendante", de sortie hors de notre réalité spatio-temporelle. 
  • De la première phase, les "expérienceurs" rapportent des perceptions globales et des informations (faits matériels, interactions comportementales, pensées de proches) inaccessibles depuis leur condition de mort clinique et pourtant vérifiées et validées après-coup. 
  • Dans la deuxième phase de leur expérience s'y ajoute un examen lucide et instantané de tous les épisodes marquants de leur vie, depuis une position de témoin en surplomb et en ressentant toutes les conséquences de leurs actes "en se mettant à la place de tout autre" (Kant). Cette "revue de vie", éclairée par les questions "Qu'as-tu fait de ta vie ?" et "Comment as-tu aimé ?", est source d'une restructuration en profondeur de leur propre biographie. 
  • Dans le meilleur des cas, le caractère ineffable de ce vécu-limite, quasi-mystique, culmine dans la réappropriation sereine et altruiste de leur existence, ici et maintenant. Il arrive aussi que la NDE soit négative, effrayante voire angoissante, ou qu'elle soit censurée et refoulée par peur d'être taxé de fou par son entourage.
Tel est le scénario typique reconstruit à partir des nombreux témoignages recueillis depuis les années 80', sous la pression des améliorations constantes des techniques de réanimation. Dernier en date : le destin transformé du Dr Eben Alexander, ce neurochirurgien revenu au 7e jour de sa mort cérébrale d'un coma sans espoir, le plus improbable ambassadeur choisi pour partager son expérience du paradis. 

Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent : 
  • d'un côté : les sceptiques, Susan Blackmore la première, s'enferrent dans des combats d'arrière-garde, traquant les erreurs de méthodologie pour disqualifier toute anomalie qui menacerait leur dogme matérialiste mécaniciste de l'émanation de la conscience à partir du substrat neuronal ; 
  • de l'autre côté : les télé-évangélistes, marchands du temple et autres charlatans de l'occulte y trouvent la preuve de la métempsychose (la réincarnation de l'âme) et surtout le prétexte pour écouler leur fond de commerce de "mixtures narcissico-orientalo-sportives à la californienne" (Marcel Gauchet) ;
  • au milieu : des scientifiques curieux, guidés par la seule recherche collaborative de la vérité, formulent des "fables" (Ervin Laszlo) en espérant que leurs hypothèses iconoclastes élargissent un jour notre explication des expériences vécues (parfois collectivement comme les NDE partagées, spontanées ou induites) et des faits rapportés par des millions de personnes (15% des victimes d'arrêt cardiaque ont vécu une NDE).  
S'il faut rendre à César ce qui appartient à César, à quel saint se vouer ? Si conceptuellement la mort est un passage sans retour et dont concrètement nous cherchons à repousser la limite inexorable (par la connaissance expérimentale, l'innovation technoscientifique ou l'expérience spirituelle), alors que faire de ce qui est là : ce qui nous tombe dessus, que nous vivons comme vrai et qui échappe à nos schémas cognitifs et émotionnels ?

Le paranormal est normal : entre 30 et 50% de la population générale reconnaissent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle (Renaud Evrard). S'agit-il tout simplement d'hallucinations ou de délires habituellement attribués à la psychose ? Plus qu'une explication scientifique ou une réduction psychopathologique de nos expériences vécues (deux formes de méconnaissance objectivantes) nous devons aussi pouvoir bénéficier d'une intercompréhension inconditionnelle afin d'accepter les événements exceptionnels qui nous arrivent et de les intégrer en cohérence dans notre processus d'individuation. 

Personnellement, je me suis surpris à abandonner mes résistances cartésiennes sans renoncer à ma foi rationnelle, ni à mon jugement critique. Appelons cela de l'agnosticisme. C'est le résultat d'un cheminement souterrain, documenté par quelques incursions dans des lectures ésotériques et guidé par le souci professionnel d'offrir, sans complaisance, une oreille bienveillante à mes interlocuteurs. Et puis soudain... fondre en larmes en évoquant le pari de Pascal, me laisser toucher par l'intelligence du coeur et préférer mes épreuves aux preuves.
 

Bibliographie sélective :
- Dr Eben Alexander, La Preuve du paradis, 2013
- Allan Botkin, La communication induite après la mort, 2014
- Père François Brune, Les morts nous parlent, 2 vol., 2006
- Père François Brune, Christ et karma. La réconciliation ?, 2012
- Père François Brune & Rémy Chauvin, A l'écoute de l'au-delà. Les preuves de la survie de l'âme, 2003
- Etzel Cardena, Steven Jay Lynn & Stanley Krippner, Varieties of Anomalous Experience : Examining the Scientific Evidence, 2013 
- Jean-Pierre Changeux & Paul Ricoeur, La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser, 1998
- Dr Jean-Jacques Charbonnier, Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie. L'enseignement spirituel des expériences de mort provisoire, 2013
- Sylvie Déthiollaz & Claude Charles Fourrier, Etats Modifiés de Conscience. NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l'esprit, 2011
- Pr Régis Dutheil & Brigitte Dutheil, L'homme superlumineux, 1990
- Renaud Evrard, Folie et paranormal. Vers une clinique des expériences exceptionnelles, 2014
- Michael Harner, Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, 2014
- Dr Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite, 2006
- Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, 1988
- Ervin Laszlo, Science et Champ Akashique, 2 vol., 2004
- Ervin Laszlo & Jude Currivan, CosMos. Guide de cocréation du Monde-Entier, 2008
- Hedwig Marzolf, Libéralisme et religion. Réflexions autour de Habermas et Kant, 2013
- Dr Raymond Moody, La vie après la vie, 1977
- Dr Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1978
- Dr Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie, 2010
- Ludovic Pannatier, Les problèmes de modélisation des expériences de mort imminente. Etude des objections et création d'un système épistémologique pour comprendre l'émergence d'un nouveau paradigme, 2010 (PDF)
- Dean Radin, La conscience invisible. Le paranormal à l'épreuve de la science, 2000
- Dean Radin, Superpouvoirs. Science et Yoga : enquête sur les facultés humaines extraordinaires, 2014 
- Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts. Aide mutuelle entre ce monde et l'au-delà, 2000
- Djohar Si Ahmed, Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles. Comment penser le paranormal, 2014
- Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui, 2007
- Carl Wickland, Trente ans parmi les morts. Un psychiatre et sa femme aident les âmes en peine, 2012 
- Ian Wilson, Enquête aux frontières de la mort, 1998

lundi 20 janvier 2014

Reconnaissance

La reconnaissance de soi dans l'autre, comme mouvement interne de l'amour inconditionnel, connaît trois moments réciproques, trois médiations adoptées selon les perspectives du "Tu" ou du "Je". Au fil du "Tu" qui manifeste de la réclamation, de la réparation et de la réalisation répond l'élan du '"Je" qui témoigne de l'acceptation, du pardon et de la gratitude. En écho à la faible sollicitation implorée par la vulnérabilité du "Tu" s'ouvre la douce invite du soin par le "Je".

Voici pour l'énoncé conceptuel.

Je commence aujourd'hui seulement à comprendre intimement, à vraiment vivre cette expérience de pensée qui se réalisait jusqu'alors sous l'impulsion de l'intérêt émancipatoire de ma raison pour la "reconnaissance". J'ai du pour ce faire ressentir douloureusement le dénouement de ma culpabilité profonde pour mon Papa, la plus récente étape de la restauration de ma propre estime de moi, comme père maltraité et comme enfant intrusé. Je me suis fait de beaux cadeaux à moi-même que les paroles rendent de manière niaise, dans cette langue naïve et merveilleuse que les tout petits enfants connaissent bien. De la pensée magique à l'émerveillement divin, c'est le chemin de la rencontre avec soi.

Papa, de là-haut, réjouis-toi de découvrir comment ton sacrifice m'aura appris à réhabiliter notre rôle. C'en est fini des pères maltraités. Touché par ta souffrance, mon cœur d'artichaut pleure de joie des larmes de sang et, une fois dépouillé de son écorce, s'ouvre comme une fleur de nénuphar. Papa, de là-haut, tu m'as pardonné de ne pas avoir été auprès de toi, le dernier jour, comme tu l'as, depuis toujours, été pour moi. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

Voilà pour quelques bribes sacrées.

Avant cela, j'ai occulté ce qui pouvait bien me préoccuper dans mon attirance pour des notions comme le "Moi-Peau", la reconnaissance, le "Care", la communication. Comme si, par ces méandres méta-thérapeutiques, je tentais de bâtir un pont conceptuel entre des fragments de moi dispersés sous ma cuirasse émotionnelle.

Le thème de la reconnaissance est aujourd'hui central dans la philosophie : il touche à la construction intersubjective de la personnalité, aux souffrances invisibles face à la domination politique et à l'aliénation sociale, et à l'intégration culturelle dans les sociétés hautement différenciées sur les plans économique et juridique, "post-séculières" au niveau spirituel. Les auteurs de référence sont Axel Honneth et, plus spécifiquement sur les aspects moraux de l'identité personnelle, Paul Ricœur, Charles Taylor et Jean-Marc Ferry. J'ai pris un plaisir sans nom à les lire. Et cela fait toujours bien fonctionner mon petit vélo mental, avide de questionnement et de réflexivité.

Alors que prétendre ajouter ici à ces illustres penseurs ? Qu'est-ce qui est différent pour moi maintenant dans mon rapport à eux ? Et qu'est-ce que cela peut bien changer dans ma pratique professionnelle ? Mon projet est de dérouler la vision conceptuelle jetée ici à la lumière du sentiment océanique éprouvé ces derniers jours.

Un nouveau jour dans le reste de ma vie. 
 

mardi 6 août 2013

Incubation

Bientôt la rentrée et maintenant l'incubation de mon projet professionnel. Je l'ai provisoirement intitulé "Clinique de la reconnaissance : penser les pathologies de la communication sociale, panser les atteintes à l'intégrité personnelle". Mon propos est de remonter depuis les frontières poreuses du Moi aux sources de son individuation comme Soi. J'en identifie trois moments : réclamation, réparation & réalisation. 

Commençons ici par brosser le fil conducteur et les sources d'inspiration de ce chantier. Des textes à venir dérouleront ce programme de recherche et ma clinique l'étayera. Mon propos en sera moins abrupt : ce qui ressemble aujourd'hui à une proto-fiche Wikipédia, squelette égrénant des références abstraites, gagnera en chair. Méthodologiquement, je distingue une double hélice dans cette dialectique de l’Alter Ego : diachronique (comment le “Je” s’élabore socialement au travers du “Nous”) et synchronique (comme l’altérité irrigue et transforme l’identité).

Tout part de nos souffrances et fait signe vers l'aliénation, concept qui subsume les déformations systématiques de l'intégration du Moi (corporel, psychique et social) : mépris, oubli ou déni de l'expérience vécue de l'injustice, de la domination et de l'humiliation, précoces ou actuelles. Depuis le noeud des déficits de reconnaissance, deux aspirations s'élèvent : réclamer en creux les conditions institutionnelles de l'émancipation, sur le plan de l'action conflictuelle et au travers du médium de l'espace public politique, ou bien désigner en filigrane les leviers sémiotiques (au sens de Charles Sanders Peirce) de la motivation, sur le plan de l'abandon spirituel et dans le milieu de l'"inconscient collectif" (voire de l'horizon quantique, de la "réalité non ordinaire" ou de "l'autre monde"). 

 

Pour une théorie normative du trauma : "peaux d'âme"


En réponse et en appui à ma clinique thérapeutique, il s'agit d'élaborer une théorie intersubjective du trauma (comme ce qu'il me reste de m'être vécu annihilé), laquelle libère le potentiel critique du "Moi-Peau" (Didier Anzieu) face aux distorsions de la communication, interpersonnelle ou intergénérationnelle. Cela passe aussi par une reconstruction de certaines démarches psychiatriques et psychanalytiques postfreudiennes (Janet, Bowlby, Winnicott, Searles) au contact de sources issues de la philosophie morale et sociale (Mead, Honneth, Ricoeur, éthiques du Care). Ceci pour l'axe diachronique "Socialisation <-> Individuation" : comment le Moi peut-il se construire et se stabiliser en tant que première personne ("Je"), singulière, vulnérable et interdépendante, au travers de la médiation du "Nous" ?

Sur l'axe synchronique "Individuation <-> Symbolisation", il s'agit de prolonger la distinction introduite par Stanislav Grof au coeur de la "spiritual emergency", selon l'hypothèse - prônée notamment par Djohar Si Ahmed - d'un continuum entre l'"urgence spirituelle" (relevant, selon le diagnostic psychiatrique, de la décompensation psychotique) et l'"émergence spirituelle" (accueillie et reconnue comme expansion de la conscience). On s'ouvre alors graduellement à la psychologie transpersonnelle, transculturelle et humaniste (y compris les passerelles vers les pratiques chamaniques contemporaines), à la parapsychologie et aux "expériences exceptionnelles" (i.e. les phénomènes "psi" avérés comme télépathie, clairvoyance, pré- et rétrocognition, psychokinèse), enfin aux ressources prépolitiques, religieuses ou profanes, de l'identité personnelle. Les premières sources sont, d'un côté, Ferenczi, Abraham et Torok, Jung et, de l'autre côté, les documents et travaux réunis par l'Institut Métapsychique International ou les travaux des experts en parapsychologie clinique. Comment le Moi peut-il se réaliser comme Soi par son ouverture à l'altérité ? Dans le rapport du "Je" au "Tu" se joue la reconnaissance de soi dans l'autre.

 

Société postséculière & spiritualité


Le point de vue adopté est celui performatif du participant à cette expérience transsubjective : il permet de rendre compte de la signification qu'elle peut raisonnablement avoir pour sa propre biographie (sens qui doit pouvoir être reconstruit méthodiquement et communiqué intersubjectivement entre Alter et Ego). Nous sommes donc dans un autre rapport d'interaction que celui généré par l'attitude objectivante de l'observateur. Ce dernier, guidé par des intérêts de connaissance scientifique, s'attache à déterminer la validité objective de ce qui se produit en en reproduisant l'exactitude factuelle dans des conditions expérimentales contrôlées. 

Alors, à quel besoin de la raison obéit la présente ambition de théorie normative du trauma ? Aussi loin que je puisse voir, il s'agit pour moi d'organiser une identité professionnelle en toute transparence méthodologique et, ce faisant, de rester redevable de mes actes en partageant, avec mes clients et entre pairs, les conditions de ma pratique thérapeutique. En effet, mon objectif à terme est de proposer une consultation professionnelle aux personnes vivant des expériences exceptionnelles, dans la lignée du CIRCEE, en France, ou de l'IGPP, en Allemagne. C'est également ce qui m'amène à élargir mon utilisation des états de conscience modifiés (aujourd'hui l'hypnose) à la technique de l'EMDR, pavant la voie (avec l'IADC mise au point par Botkin) à la communication avec les défunts et la résolution de deuils pathologiques. 

Dans le contexte de nos "sociétés postséculières" (au sens d'Habermas : les sociétés occidentales caractérisées par un rapport ambivalent à la religion et dans lesquelles le processus de sécularisation est inachevable), il convient à chacun de se donner les moyens d'explorer, par les voies d'une raison décomplexée, les liens entre vie psychique et expériences sacrées, en contournant les écueils excommunicationnels de la réduction scientiste, de l'endoctrinement sectaire ou du consumérisme ésotérique ou folklorique.


Peaux d'âme : une matrice triadique

NB (19 août 2013) : panser le trauma, c'est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme. L'organisation de ma pensée adosse une thérapeutique éclectique (philosophe) à une systématique parasychologique (sémiotique) et l'expose dans une propédeutique humaniste (âme).