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samedi 18 novembre 2023

Tarification ouverte

Ma nouvelle tarification en 2024

A partir du 1er janvier, j'applique de nouveaux tarifs, première modification depuis le début de ma pratique professionnelle en 2009.

Mon objectif est de continuer à vous proposer un accompagnement sur mesure et à un prix abordable, malgré l'augmentation du coût de la vie (loyers, fiscalité), tout en finançant l'amélioration continue de mes prestations par des formations de qualité.

Vous payez ce que vous pouvez (séance d'une heure) :

  • Solidaire : 80 euros
  • Santé : 70 euros
  • Social : 60 euros

Pas de justification, vous décidez en liberté et conscience.

Applicable aux consultations en cours et aux nouvelles. TVA 21% en sus en cas de facturation.




jeudi 26 octobre 2023

Motto

[Poète : mon engagement dans le collectif]

Cosmopoétique :
porter une voix de l'Âme du Monde
et renouveler la narration politique


[Prophète : mon accompagnement des individus]

Soin spirituel :
donner une arme à l'Amour
et libérer leur subjectivité aliénée

 

mardi 1 mai 2018

Olivier Piedfort-Marin et Luise Reddemann, "Psychothérapie des traumatismes complexes"


Dans le champ des thérapies brèves, les éditions Satas nous donnent accès, en langue française, aux pratiques professionnelles de nos collègues étrangers (principalement américains et italiens).

Avec Psychothérapie des traumatismes complexes. Une approche intégrative basée sur la théorie des états du Moi et des techniques hypno-imaginatives d’Olivier Piedfort-Marin et Luise Reddemann (2016), nous découvrons un courant à forte renommée chez nos voisins européens de langue allemande : la « Psychothérapie Psychodynamique Imaginative des Traumatismes » (PPIT).

Comment faire tenir ensemble les expériences vécues du patient d’une manière qui donne du sens à sa biographie aujourd’hui et sans qu’il retombe dans l’impuissance et le désespoir consécutifs aux horreurs passées ?

Telle est l’ambition de plusieurs écoles psychothérapeutiques (dont la PPIT) qui modélisent la désintégration de la personnalité en tant que réponse symptomatique de survie psychique face à l’insupportable : thérapie des schémas d’origine cognitivo-comportementale, système familial intérieur, théorie des états du Moi de source psychanalytique ou théorie de la dissociation structurelle de la personnalité inspirée de Janet.

La PPIT se différencie de ces approches par la priorité donnée à la compassion et à la consolation. Par la compassion, il s’agit d’abord de reconnaître les blessures de l’enfant ou de l’adolescent privé, à cause de carences parentales précoces, des ressources pour faire face à la violence sexualisée. Par la consolation, il s’agit de réparer ces blessures en mobilisant les compétences actuelles d’autoguérison obtenues en remettant le Moi adulte au centre du processus thérapeutique.

Face aux symptômes de dissociation traumatique (déréalisation et dépersonnalisation), la stratégie de la PPIT consiste à renforcer la distanciation thérapeutique à l’égard des événements subis : par la douceur, prendre du recul par rapport à l’immédiateté des ressentis et sans se couper des expériences vécues. L’objectif est d’augmenter la fenêtre de tolérance du patient et de faciliter sa régulation émotionnelle des épisodes traumatiques avant, le cas échéant, de l’exposer durablement au matériau problématique.

Concrètement, il s’agit de construire par l’imagination une scène intérieure au patient (pleine conscience, joie, paix avec soi-même, compassion), d’y aménager par visualisation des espaces sécurisés et protégés (lieu sûr, coffre-fort, arbre, jardin intérieur), d’y convoquer des figures bienveillantes (références symboliques, parents idéaux, sagesse intérieure) et de laisser ensuite chacun des complexes (parts blessées ou malveillantes) entrer en scène et dialoguer pour reconstituer l’unité de la personne, sous l’autorité rassurante et réconfortante de l’observateur intérieur (Moi adulte).

Fruit d’une riche expérience professionnelle en contexte psychiatrique, ce livre fourmille d’outils pleins de douceur pour accompagner les survivants de traumatismes complexes dans leur dialogue interne guérisseur. Les psychothérapeutes de toute obédience bénéficieront aussi des enseignements sur l’importance du cadre de travail issus d’une longue pratique de supervision psychanalytique.



 

mardi 3 avril 2018

Ma toolbox EMDR

53 fiches et 39 auteur.e.s traitant des aspects méthodologiques, historiques, cliniques, scientifiques et neurobiologiques de la psychothérapie EMDR, sur des thèmes aussi différents que les traumas récents, complexes, précoces ou transgénérationnels, les peurs et phobies spécifiques, les deuils compliqués, les violences domestiques ou sexuelles, la dynamique familiale et les troubles de l’attachement.

Le manuel Pratique de la psychothérapie EMDR. Introduction, approfondissements pratiques et psychopathologiques, édité sous la direction de Cyril Tarquinio (2017), réunit les contributions des meilleur.e.s praticien.ne.s européen.ne.s de cette méthode de gestion des psychotraumatismes recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé pour son efficacité dans la gestion du syndrome de stress post-traumatique. 

Et si le foisonnement des outils disponibles aujourd’hui pour l’accompagnement des survivant.e.s aux traumatismes psychiques et l’enchevêtrement des tentatives de modélisation théorique étaient une invitation à mettre au point ma propre boîte à outils de praticien EMDR ?

Ma boussole, exposée dans la carte heuristique ci-dessous (et téléchargeable ici), s’articule autour de trois aspects complémentaires, intégrés dans l’intervention clinique :

- Primo, les « Interactions avec l’autre » décrivent selon quel mode de communication le patient se rapporte à ce qui est mis en travail psychothérapeutique. Soit son propre corps vivant abordé comme un « Je », soit sa relation à autrui, vivant ou défunt, considérée en tant que deuxième personne grammaticale « Tu », soit son accès aux matériaux traumatiques, le cas échéant dissociés, traités comme un « Il ».

- Secundo, les « Cibles retraitées », moins selon un axe chronologique (passé, présent et avenir) que selon la visée adoptée. Elle peut être prescriptive (les objectifs poursuivis par la psychothérapie), constative (l’état des lieux du problème) ou explicative (les causes profondes des symptômes).

- Tertio, les « Points d’entrée » dans la matière : image, cognition, émotion et sensation.

Ces trois aspects intégrés dans l’intervention clinique s’appuyent sur un « Arrière-plan théorique » comportant les références bibliographiques et identifiant les prérequis pour une démarche psychothérapeutique efficace et sécurisante pour la patiente et la professionnelle.
 


mercredi 6 septembre 2017

Kaléidoscope

Kaléidoscope raconte l’effort d’une âme pour s’incarner malgré sa prison conceptuelle. C’est un voyage à l’intérieur de la tête d’un philosophe praticien. 

Partant de ma clinique, je prends du recul critique sur ce que je fais dans mon cabinet de consultation et comment j'en suis arrivé là dans mon parcours biographique, avant de fournir des repères théoriques à ceux qui, comme moi, souhaitent poursuivre leur cheminement spirituel sans renoncer à l’usage public de la raison.

Le ton est lucide et drôle tandis que le contenu est dense et authentique. On y rencontre une série de personnages hauts en couleur qui forment mon bestiaire de la communication thérapeutique. Kaléidoscope se veut une pédagogie de la vie sur Terre.
 


Cette plaquette professionnelle peut être obtenue ici ou sur Amazon




vendredi 12 août 2016

Euthanasie

En Belgique et depuis 2002, la loi a, sous certaines conditions, retiré du code pénal le droit de mourir dans la dignité, c’est-à-dire le droit pour chacun d'interrompre sa vie dans le respect du choix de ses convictions intimes. Maintenant, cet espace d’autonomie personnelle sanctuarisé, que serait une mort "heureuse" ?

Face à l’inéluctable, le regard se tourne d’abord rétrospectivement vers la vie accomplie : une mort "réussie" serait le point final d’une vie réalisée, en plénitude et sans regret. Tel est le point de vue subjectif, irremplaçable. Or aujourd’hui la plupart des personnes gravement malades meurent en institution (maison de repos et de soins ou hôpital) alors qu’elles souhaiteraient pour la plupart s’éteindre chez elles. C’est le paradoxe des soins à domicile. Comment concilier la liberté politique et morale garantie au patient et à son médecin par la loi belge du 28 mai 2002 sur l’euthanasie et les responsabilités sociales d’un traitement non dégradant de la fin de vie pour tous ?

La tension a été implicitement abordée au travers de la "clause de conscience pour institutions" par le Comité consultatif de Bioéthique de Belgique  (avis n° 59 du 27 janvier 2014) : d’un côté, des établissements de soins de santé peuvent-ils restreindre la pratique, dans leurs murs, de l’offre d’accompagnement de fin de vie autorisée par la loi, au motif de leur positionnement institutionnel ? (cf. la condamnation par la justice belge, le 29 juin 2016, d'une maison de repos et de soins catholique qui avait entravé une euthanasie). Et, d’un autre côté, faut-il spécialiser certaines organisations de soins de santé dans l’application inconditionnelle de l’euthanasie (les "cliniques de fin de vie" aux Pays-Bas), avec les risques d'effets pervers tels que marginaliser un service public résiduel pour moribonds indigents ou mécréants ?

Dans le contexte de nos sociétés post-séculières, marquées par la diversité des convictions privées et par le dialogue public entre les visions institutionnelles (politiques et religieuses) du monde, l'éthique a pour ambition d'articuler le point de vue légal et le point de vue social dans l'élaboration et la mise en oeuvre des décisions personnelles. En matière de fin de vie, le Conseil de l'Europe propose une méthodologie intersubjective : prendre en compte le pluralisme des valeurs et des intérêts et rechercher, par la discussion pratique, l’accord de toutes les parties prenantes sur la gestion d’une situation donnée (même si le dernier mot revient, dans le cas de l'euthanasie dépénalisée, au médecin lequel assume la responsabilité de l'ultime acte de soin demandé par son patient).

Dans quelle mesure ces questions de justice politique dans l'organisation institutionnelle de l'accompagnement de fin de vie font-elles droit au point de vue intime du principal intéressé ? Régie par les principes du respect de l'autonomie du patient, de bienfaisance, de non-malveillance et d'équité, l'éthique médicale nous promet de mourir sans souffrance évitable. Ce souci compassionnel nous protège, avec paternalisme et donc seulement en théorie, de l'"obstination déraisonnable" du système techno-scientifique de santé.

Garde-fou légal contre l'acharnement et l'abstention thérapeutiques, la loi belge du 22 août 2002 sur les droits du patient consacre le respect de son autonomie. Celui-ci se déploye d'abord sur le versant libéral et individuel : notre loi sur l'euthanasie garantit au patient une mort sans contrainte et dans le respect de son libre-arbitre. La norme du respect de l'autonomie du patient se déroule ensuite sur le versant social et relationnel : la loi belge du 14 juin 2002 sur les soins palliatifs ("Tout ce qui reste à faire quand on croit qu’il n’y a plus rien à faire" - Thérèse Vanier) offre au patient une mort sans souffrance et dans la douceur.

Intégrant le libéral et le social, le légal habilite notre société à prendre en charge l'éventail de la souffrance : physique (mon corps), psychique (ma personnalité : cognitions, motivations, émotions) et ontologique (mon rapport au monde, aux autres et à ma biographie). Articulant liberté individuelle ("Je") et disponibilité relationnelle ("Tu"), l'ouverture au symbolique et au spirituel ("Vous") par la médiation de l'entente rationnelle ("Nous") autorise à mourir en sérénité et sans mensonge. La "bonne mort" est un ars moriendi choisi et lucide.


Sources : 
  • Philippe Ariès, Essais sur l’histoire de la mort en Occident : du Moyen-Âge à nos jours, Pocket, 1975
  • Lytta Basset, S’initier à l’accompagnement spirituel. Treize expériences en milieu professionnel, Labor et Fides, 2013
  • Pierre-Yves Brandt & Jacques Besson, Spiritualité en milieu hospitalier, Labor et Fides, 2016
  • Tanguy Châtel, Vivants jusqu’à la mort. Accompagner la souffrance spirituelle en fin de vie, Albin Michel, 2013
  • Conseil de l'Europe, Guide sur le processus décisionnel relatif au traitement médical dans les situations de fin de vie, 2014
  • François Damas, La mort choisie. Comprendre l’euthanasie et ses enjeux, Mardaga, 2013
  • Wim Distelmans, Euthanasie et soins palliatifs : le modèle belge. Pour le droit à une fin de vie digne, éd. Le Bord de l’Eau, 2012
  • Jean-Marc Ferry, La Raison et la Foi, Agora Pocket, 2016
  • Marie de Hennezel & Jean-Yves Leloup, L’Art de mourir. Traditions religieuses et spiritualité humaniste face à la mort, Robert Laffont, 1997
  • Jean-Gustave Hentz & Karsten Lehmkühler (éd.), Accompagnement spirituel des personnes en fin de vie. Témoignages et réflexions, Labor et Fides, 2015
  • Farhad Khosrokhavar, L'instance du sacré. Essai de fondation des sciences sociales, Cerf, 2001
  • Elisabeth Kübler-Ross, Les derniers instants de la vie, Labor et Fides, 1975
  • Elisabeth Kübler-Ross & David Kessler, Sur le chagrin et le deuil, J.-C. Lattès, 2009
  • Hans Küng, La mort heureuse, Seuil, 2015
  • Jean-Yves Leloup, Les livres des morts : tibétain, égyptien, chrétien, Albin Michel, 2009
  • Dominique Lossignol, En notre âme et conscience. Fin de vie et éthique médicale, Espace de Libertés, 2014
  • Jean-Philippe Pierron, Vulnérabilité. Pour une philosophie du soin, PUF, 2010
  • Paul Ricoeur, Vivant jusqu'à la mort. Suivi de Fragments, Seuil, 2007
  • Gabriel Ringlet, ‘‘Vous me coucherez nu sur la terre nue’’ : l’accompagnement spirituel jusqu’à l’euthanasie, Albin Michel, 2015
  • Corinne Van Oost, Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie, Presses de la Renaissance, 2014



lundi 13 juin 2016

2015


Comment se préparer à mourir ? Qu’est-ce que réussir sa mort ? Je suis très seul avec ces questions. Comme chacun de nous. Cet effroi nous tombe dessus, tels les chats lancés du beffroi d’Ypres, et cette angoisse, chevillée au corps depuis si longtemps, me taraude insidieusement.
 
Depuis bientôt deux ans, j’ai cherché des manières de la convertir en compétences professionnelles, histoire de me rendre utile à la société. Je découvre rétrospectivement que s’élaborait en sous-main la question des soins et de l’accompagnement spirituels (« spiritual care »). Dans nos sociétés post-séculières, quelles réponses institutionnelles doit pouvoir fournir le système public de santé à l'expression de la souffrance globale de ses clients les plus vulnérables : malades incurables, grands aînés ou mineurs non viables ? Face au tabou de la mort, l’acharnement thérapeutique apparaît comme le symptôme du déficit spirituel des soins de santé.

Prendre soin de l’être dans l’administration des soins au souffrant : l’enjeu n’est-il pas pour le patient de se voir reconnaître, malgré sa vulnérabilité dans l’environnement médicalisé, encore toujours en tant que cette personne-ci et pas simplement comme un sujet de soins ? A l’époque, mon questionnement s’est matérialisé dans des candidatures d'employé de morgue et d'animateur pastoral. Les autorités de cette clinique bruxelloise ne semblent pas avoir pris au sérieux mes offres de service. Et j’ai dû me faire débouter comme candidat bénévole dans une plate-forme de soins palliatifs pour commencer à interroger ma naïveté. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Surtout quand elles inspirent une morale d’action « désintéressée ». Ah ! la belle-âme du croque-mort. 
 

Que devais-je régler dans ma propre vie pour envisager d’être disponible pour les mourants, avec lesquels on ne triche pas, nus dans notre finitude ? Quelle peur exorciser ou quelle dette purger afin de désamorcer un agenda existentiel caché ? Comment apprendre à se dire au revoir, pour ceux qui partent et pour ceux qui restent ? J’avais raté l’occasion de saluer mon père à l’agonie, sourd à ses demandes de me revoir. Miséricordieux, Papa m’a contacté de l’au-delà pour se réjouir de ma nouvelle vie, arrachée aux drames familiaux qui me hantaient.

Et ce n’était qu’un début. 2015 a charrié son lot cruel de désillusions et de prises de conscience autobiographiques. En bout de course, il restait mon besoin de comprendre pourquoi, pour quoi je suis ici. Tel est le revers de mon sentiment de culpabilité ontologique. C’est aussi la plus sournoise perversion narcissique que j’ai dû débusquer. Son antidote : identifier, reconnaître et accepter le mal que j’ai subi. Sans pouvoir l’expliquer, ni vouloir le reproduire. Et encore moins prétendre en guérir les auteurs.

M’abandonner à cette expérience est une épreuve de foi. Jour après jour, contempler impuissant ce que je perds et cultiver ma disponibilité à ce qui est. Assécher le marais des Mânes et embrasser la vie qui vient. Clôturer mes affaires inachevées et retourner à la terre, sans mordre la poussière. Me laisser choisir dans l’alliance et malgré l’ennui, impitoyable sevrage mental, faire confiance au Tout-Autre et célébrer, dans la joie, ma destinée.

 
 

mercredi 7 août 2013

Philosophe

"Papa, c’est quoi ton métier ?". Si la vérité sort de la bouche des enfants, encore faut-il aussi pouvoir leur répondre : à la fois leur rendre des comptes sur ce que je fais avec autrui et leur partager ce que j’en fais pour moi.

J’ai rencontré deux philosophes en chair et en os : Jean-Marc Ferry, mon directeur de thèse, et Karl-Otto Apel, lors d’un séminaire scientifique à Arrábida, en juin 2001. Je me suis formé auprès d'autres, au travers de leurs écrits : Kant, Hegel, Fichte, Peirce & Habermas. Pour le reste, j’ai côtoyé des professeurs de philosophie, des chercheurs chevronnés, des sophistes médiatiques, des mandarins académiques et de nombreux fonctionnaires de la pensée. 

A côté de cette philosophie institutionnelle, l’espace public anarchique des revues, des blogs et des filets de tweets rend visible et accessible l’effervescence des praticiens et l’intelligence des amateurs. J’y participe depuis 1991, mû par ma responsabilité d’intellectuel critique et animé par ma croyance en l’usage public de la raison. Cette démarche est principiellement auto-référentielle : mes interventions comme publiciste portent sur la critique des déformations structurelles de la communication publique dans l’environnement médiatique et sur l’institutionnalisation démocratique des conditions normatives d’un espace public politique réflexif. C’est un projet inachevé qui stimule toujours ma pensée.
 

Une pratique rémunérée de la philosophie


Installé à mon propre compte depuis 2009, je pratique aujourd’hui la philosophie contre rémunération. En quoi consiste la "consultation philosophique" et jusqu'où décrit-elle mon activité professionnelle ?

Négativement, il s’agit de faire le deuil d’une ambition narcissique secrète et de s’accepter avec humilité : 

"La situation particulière de la consultation philosophique résulte sans doute du fait que le consultant philosophe n'a pas l'envergure d'un grand philosophe. Dans le meilleur des cas, le consultant éclaire les autres grâce aux philosophes et se nourrit lui-même des questions existentielles qui lui sont posées. Si le consultant philosophe avait une vision originale du monde à présenter et à explorer, il construirait sans doute une œuvre et ne passerait pas son temps à accompagner les autres" (Vlegeris, p. 323).
Les "nouvelles pratiques philosophiques" se disséminent, depuis 1981, à l’initiative de quelques figures pionnières. La "consultation philosophique" est née en Allemagne avec Gerd Achenbach, relayée en France depuis 1992 par Marc Sautet, créateur des "cafés philo", et Oscar Brénifier, aux USA en 1991 par Lou Marinoff et son association. Elles font aujourd'hui des émules, notamment en Suisse et en France.

Ces démarches partagent le même souci de rendre la philosophie efficace pour éclairer l’existence et orienter l’action de leurs bénéficiaires tout en veillant à se démarquer des coaches et psychothérapeutes par les références universalisantes aux œuvres de la tradition. Toutefois, le lexique utilisé pour décrire l’activité professionnelle trahit l’embarras du positionnement stratégique de la prestation. Si les télécommunications offrent du temps de parole et si les "consultants philosophes" proposent du temps d’écoute, so, what’s in it for me ?


Counseling


L’appellation terminologique d’abord : le "consultant" est-il celui qui offre ses services contre rémunération ou celui qui les sollicite moyennant paiement ? Si ce dernier consulte un professionnel qui propose des consultations, le bénéficiaire de celles-ci est-il "sujet", "patient" ou "client" ? Et comment qualifier les prestations fournies : "conseil" (analyse critique d’une situation), "formation" (transfert de compétences professionnalisantes), "recommandations" (préconisations d’action, stratégiques ou opérationnelles) ou "direction de conscience" (magistère moral, "mentoring" issu de l’expérience de vie) ?

Au Canada, la "profession du counseling" est un terme générique, inclusif de plus de 70 titres professionnels. Elle comporte deux volets cumulatifs : moral  (la "relation de counseling") et juridique (le "service de consultation"). La relation s’établit entre un "conseiller" et un "client" et son objet est délimité par le contexte institutionnel de son exercice, selon qu’il s’agisse d’une pratique privée en cabinet libéral ou d’une prestation en organisation. Et, dans ce dernier cas, le format du service, son commanditaire et son public-cible donneront lieu à des variétés d’intervention : café, salon, lunch ou apéro philosophique, atelier (consultation collective) pour adultes ou enfants, conférence, séminaire ou dialogue intra- ou inter-entreprises, supervision professionnelle ou accompagnement individuel de dirigeants, futurs dirigeants, hauts potentiels ou seniors en transition. 

 

Politiser le prendre soin


L’essentiel réside ailleurs : qu’est-ce qui amène le client – ce qui présuppose d’examiner s’il consulte de manière volontaire ou contrainte – et comment utilisera-t-il à son propre profit l’attention inconditionnelle que lui consacre son interlocuteur professionnel ? La philosophie cultive la prise de recul critique des acteurs sur leurs habitudes, routines et autres ornières du mode mental automatique. Comment appliquer cette réflexivité au counseling ? Ce que Peter Raabe résume ainsi : "If you want to become a counsellor, study counselling. But if you want to become a good counsellor study philosophy as well".

On touche ici au cœur de la relation d’aide décrite par les éthiques du Care comme le prendre soin des personnes dans leur vulnérabilité et leur interdépendance au monde afin de les réhabiliter dans leur dignité humaine. Certes, les thérapies brèves stratégiques construites sur la coopération avec le client, orientées vers les solutions internes qu’il méconnait et focalisées sur la constitution de ses "capabilités" ont depuis longtemps mis à jour le noyau dur du "prendre soin psychique", désamorçant tout paternalisme thérapeutique.
 

La consultation philosophique pourrait-elle, de son côté, démasquer les dérives maternalistes du Care ? Invoquer une prétendue "moralité des femmes" pour subrepticement renforcer "l'irresponsabilité des privilégiés" (Joan Tronto) : quand les puissants n'admettent pas leur dépendance à l'égard de ceux (et plus souvent celles) qui prennent soin d'eux et ajoutent la domination à l'alinéation. En se rappelant que l’"on a souvent besoin d'un plus petit que soi" (Le Lion et le Rat), l’enjeu politique est aussi d’éviter le piège de la commisération pour les victimes, de reconnaître les ressorts sociaux de leur souffrance et de forger avec elles les ressources critiques de leur transformation. Et si la liberté de panser du consultant philosophe rétribuait aussi sa liberté de pensée ?
 

Bref, philosophe c’est le masculin de sage-femme :
  • même méthode : la maïeutique, comme accouchement, advenir humain;
  • même activité : le Care, comme relation de prendre soin, articulant secours, soutien, solidarité et souci;
  • même ambition, peut-être désuète : la reconnaissance, comme renaissance par la connaissance.