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mardi 3 avril 2018

Ma toolbox EMDR

53 fiches et 39 auteur.e.s traitant des aspects méthodologiques, historiques, cliniques, scientifiques et neurobiologiques de la psychothérapie EMDR, sur des thèmes aussi différents que les traumas récents, complexes, précoces ou transgénérationnels, les peurs et phobies spécifiques, les deuils compliqués, les violences domestiques ou sexuelles, la dynamique familiale et les troubles de l’attachement.

Le manuel Pratique de la psychothérapie EMDR. Introduction, approfondissements pratiques et psychopathologiques, édité sous la direction de Cyril Tarquinio (2017), réunit les contributions des meilleur.e.s praticien.ne.s européen.ne.s de cette méthode de gestion des psychotraumatismes recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé pour son efficacité dans la gestion du syndrome de stress post-traumatique. 

Et si le foisonnement des outils disponibles aujourd’hui pour l’accompagnement des survivant.e.s aux traumatismes psychiques et l’enchevêtrement des tentatives de modélisation théorique étaient une invitation à mettre au point ma propre boîte à outils de praticien EMDR ?

Ma boussole, exposée dans la carte heuristique ci-dessous (et téléchargeable ici), s’articule autour de trois aspects complémentaires, intégrés dans l’intervention clinique :

- Primo, les « Interactions avec l’autre » décrivent selon quel mode de communication le patient se rapporte à ce qui est mis en travail psychothérapeutique. Soit son propre corps vivant abordé comme un « Je », soit sa relation à autrui, vivant ou défunt, considérée en tant que deuxième personne grammaticale « Tu », soit son accès aux matériaux traumatiques, le cas échéant dissociés, traités comme un « Il ».

- Secundo, les « Cibles retraitées », moins selon un axe chronologique (passé, présent et avenir) que selon la visée adoptée. Elle peut être prescriptive (les objectifs poursuivis par la psychothérapie), constative (l’état des lieux du problème) ou explicative (les causes profondes des symptômes).

- Tertio, les « Points d’entrée » dans la matière : image, cognition, émotion et sensation.

Ces trois aspects intégrés dans l’intervention clinique s’appuyent sur un « Arrière-plan théorique » comportant les références bibliographiques et identifiant les prérequis pour une démarche psychothérapeutique efficace et sécurisante pour la patiente et la professionnelle.
 


dimanche 30 juin 2013

Hors-cadre

"Mon psy n'est plus mon thérapeute. Où est le mal à cela ?"

Les conventions mises en place par le professionnel structurent la relation thérapeutique, elles définissent les rôles respectifs du client et de son thérapeute et organisent le partage des attentes réciproques. Ce contrat moral est le filet de sécurité qui balise l'espace offert au client et les conditions dans lesquelles le professionnel consacre son attention inconditionnelle à son interlocuteur.

Si ce contrat donne corps à une relation asymétrique, celle-ci vise intrinsèquement la liberté du client. Sur le fond : accroître son autonomie personnelle, source de son émancipation et de sa réalisation. Sur la forme : lui laisser la totale appréciation quant à la manière d'utiliser le temps et l'écoute que lui réserve son thérapeute. Y compris en abandonnant, sans justification, la démarche entreprise.

Concrètement, ces règles portent sur la durée standard de la séance ou du traitement ("Combien de temps cela va durer?"), les modalités d'annulation et de facturation ("Dois-je aussi payer quand je ne viens pas?"), la fréquence des interactions et leur forme ("Puis-je, le cas échéant, vous écrire entre nos séances?"), la discrétion sur l'existence de la relation ("Surtout, ignorez-moi si on se croise dans la rue") et le secret sur ce qui s'y déroule ("Il faut que tout cela reste entre nous"), l'accord préalable ("Allez-vous me forcer à faire des choses?") et le consentement éclairé ("Je ne veux pas que cela me fasse mal") du bénéficiaire des soins. 

L'orthodoxie inculquée à renfort de manuels d'éthique professionnelle codifie en détail les frontières, précautions et rituels préconisés pour gérer les risques inhérents à cette pratique presque sacrée où un inconnu confie son intimité psychique à un autre pour ensemble prendre soin d'elle. Aujourd'hui, même s'il est socialement de bon ton de consulter un psy, cela reste une démarche personnelle et difficile, que le client entame lorsqu'il a épuisé toutes les autres ressources et solutions de survie qui lui sont habituellement offertes. Bravo à toi !


Le diable se cache dans les détails


Assise là devant moi, renfermée sur elle-même*. Lors de notre dernière séance, mon empathie s'était manifestée sous forme de compassion. Comme si une partie d'elle, jusqu'alors muette, pouvait faire entendre sa réclamation en utilisant mon corps pour libérer ses larmes interdites, enfin aspirer à la reconnaissance et réintégrer son concert familial intérieur.

Aujourd'hui, elle se débat avec ses différentes parties intérieures et s'emballe dans ses ressentis à mon égard. Déni : "Ce ne sont pas mes larmes, c'est votre douleur qui s'impose à moi". Colère: "Vous avez failli comme socle de sécurité pour moi". Marchandage : "Comment puis-je apprécier l'authenticité de votre recadrage ?". En accéléré, les premières étapes du deuil (décrit par Elisabeth Kübler-Ross) de la relation thérapeutique laquelle, arrivée à maturité, demande implicitement à se clôturer. Et puis cette demande, de prime abord incongrue : "Monsieur Libois, je peux vous prendre dans mes bras ?". 

La "neutralité affective" proclamée par nos codes de bonne conduite prescrirait de laisser ma cliente sombrer dans l'océan de tristesse où elle surnage. Ah ! la belle hypocrisie professionnelle. Couplée au risque de répéter l'échec primitif : cet état dissocié en réponse à la situation de "savoir ce que l'on n'est pas censé savoir et ressentir ce que l'on n'est pas censé ressentir" (John Bowlby). 

Harold Searles explique comment le client souffre de ne pas avoir pu, bébé, accomplir son élan thérapeutique à l'égard de son parent défaillant et reste, de ce fait, empêtré dans une relation symbiotique non résolue, obstacle à son individuation. Et, comme l'explique bien Alice Miller, c'est pour avoir dissipé cette "confusion de langue entre les adultes et l'enfant" (Sandor Ferenczi) que certains d'entre nous, enfants doués, sont devenus psychothérapeutes. De trop nombreux autres continuent de se rêver comme "nourrisson savant" dans une tentative solitaire de se sauver de leur effroi psychique.


Et l'enfer est pavé de bonnes intentions


Alors que faire : suspendre le cadre thérapeutique ou le liquider ? Faute de pouvoir s'y tenir, le surmonter et sortir par le haut (avec et pour le patient) ou bien s'y soustraire, en sortir par le bas et s'y dérober au détriment de son client ? Sans cadre, c'est abuser de la situation de faiblesse de mon interlocutrice et passer à l'acte de mon propre contre-transfert. Une impardonnable faute du professionnel qui saccage la vulnérabilité de celui qui réclame des soins.

Face à ce dilemme moral, quelle (méta-)règle peut justifier qu'un thérapeute sorte du cadre de travail mis en place avec son client sans, de son propre fait, sortir de son rôle professionnel ? Dans le cas présent, j'ai utilisé le levier du transfert et permis à ma cliente de s'étayer sur Soi, par dérogation consciente aux formes convenues. Tel est parfois le dénouement heureux de la relation thérapeutique. Corollaire méthodologique de cette dérogation, de mon chef, au cadre thérapeutique : la dissolution de l'alliance. 

Coup d'Etat thérapeutique, l'exception à l'asymétrie abroge le caractère exceptionnel de la relation. 

*Situation reconstruite à partir de l'extrapolation de quelques cas cliniques. Que les concerné.e.s acceptent mes condoléances pour la violence symbolique de l'opération et reçoivent ma gratitude pour le travail accompli ensemble.

dimanche 9 juin 2013

Hypnose

L’hypnose, on en fait tous au quotidien sans le savoir. Ne vous est-il pas déjà arrivé de déconnecter de l’instant présent, d’avoir la tête dans les nuages, de rêver éveillé, d’avoir l’esprit ailleurs, de flotter bercé par les conversations de votre entourage ?

C’est ce que Milton H. Erickson appelle la "transe commune quotidienne". Et cette envie irrépressible de s’absorber intensément en soi-même, pendant 10 à 20 minutes, notre corps nous y invite chaque jour, toutes les 90 à 120 minutes environ (les cycles ultradiens). De tels états de conscience non ordinaires peuvent être encouragés, déclenchés ou augmentés, sans recourir aux technologies électroniques de réalité virtuelle.

Cette sollicitation à s’abandonner renvoie à un instinct vital de nous reconnecter à nos ressources spontanées d’auto-guérison et au besoin de resynchroniser nos rythmes biologiques, psychologiques et sociaux afin de transformer les turbulences de notre environnement.

Parfois les chemins de la vie nous ont éloigné de ce que nous avions appris à faire naturellement et en y prenant plaisir. L’accompagnement d’un thérapeute devient alors nécessaire afin de faciliter l’accès à notre immense réservoir non-conscient de possibilités dormantes. Ou simplement pour mobiliser des moyens plus écologiques sur le plan personnel de devenir congruent : à la fois faire ce que l’on dit que l’on fait et dire ce que l’on fait que l’on dit. Bref, l’hypnose c’est d’abord une communication efficace parce qu’authentique.

Et comme nous avons tous l’art de devenir, il n’y a rien besoin de faire, ni rien besoin de savoir pour entrer en transe. Simplement laisser notre corps trouver une position confortable, en plein accord avec toutes les parties de notre existence. Le rôle de l’hypnothérapeute est, lui aussi, d’en faire le moins possible. Être là, quoi qu’il arrive, comme un socle de sécurité pour son patient en lui consacrant son attention inconditionnelle. Simplement utiliser et amplifier ce que le patient apporte, consciemment et inconsciemment, afin de lui permettre d’être auprès de lui-même et au plus près de ce qu’il fait déjà.

samedi 8 juin 2013

Ouvrir mon carnet à spirales

Je reprends la plume de manière méthodique, après plusieurs années d'abstinence. Mon dernier ouvrage remonte à 2002. Il était consacré à la communication publique et à l'émancipation politique. Aujourd'hui, place à la communication thérapeutique et à l'identité personnelle.


Comment en suis-je arrivé là ?

En publiant le coeur spéculatif de mon doctorat en philosophie, je pensais sincèrement avoir atteint les limites de ce que je pouvais penser sur les fondements normatifs de l'espace public contemporain, dans la lignée de la Théorie critique de la société. Par congruence, il me restait à orchestrer l'institutionnalisation de ma visée théorique en organisant la constitutionnalisation du quatrième pouvoir depuis le mirador qu'est le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Mon insupportable prétention à avoir raison trop tôt et à le faire savoir bruyamment m'a relégué dans le no man's land du conseil en stratégie et en organisation. Quelle aubaine pour y élaborer quelques projets fumeux sur l'intelligence collective : alchimie improbable des créatifs culturels, pionniers autoproclamés de la sobriété volontaire, de la collaboration entre auto-entrepreneurs faussement désintéressés, agglutinés sur des radeaux de la Méduse réhabilités en cabinets-experts, et des mirages techno-optimistes de l'Internet 2.0. pour tous. "Biloba", "PatchWorking" ou "InLoveMint" sont les rejetons de ma surchauffe neuronale.

Le syndrome de Münchausen a fait long feu. Peut-être n'en suis-je pas encore tout à fait guéri. J'y décèle une réclamation à être reconnu, aspiration à honorer aujourd'hui de manière plus écologique. Je reprends en tout cas goût à écrire et à penser en mon nom propre. Sans trop vite m'emballer dans une vocation mégalomaniaque à changer le monde, en me débattant dans mon verre d'eau. Tel Buzz l'Eclair qui, faute de s'envoler vers l'infini et au-delà, s'écrase avec panache sur la moquette.

L'usage des nouvelles applications sociales en ligne m'offre l'occasion d'expérimenter les promesses et les limites de la démocratie délibérative et d'accéder aux ressources partagées par les chercheurs intervenants dans ces pratiques de socialisation publiquement médiatisées. Cette actualisation du projet inachevé des Lumières renoue avec mes intérêts spéculatifs initiaux. Le dialogue avec mes étudiants de communication à l'ISFSC m'a confronté à l'impératif pratique de reformuler dans leurs termes le fragile héritage démocratique "Vieille Europe". Enfin, une discussion sans concession m'a permis de jeter un regard dans le rétroviseur et réaliser sereinement le deuil d'ambitions obsolètes.


Et après ?

Je me surprends aujourd'hui à dérouler ma pensée de manière non linéaire, sans exposer par le menu un plan déductif rigoureux. Je m'observe avec curiosité bavarder à voix haute à propos de ce que je suis devenu, en acceptant de faire simple là où je m'efforcais de faire compliqué. J'avoue avoir encore des efforts à faire pour être moins elliptique.

Ce carnet à spirales va s'enrichir au fil de l'eau : widgets ergonomiques et participatifs, retours d'expériences issus de ma clinique thérapeutique, notes de lectures personnelles, ressources méthodologiques éclectiques, développements théoriques et prolongements politiques. Seul objectif : déployer en toute transparence mon arrière-plan conceptuel et laisser fleurir mes arborescences spirituelles. Avantage pour moi : soulager les soutes de mon cerveau volant après chaque voyage. Bénéfice pour mes clients : m'interroger sur mon éthique professionnelle.