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samedi 22 octobre 2022

Vendredi 21

La scène se passe dans un chalet. Nous sommes 6-8 personnes, à faire des expériences et à préparer des opérations dans le plus grand secret. Je ne connais pas les participant.es, ni la cible, ni la finalité de notre activité. Je sais que nous ourdissons un complot.

Nous changeons de salle pour partager nos résultats et préparer leur restitution publique. Un grand homme, maigre, roux, au ton blafard et à la peau jaune (la caricature du savant fou, tout en étant un peu repoussant), écrit sur le tableau blanc des mots en allemand, en style gothique, péniblement et sur un mode robotique. Mots que je devrais prononcer en tant que porte-parole du groupe et signature de nos travaux.

Je m'insurge et saute littéralement à la gorge de cette étrange créature, charismatique et abjecte à la fois, en lui disant que ce qu'il a écrit sur le tableau ne veut rien dire, est une caricature sordide de l'allemand, pleine de ressentiment et de règlement de comptes, et trahit nos travaux tels qu'ils avaient été élaborés et validés ensemble dans l'autre pièce.

 ***

J'ai reçu ce rêve vendredi 21 octobre 2022, au Mas de Luzière, dans le cadre d'un stage de Thérapeutique de la Kabbale. La nuit précédente, j'avais été réveillé par des battements d'ailes autour de moi : deux chauves-souris virevoltaient dans ma chambre, comme si elles me partageaient un message invisible, en ce jour anniversaire de la mort de mon père.  

Ce samedi, le point de réalisation de ma conversion spirituelle, engagée début de l'année, est atteint en recevant le rêve suivant : 

"Ce matin, quand mon réveil a sonné, j'étais occupé à expliquer aux personnes réunies autour de moi que, né dans un corps de garçon, j'étais en réalité une femme". 




mardi 3 avril 2018

Ma toolbox EMDR

53 fiches et 39 auteur.e.s traitant des aspects méthodologiques, historiques, cliniques, scientifiques et neurobiologiques de la psychothérapie EMDR, sur des thèmes aussi différents que les traumas récents, complexes, précoces ou transgénérationnels, les peurs et phobies spécifiques, les deuils compliqués, les violences domestiques ou sexuelles, la dynamique familiale et les troubles de l’attachement.

Le manuel Pratique de la psychothérapie EMDR. Introduction, approfondissements pratiques et psychopathologiques, édité sous la direction de Cyril Tarquinio (2017), réunit les contributions des meilleur.e.s praticien.ne.s européen.ne.s de cette méthode de gestion des psychotraumatismes recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé pour son efficacité dans la gestion du syndrome de stress post-traumatique. 

Et si le foisonnement des outils disponibles aujourd’hui pour l’accompagnement des survivant.e.s aux traumatismes psychiques et l’enchevêtrement des tentatives de modélisation théorique étaient une invitation à mettre au point ma propre boîte à outils de praticien EMDR ?

Ma boussole, exposée dans la carte heuristique ci-dessous (et téléchargeable ici), s’articule autour de trois aspects complémentaires, intégrés dans l’intervention clinique :

- Primo, les « Interactions avec l’autre » décrivent selon quel mode de communication le patient se rapporte à ce qui est mis en travail psychothérapeutique. Soit son propre corps vivant abordé comme un « Je », soit sa relation à autrui, vivant ou défunt, considérée en tant que deuxième personne grammaticale « Tu », soit son accès aux matériaux traumatiques, le cas échéant dissociés, traités comme un « Il ».

- Secundo, les « Cibles retraitées », moins selon un axe chronologique (passé, présent et avenir) que selon la visée adoptée. Elle peut être prescriptive (les objectifs poursuivis par la psychothérapie), constative (l’état des lieux du problème) ou explicative (les causes profondes des symptômes).

- Tertio, les « Points d’entrée » dans la matière : image, cognition, émotion et sensation.

Ces trois aspects intégrés dans l’intervention clinique s’appuyent sur un « Arrière-plan théorique » comportant les références bibliographiques et identifiant les prérequis pour une démarche psychothérapeutique efficace et sécurisante pour la patiente et la professionnelle.
 


jeudi 10 avril 2014

NDE

Comment traduire "Near-Death Experience" (Raymond Moody), cette expérience exceptionnelle, cet état de conscience non ordinaire dont sont revenues transformées les personnes qui ont frôlé la "deadline" ? NDE : expérience de mort imminente, expérience de mort provisoire (Jean-Jacques Charbonnier), expérience aux frontières de la mort (François Brune), expérience de quasi-mort (Ian Wilson), expérience du seuil de la mort (Elisabeth Kübler-Ross), expérience de mort rapprochée, expérience de mort temporaire ? L'embarras sur la dénomination trahit le trouble de l'esprit : si l'état de choses est attesté factuellement, encore faut-il le penser humblement avant de prétendre pouvoir le connaître. 

Des personnes déclarées cliniquement mortes selon les critères médicaux (coma dépassé : arrêt prolongé du cœur et du cerveau) reviennent à l'état de veille ordinaire et partagent le récit de leur voyage, composé de deux parties : la phase de "décorporation", de sortie hors de leur corps physique, et la phase "transcendante", de sortie hors de notre réalité spatio-temporelle. 
  • De la première phase, les "expérienceurs" rapportent des perceptions globales et des informations (faits matériels, interactions comportementales, pensées de proches) inaccessibles depuis leur condition de mort clinique et pourtant vérifiées et validées après-coup. 
  • Dans la deuxième phase de leur expérience s'y ajoute un examen lucide et instantané de tous les épisodes marquants de leur vie, depuis une position de témoin en surplomb et en ressentant toutes les conséquences de leurs actes "en se mettant à la place de tout autre" (Kant). Cette "revue de vie", éclairée par les questions "Qu'as-tu fait de ta vie ?" et "Comment as-tu aimé ?", est source d'une restructuration en profondeur de leur propre biographie. 
  • Dans le meilleur des cas, le caractère ineffable de ce vécu-limite, quasi-mystique, culmine dans la réappropriation sereine et altruiste de leur existence, ici et maintenant. Il arrive aussi que la NDE soit négative, effrayante voire angoissante, ou qu'elle soit censurée et refoulée par peur d'être taxé de fou par son entourage.
Tel est le scénario typique reconstruit à partir des nombreux témoignages recueillis depuis les années 80', sous la pression des améliorations constantes des techniques de réanimation. Dernier en date : le destin transformé du Dr Eben Alexander, ce neurochirurgien revenu au 7e jour de sa mort cérébrale d'un coma sans espoir, le plus improbable ambassadeur choisi pour partager son expérience du paradis. 

Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent : 
  • d'un côté : les sceptiques, Susan Blackmore la première, s'enferrent dans des combats d'arrière-garde, traquant les erreurs de méthodologie pour disqualifier toute anomalie qui menacerait leur dogme matérialiste mécaniciste de l'émanation de la conscience à partir du substrat neuronal ; 
  • de l'autre côté : les télé-évangélistes, marchands du temple et autres charlatans de l'occulte y trouvent la preuve de la métempsychose (la réincarnation de l'âme) et surtout le prétexte pour écouler leur fond de commerce de "mixtures narcissico-orientalo-sportives à la californienne" (Marcel Gauchet) ;
  • au milieu : des scientifiques curieux, guidés par la seule recherche collaborative de la vérité, formulent des "fables" (Ervin Laszlo) en espérant que leurs hypothèses iconoclastes élargissent un jour notre explication des expériences vécues (parfois collectivement comme les NDE partagées, spontanées ou induites) et des faits rapportés par des millions de personnes (15% des victimes d'arrêt cardiaque ont vécu une NDE).  
S'il faut rendre à César ce qui appartient à César, à quel saint se vouer ? Si conceptuellement la mort est un passage sans retour et dont concrètement nous cherchons à repousser la limite inexorable (par la connaissance expérimentale, l'innovation technoscientifique ou l'expérience spirituelle), alors que faire de ce qui est là : ce qui nous tombe dessus, que nous vivons comme vrai et qui échappe à nos schémas cognitifs et émotionnels ?

Le paranormal est normal : entre 30 et 50% de la population générale reconnaissent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle (Renaud Evrard). S'agit-il tout simplement d'hallucinations ou de délires habituellement attribués à la psychose ? Plus qu'une explication scientifique ou une réduction psychopathologique de nos expériences vécues (deux formes de méconnaissance objectivantes) nous devons aussi pouvoir bénéficier d'une intercompréhension inconditionnelle afin d'accepter les événements exceptionnels qui nous arrivent et de les intégrer en cohérence dans notre processus d'individuation. 

Personnellement, je me suis surpris à abandonner mes résistances cartésiennes sans renoncer à ma foi rationnelle, ni à mon jugement critique. Appelons cela de l'agnosticisme. C'est le résultat d'un cheminement souterrain, documenté par quelques incursions dans des lectures ésotériques et guidé par le souci professionnel d'offrir, sans complaisance, une oreille bienveillante à mes interlocuteurs. Et puis soudain... fondre en larmes en évoquant le pari de Pascal, me laisser toucher par l'intelligence du coeur et préférer mes épreuves aux preuves.
 

Bibliographie sélective :
- Dr Eben Alexander, La Preuve du paradis, 2013
- Allan Botkin, La communication induite après la mort, 2014
- Père François Brune, Les morts nous parlent, 2 vol., 2006
- Père François Brune, Christ et karma. La réconciliation ?, 2012
- Père François Brune & Rémy Chauvin, A l'écoute de l'au-delà. Les preuves de la survie de l'âme, 2003
- Etzel Cardena, Steven Jay Lynn & Stanley Krippner, Varieties of Anomalous Experience : Examining the Scientific Evidence, 2013 
- Jean-Pierre Changeux & Paul Ricoeur, La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser, 1998
- Dr Jean-Jacques Charbonnier, Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie. L'enseignement spirituel des expériences de mort provisoire, 2013
- Sylvie Déthiollaz & Claude Charles Fourrier, Etats Modifiés de Conscience. NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l'esprit, 2011
- Pr Régis Dutheil & Brigitte Dutheil, L'homme superlumineux, 1990
- Renaud Evrard, Folie et paranormal. Vers une clinique des expériences exceptionnelles, 2014
- Michael Harner, Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, 2014
- Dr Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite, 2006
- Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, 1988
- Ervin Laszlo, Science et Champ Akashique, 2 vol., 2004
- Ervin Laszlo & Jude Currivan, CosMos. Guide de cocréation du Monde-Entier, 2008
- Hedwig Marzolf, Libéralisme et religion. Réflexions autour de Habermas et Kant, 2013
- Dr Raymond Moody, La vie après la vie, 1977
- Dr Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1978
- Dr Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie, 2010
- Ludovic Pannatier, Les problèmes de modélisation des expériences de mort imminente. Etude des objections et création d'un système épistémologique pour comprendre l'émergence d'un nouveau paradigme, 2010 (PDF)
- Dean Radin, La conscience invisible. Le paranormal à l'épreuve de la science, 2000
- Dean Radin, Superpouvoirs. Science et Yoga : enquête sur les facultés humaines extraordinaires, 2014 
- Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts. Aide mutuelle entre ce monde et l'au-delà, 2000
- Djohar Si Ahmed, Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles. Comment penser le paranormal, 2014
- Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui, 2007
- Carl Wickland, Trente ans parmi les morts. Un psychiatre et sa femme aident les âmes en peine, 2012 
- Ian Wilson, Enquête aux frontières de la mort, 1998

mardi 6 août 2013

Incubation

Bientôt la rentrée et maintenant l'incubation de mon projet professionnel. Je l'ai provisoirement intitulé "Clinique de la reconnaissance : penser les pathologies de la communication sociale, panser les atteintes à l'intégrité personnelle". Mon propos est de remonter depuis les frontières poreuses du Moi aux sources de son individuation comme Soi. J'en identifie trois moments : réclamation, réparation & réalisation. 

Commençons ici par brosser le fil conducteur et les sources d'inspiration de ce chantier. Des textes à venir dérouleront ce programme de recherche et ma clinique l'étayera. Mon propos en sera moins abrupt : ce qui ressemble aujourd'hui à une proto-fiche Wikipédia, squelette égrénant des références abstraites, gagnera en chair. Méthodologiquement, je distingue une double hélice dans cette dialectique de l’Alter Ego : diachronique (comment le “Je” s’élabore socialement au travers du “Nous”) et synchronique (comme l’altérité irrigue et transforme l’identité).

Tout part de nos souffrances et fait signe vers l'aliénation, concept qui subsume les déformations systématiques de l'intégration du Moi (corporel, psychique et social) : mépris, oubli ou déni de l'expérience vécue de l'injustice, de la domination et de l'humiliation, précoces ou actuelles. Depuis le noeud des déficits de reconnaissance, deux aspirations s'élèvent : réclamer en creux les conditions institutionnelles de l'émancipation, sur le plan de l'action conflictuelle et au travers du médium de l'espace public politique, ou bien désigner en filigrane les leviers sémiotiques (au sens de Charles Sanders Peirce) de la motivation, sur le plan de l'abandon spirituel et dans le milieu de l'"inconscient collectif" (voire de l'horizon quantique, de la "réalité non ordinaire" ou de "l'autre monde"). 

 

Pour une théorie normative du trauma : "peaux d'âme"


En réponse et en appui à ma clinique thérapeutique, il s'agit d'élaborer une théorie intersubjective du trauma (comme ce qu'il me reste de m'être vécu annihilé), laquelle libère le potentiel critique du "Moi-Peau" (Didier Anzieu) face aux distorsions de la communication, interpersonnelle ou intergénérationnelle. Cela passe aussi par une reconstruction de certaines démarches psychiatriques et psychanalytiques postfreudiennes (Janet, Bowlby, Winnicott, Searles) au contact de sources issues de la philosophie morale et sociale (Mead, Honneth, Ricoeur, éthiques du Care). Ceci pour l'axe diachronique "Socialisation <-> Individuation" : comment le Moi peut-il se construire et se stabiliser en tant que première personne ("Je"), singulière, vulnérable et interdépendante, au travers de la médiation du "Nous" ?

Sur l'axe synchronique "Individuation <-> Symbolisation", il s'agit de prolonger la distinction introduite par Stanislav Grof au coeur de la "spiritual emergency", selon l'hypothèse - prônée notamment par Djohar Si Ahmed - d'un continuum entre l'"urgence spirituelle" (relevant, selon le diagnostic psychiatrique, de la décompensation psychotique) et l'"émergence spirituelle" (accueillie et reconnue comme expansion de la conscience). On s'ouvre alors graduellement à la psychologie transpersonnelle, transculturelle et humaniste (y compris les passerelles vers les pratiques chamaniques contemporaines), à la parapsychologie et aux "expériences exceptionnelles" (i.e. les phénomènes "psi" avérés comme télépathie, clairvoyance, pré- et rétrocognition, psychokinèse), enfin aux ressources prépolitiques, religieuses ou profanes, de l'identité personnelle. Les premières sources sont, d'un côté, Ferenczi, Abraham et Torok, Jung et, de l'autre côté, les documents et travaux réunis par l'Institut Métapsychique International ou les travaux des experts en parapsychologie clinique. Comment le Moi peut-il se réaliser comme Soi par son ouverture à l'altérité ? Dans le rapport du "Je" au "Tu" se joue la reconnaissance de soi dans l'autre.

 

Société postséculière & spiritualité


Le point de vue adopté est celui performatif du participant à cette expérience transsubjective : il permet de rendre compte de la signification qu'elle peut raisonnablement avoir pour sa propre biographie (sens qui doit pouvoir être reconstruit méthodiquement et communiqué intersubjectivement entre Alter et Ego). Nous sommes donc dans un autre rapport d'interaction que celui généré par l'attitude objectivante de l'observateur. Ce dernier, guidé par des intérêts de connaissance scientifique, s'attache à déterminer la validité objective de ce qui se produit en en reproduisant l'exactitude factuelle dans des conditions expérimentales contrôlées. 

Alors, à quel besoin de la raison obéit la présente ambition de théorie normative du trauma ? Aussi loin que je puisse voir, il s'agit pour moi d'organiser une identité professionnelle en toute transparence méthodologique et, ce faisant, de rester redevable de mes actes en partageant, avec mes clients et entre pairs, les conditions de ma pratique thérapeutique. En effet, mon objectif à terme est de proposer une consultation professionnelle aux personnes vivant des expériences exceptionnelles, dans la lignée du CIRCEE, en France, ou de l'IGPP, en Allemagne. C'est également ce qui m'amène à élargir mon utilisation des états de conscience modifiés (aujourd'hui l'hypnose) à la technique de l'EMDR, pavant la voie (avec l'IADC mise au point par Botkin) à la communication avec les défunts et la résolution de deuils pathologiques. 

Dans le contexte de nos "sociétés postséculières" (au sens d'Habermas : les sociétés occidentales caractérisées par un rapport ambivalent à la religion et dans lesquelles le processus de sécularisation est inachevable), il convient à chacun de se donner les moyens d'explorer, par les voies d'une raison décomplexée, les liens entre vie psychique et expériences sacrées, en contournant les écueils excommunicationnels de la réduction scientiste, de l'endoctrinement sectaire ou du consumérisme ésotérique ou folklorique.


Peaux d'âme : une matrice triadique

NB (19 août 2013) : panser le trauma, c'est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme. L'organisation de ma pensée adosse une thérapeutique éclectique (philosophe) à une systématique parasychologique (sémiotique) et l'expose dans une propédeutique humaniste (âme).