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dimanche 15 octobre 2023

Réalisme


"Chez le réaliste, ce n'est pas la foi qui naît du miracle,
c'est le miracle qui naît de la foi" 


Je clôture un premier cycle de rencontres avec le Yoga Intégral. 

Il s'agit d'une lecture commentée de textes de Sri Aurobindo et Mère, sélectionnés en 2023 autour du thème "Se guérir, guérir les autres et le monde". Des pratiques de méditation collective complètent l'enseignement oral par Pierre Trigano.

L'enjeu est de communiquer avec la conscience de nos cellules pour y faire vivre le divin en nous, abandonner le monde de l'ignorance et du mensonge et faire advenir la nouvelle physique ici-bas, en transmutant la vibration.

***

Mon retour cosmopoétique :

Nous sommes embarqués dans une croisière inédite, portés par les flots ondulatoires, louvoyant entre ascenseurs émotionnels et encenseurs bienveillants. Merci à notre joyeuse et généreuse farandole.

Merci Pierre de conduire cette navigation inspirée dans les méandres du Yoga Intégral, malgré les forces adverses qui déclenchent les tempêtes de malheur dans le monde.

J'en retiens la pluie de lettres hébraïques dorées qui a baptisé ma montée dans le vaisseau, lors de notre méditation, vendredi 13 octobre.

D'un stage à l'autre, je vis le réalisme de la foi.



samedi 22 octobre 2022

Vendredi 21

La scène se passe dans un chalet. Nous sommes 6-8 personnes, à faire des expériences et à préparer des opérations dans le plus grand secret. Je ne connais pas les participant.es, ni la cible, ni la finalité de notre activité. Je sais que nous ourdissons un complot.

Nous changeons de salle pour partager nos résultats et préparer leur restitution publique. Un grand homme, maigre, roux, au ton blafard et à la peau jaune (la caricature du savant fou, tout en étant un peu repoussant), écrit sur le tableau blanc des mots en allemand, en style gothique, péniblement et sur un mode robotique. Mots que je devrais prononcer en tant que porte-parole du groupe et signature de nos travaux.

Je m'insurge et saute littéralement à la gorge de cette étrange créature, charismatique et abjecte à la fois, en lui disant que ce qu'il a écrit sur le tableau ne veut rien dire, est une caricature sordide de l'allemand, pleine de ressentiment et de règlement de comptes, et trahit nos travaux tels qu'ils avaient été élaborés et validés ensemble dans l'autre pièce.

 ***

J'ai reçu ce rêve vendredi 21 octobre 2022, au Mas de Luzière, dans le cadre d'un stage de Thérapeutique de la Kabbale. La nuit précédente, j'avais été réveillé par des battements d'ailes autour de moi : deux chauves-souris virevoltaient dans ma chambre, comme si elles me partageaient un message invisible, en ce jour anniversaire de la mort de mon père.  

Ce samedi, le point de réalisation de ma conversion spirituelle, engagée début de l'année, est atteint en recevant le rêve suivant : 

"Ce matin, quand mon réveil a sonné, j'étais occupé à expliquer aux personnes réunies autour de moi que, né dans un corps de garçon, j'étais en réalité une femme". 




jeudi 15 février 2018

Pierre Trigano, "Psychanalyser Jung"


De quoi la vie de Carl Gustav Jung est-elle le nom ? (Penser avec et contre Jung)

Dans sa somme Psychanalyser Jung (2 tomes parus, 3e volume annoncé), Pierre Trigano réinterroge l’intention exprimée par Carl Gustav Jung en ouverture de son autobiographie : « Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation » (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, 1967).

Pierre Trigano analyse comme une totalité en action les écrits théoriques et cliniques de Jung, les rêves, visions et correspondances du médecin et de ses patients ainsi que ses prises de position publiques (dont sa compromission avec le régime nazi) et ses passages à l’acte dans le cadre professionnel.

Appliquant au Jung vivant la méthode d’interprétation des faits psychiques que ce dernier pratiquait avec ses patients, Pierre Trigano dépasse le mythe personnel exposé dans l’autobiographie de Jung ainsi que le portrait hagiographique que les adeptes et les disciples dressent encore aujourd’hui de leur maître, monstre sacré fondateur de la psychologie analytique.

Dans un premier temps, Pierre Trigano met scrupuleusement à jour l’équation personnelle de Carl Gustav Jung : ayant été abusé enfant par un proche de sa famille, il cherche à surmonter l’humiliation initiale en reproduisant à son tour le rôle d’incesteur. Face à la menace d’effondrement de son Moi en formation, l’inversion et la répétition de l’aliénation semblent être pour Jung les seules issues pour laver l’objectivation infligée.

Dans un second temps, Pierre Trigano dévoile le fil secret qui divise toute la vie de Jung et, en même temps, l’enseignement scientifique et spirituel que le médecin retire de la dissociation traumatique de sa personnalité. En effet, Jung vit dans sa chair et dans son psychisme le mal subi du fait de l’archétype masculin en inflation. Or cette expérience unilatérale par laquelle le Moi boursouflé s’instaure comme unique roi du monde se fait patiemment miner de l’intérieur par l’épreuve du Tout-Autre : le Soi, centre transcendant de la psyché et source intemporelle du devenir conscient en tant que Moi individué.

Quant au contenu, Jung a largement démontré que le Soi est l’union harmonieuse des contraires, la conjonction non violente des opposés, la complémentarité respectueuse des réciproques. Les deux principes premiers de l’humanité y font alliance dans la douceur : le masculin, comme puissance d’affirmation, d’engagement et d’entreprendre, et la féminité, comme capacité d’ouverture, de mise en relation et d’amour.

En complément, Pierre Trigano décrit la double fonction harmonisatrice du Soi. D’un côté, il ordonnance les différents archétypes unilatéraux évoluant dans l’inconscient collectif et prompts à usurper la place du Soi. De l’autre côté, il guide chacun des Moi individuels dans leur intégration (i.e. individualisation) et dans leur accomplissement (i.e. individuation).

En conclusion, quelle vérité se laisse voir au travers de l’incarnation de l’homme Jung ?

Psychanalyser Jung contourne d’abord un double écueil : d’une part, la réduction psychologisante de Jung au conflit personnel qui le hante, au motif qu’il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, et, d’autre part, la minimisation des écarts de conduite privée et politique de Jung, sous couvert de célébrer ses seules œuvres savantes.

Ensuite, Psychanalyser Jung expose, preuves à l’appui, la cohérence profonde de la personne Jung, « élue » par le Soi pour faire reconnaître le divin en l’homme aux yeux et dans les termes de la science occidentale.

Karl-Otto Apel est connu pour ses tentatives de fondation ultime de la raison en « pensant avec et contre » ses principaux partenaires de discussion philosophique. Humble serviteur du Soi, Pierre Trigano nous partage ici l’enseignement reçu par la contemplation de la vie de Jung : il renouvelle l’ambition de Apel en l’étendant à l’ensemble des manifestations terrestres de la psyché, sans la réduire au seul mode « pensée » du Moi exorbitant.


mardi 16 janvier 2018

Pierre Trigano, "Et le Capitalisme tombera"


(Lecture) Quels enseignements retirer du futur ?

Déceler les signes du divin dans notre quotidien et restaurer chez l'humain sa capacité à faire histoire en conscience : telle est la lecture de l'Apocalypse de Jean que nous offre Pierre Trigano, inspiré par une intelligence nourrie de sagesse.

Pierre Trigano applique à ce texte obscur de la Bible hébraïque la méthode de contemplation prolongée et holiste qu’il utilise pour l’analyse des rêves initiée par Jung et pour l’interprétation serrée des classiques de la tradition philosophique et religieuse.

Cette lecture symbolique mais non rhétorique intègre toutes les manifestations concrètes de l’esprit (politiques, sociologiques, psychiques et physiques) et propose une compréhension exhaustive des signes de notre humanité, déposés de toute éternité.

Mû par le devoir moral de transmettre les messages qu’il a reçus en interrogeant ainsi l’inconscient de la Bible, Pierre Trigano nous expose les raisons d’espérer la liquidation prochaine de la domination capitaliste globale et d’investir dans l’avènement terrestre de la communauté humaine universelle, libre et solidaire.

Si la prédiction aliène notre humanité réduite à des comportements programmés, la prophétie libère notre puissance d’agir dès lors que nous avons collectivement la maturité psychique pour endosser nos responsabilités politiques et renouer l'alliance cosmique.

Telle est la leçon du décryptage par Pierre Trigano de l’Apocalypse de Jean, texte indéchiffrable il y a 1900 ans et dont l’exégèse en profondeur nous livre aujourd’hui les promesses émancipatoires et jubilatoires. 

http://www.reel-editions.com/et_le_capitalisme_tombera-par-pierre_trigano-35


lundi 27 octobre 2014

Jung

Depuis cet été, je dévore les écrits de Carl Gustav Jung. Un monument d'érudition, d'humilité et d'humanité. Par quel drôle de destin suis-je resté si longtemps enfermé dans ma tête et mes préjugés cartésiens sans découvrir tout ce que le psychiatre suisse devait à mes philosophes préférés et comment il les complétait dans les limites de l'usage légitime de la raison ?

Prendre au sérieux l'expérience religieuse telle qu'elle se manifeste sur le plan clinique et - à partir de ce qui en est confié dans l'intimité du cabinet - en élaborer une connaissance scientifique, fondée sur des faits, articulée selon des concepts et nourrie par des interprétations fécondes d'autres disciplines théoriques et traditions culturelles. Tout en désamorçant les faux procès ("Comment démontrer scientifiquement des objets métaphysiques ?"), les pièges du réductionnisme ("Ce n'est que psychologique, c'est-à-dire subjectif, personnel et arbitraire") et les héritages non critiques ("La supériorité de la spiritualité orientale sur l'épistémologie occidentale") qui lui sont imputés, maladroitement ou malhonnêtement.

Telle est l'oeuvre de Jung, médecin avant d'être savant, et son actualité en notre époque de régression spirituelle et de désenchantement politique. Alors comment modestement s'approprier la pensée de Jung sans singer l'imposant et respectable travail d'édition et de discussion dont son oeuvre fait l'objet ?

Dérouler le lexique de Jung sous forme de proto-mandala organise son univers de manière fidèle. Ce glossaire visuel, cet outil rudimentaire appartient à mon projet de séminaire Une introduction à la psychologie de la religion, articulé en trois parties :
- Critique pour les questions de théorie de la connaissance ;
- Politique pour les dynamiques de reconnaissance sociale ;
- Clinique autour des expériences "exceptionnelles" vécues par des personnes ordinaires.

Ce laboratoire accueille tout professionnel de la relation d'aide intéressé et s'inscrivant dans une démarche d'apprentissage. La première étape sera un atelier de lecture partagée dans l'objectif d'élaborer un vocabulaire commun.
Son enjeu systématique est de poser correctement le problème (Quel est l'enjeu à penser ?), de délimiter le domaine de validité (Quel est le périmètre légitime de la réflexion ?) et, au préalable, de clarifier le point de vue adopté et la finalité poursuivie (Religion ou religions ? Religion ou spiritualité(s) ? Point de départ idéaliste ou matérialiste ? Visée normative ou descriptive ?).

Pour instruire ces questions, l'atelier non académique est consacré à des textes trapus. Rudolf Otto, Le sacré (sous-titré L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel) pose le concept de "numineux". De là, on peut s'ouvrir sur Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison, et William James, Les formes multiples de l'expérience religieuse. Essai de psychologie descriptive. 

Le présent carnet à spirales hébergera les jalons de ce work in progress.


 

dimanche 30 juin 2013

Hors-cadre

"Mon psy n'est plus mon thérapeute. Où est le mal à cela ?"

Les conventions mises en place par le professionnel structurent la relation thérapeutique, elles définissent les rôles respectifs du client et de son thérapeute et organisent le partage des attentes réciproques. Ce contrat moral est le filet de sécurité qui balise l'espace offert au client et les conditions dans lesquelles le professionnel consacre son attention inconditionnelle à son interlocuteur.

Si ce contrat donne corps à une relation asymétrique, celle-ci vise intrinsèquement la liberté du client. Sur le fond : accroître son autonomie personnelle, source de son émancipation et de sa réalisation. Sur la forme : lui laisser la totale appréciation quant à la manière d'utiliser le temps et l'écoute que lui réserve son thérapeute. Y compris en abandonnant, sans justification, la démarche entreprise.

Concrètement, ces règles portent sur la durée standard de la séance ou du traitement ("Combien de temps cela va durer?"), les modalités d'annulation et de facturation ("Dois-je aussi payer quand je ne viens pas?"), la fréquence des interactions et leur forme ("Puis-je, le cas échéant, vous écrire entre nos séances?"), la discrétion sur l'existence de la relation ("Surtout, ignorez-moi si on se croise dans la rue") et le secret sur ce qui s'y déroule ("Il faut que tout cela reste entre nous"), l'accord préalable ("Allez-vous me forcer à faire des choses?") et le consentement éclairé ("Je ne veux pas que cela me fasse mal") du bénéficiaire des soins. 

L'orthodoxie inculquée à renfort de manuels d'éthique professionnelle codifie en détail les frontières, précautions et rituels préconisés pour gérer les risques inhérents à cette pratique presque sacrée où un inconnu confie son intimité psychique à un autre pour ensemble prendre soin d'elle. Aujourd'hui, même s'il est socialement de bon ton de consulter un psy, cela reste une démarche personnelle et difficile, que le client entame lorsqu'il a épuisé toutes les autres ressources et solutions de survie qui lui sont habituellement offertes. Bravo à toi !


Le diable se cache dans les détails


Assise là devant moi, renfermée sur elle-même*. Lors de notre dernière séance, mon empathie s'était manifestée sous forme de compassion. Comme si une partie d'elle, jusqu'alors muette, pouvait faire entendre sa réclamation en utilisant mon corps pour libérer ses larmes interdites, enfin aspirer à la reconnaissance et réintégrer son concert familial intérieur.

Aujourd'hui, elle se débat avec ses différentes parties intérieures et s'emballe dans ses ressentis à mon égard. Déni : "Ce ne sont pas mes larmes, c'est votre douleur qui s'impose à moi". Colère: "Vous avez failli comme socle de sécurité pour moi". Marchandage : "Comment puis-je apprécier l'authenticité de votre recadrage ?". En accéléré, les premières étapes du deuil (décrit par Elisabeth Kübler-Ross) de la relation thérapeutique laquelle, arrivée à maturité, demande implicitement à se clôturer. Et puis cette demande, de prime abord incongrue : "Monsieur Libois, je peux vous prendre dans mes bras ?". 

La "neutralité affective" proclamée par nos codes de bonne conduite prescrirait de laisser ma cliente sombrer dans l'océan de tristesse où elle surnage. Ah ! la belle hypocrisie professionnelle. Couplée au risque de répéter l'échec primitif : cet état dissocié en réponse à la situation de "savoir ce que l'on n'est pas censé savoir et ressentir ce que l'on n'est pas censé ressentir" (John Bowlby). 

Harold Searles explique comment le client souffre de ne pas avoir pu, bébé, accomplir son élan thérapeutique à l'égard de son parent défaillant et reste, de ce fait, empêtré dans une relation symbiotique non résolue, obstacle à son individuation. Et, comme l'explique bien Alice Miller, c'est pour avoir dissipé cette "confusion de langue entre les adultes et l'enfant" (Sandor Ferenczi) que certains d'entre nous, enfants doués, sont devenus psychothérapeutes. De trop nombreux autres continuent de se rêver comme "nourrisson savant" dans une tentative solitaire de se sauver de leur effroi psychique.


Et l'enfer est pavé de bonnes intentions


Alors que faire : suspendre le cadre thérapeutique ou le liquider ? Faute de pouvoir s'y tenir, le surmonter et sortir par le haut (avec et pour le patient) ou bien s'y soustraire, en sortir par le bas et s'y dérober au détriment de son client ? Sans cadre, c'est abuser de la situation de faiblesse de mon interlocutrice et passer à l'acte de mon propre contre-transfert. Une impardonnable faute du professionnel qui saccage la vulnérabilité de celui qui réclame des soins.

Face à ce dilemme moral, quelle (méta-)règle peut justifier qu'un thérapeute sorte du cadre de travail mis en place avec son client sans, de son propre fait, sortir de son rôle professionnel ? Dans le cas présent, j'ai utilisé le levier du transfert et permis à ma cliente de s'étayer sur Soi, par dérogation consciente aux formes convenues. Tel est parfois le dénouement heureux de la relation thérapeutique. Corollaire méthodologique de cette dérogation, de mon chef, au cadre thérapeutique : la dissolution de l'alliance. 

Coup d'Etat thérapeutique, l'exception à l'asymétrie abroge le caractère exceptionnel de la relation. 

*Situation reconstruite à partir de l'extrapolation de quelques cas cliniques. Que les concerné.e.s acceptent mes condoléances pour la violence symbolique de l'opération et reçoivent ma gratitude pour le travail accompli ensemble.

lundi 10 juin 2013

Efficacité

Qu’est-ce qui rend mon psy efficace ? Cet enjeu s'inscrit à la charnière des leçons de savoir-vivre et des percées épistémologiques.

Jeanne Siaud-Facchin est connue pour son accompagnement des "zèbres", enfants-vieillards et adultes précoces. Elle en fait une description clinique nuancée dans ses ouvrages L’enfant surdoué. L’aider à grandir. L’aider à réussir (2002) et Trop intelligent pour être heureux. L’adulte surdoué (2008).

Ma curiosité a été piquée lorsqu’elle explique dans son dernier ouvrage (2012) que "la méditation a révolutionné [s]a façon d’être" et que "la méditation a beaucoup changé [s]a pratique de psy". Par méditation, Siaud-Facchin entend simplement : se poser, ressentir, observer et laisser être. Cette approche s’inscrit, du point de vue méthodologique, dans le courant récent de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT, dernière vague des thérapies cognitivo-comportementales) et, du point de vue spiritualiste, dans la vogue de la psychologie positive (illustrée par la trilogie de notre compatriote guérisseur Thierry Janssen).

Siaud-Facchin trouve dans la méditation de quoi étayer son intuition sur l’"hyperconscientisation" qu’éprouvent – parfois douloureusement – les personnes à haut potentiel, au "croisement entre l’intelligence aiguisée et l’hyperréactivté émotionnelle". Alors, comment utiliser cette "hyperconscience" pour mieux être au monde ? Comment retourner cette capacité spontanée à se dissocier en une ressource pour une meilleure présence d’esprit plutôt que comme un handicap, source de souffrance ?


Contrôlabilité

Michael Yapko, connu pour son traitement de la dépression par l’hypnose (2006), compare la méditation de pleine conscience et l’hypnothérapie, dans son ouvrage Mindfulness and Hypnosis. The power of suggestion to transform experience (2011). Points communs : toutes deux peuvent s’inscrire dans une quête de spiritualité individuelle et fournir une technique thérapeutique, selon que l’on favorise l’acceptation sans destination ou que l’on poursuive des objectifs spécifiques. Dans ce dernier cas, on mettra l’accent sur la "contrôlabilité", condition préalable à la prise de décision, en distinguant ce sur quoi on peut agir et ce que l’on doit simplement laisser être, ici et maintenant.

Si l’efficacité de la méditation de pleine conscience dans le traitement de la dépression a été démontrée, conformément aux règles de la médecine fondée sur des preuves ("Evidence Based Medecine", voir notamment les ouvrages de Kabat-Zin, 2009, et Segal, Williams & Teasdale, 2006), quel est l’apport de l’hypnothérapie ? Yapko argumente que la méditation est en réalité une forme d’hypnose, réduite biologiquement par l’explication objectivante de ses bénéfices anatomiques (plasticité neuronale et régénération cellulaire). Cette approche nous prive du point de vue performatif du participant à la relation clinique, dans un contexte interpersonnel et à des fins thérapeutiques. Contre le "bioréductionnisme", Yapko valorise la dimension sociale (l'alliance thérapeutique) et l'apprentissage expérientiel (vivre les choses).


Stratagème

Cette discussion entre l’"idéologie de la maladie" (rôle tenu par la médecine occidentale technologisée) et les médecines complémentaires se poursuit dans l’ouvrage du Dr. Jean-Marc Benhaiem, L’hypnose ou les portes de la guérison (2012). L’auteur a créé en 2001 le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale au CHU de la Pitié-Salpétrière. Vous lirez avec intérêt le chapitre "La psychopathologie est-elle soluble dans l’hypnose ?". Extrait : "Davantage que la désignation de l’expression naturelle d’une maladie, le diagnostic psychopathologique apparaît donc comme un langage dont doit user le patient pour obtenir du soignant l’attention légitime qui convient au contexte du soin". Côté psy, il est préférable d’adapter la thérapie au client que l’inverse, si l’on souhaite reconnaître et soulager la souffrance morale et relationnelle du patient.

Tel est le credo permanent de la thérapie brève stratégique, modélisée par l’école de Palo-Alto. La traduction et la publication récentes, par les éditions Satas, de trois ouvrages de Giorgio Nardone offrent une prise en main aisée du savoir-faire de celui qui, après son maître Paul Watzlawick, excelle dans la déconstruction des solutions qui font empirer le problème et l’utilisation du stratagème thérapeutique pour faire sortir le client de ses automatismes (comporte)mentaux. Bref, pratiquer l’art du changement comme une hypnothérapie sans transe.


Intentionnalité

Finalement, quelle que soit la technique adoptée, la communication thérapeutique sera efficace si elle permet au client de revivre "l’expérience phénoménologique" de soi, des autres et du monde, en échappant au double biais mentaliste ou naturaliste, commun à la psychologie et aux neurosciences, et au travers duquel nous nous comprenons encore souvent et à tort. Contre toute objectivation du Self, Paul Ricœur décrit ainsi l’"intentionnalité", lieu originaire de la communication intersubjective : "Je suis hors de moi quand je vois, c’est-à-dire que voir c’est être mis en face de quelque chose qui n’est pas moi, c’est donc participer à un monde extérieur. Je dirais donc que la conscience n’est pas un lieu fermé dont je me demanderais comment quelque chose y entre du dehors, parce qu’elle est, dès toujours, hors d’elle-même" (Changeux et Ricœur, 2008).

Les télécoms offrent du temps de parole, les psys du temps d'écoute.

NB : les références citées ou évoquées figurent sur la page "Ether".