Affichage des articles dont le libellé est psychanalyse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est psychanalyse. Afficher tous les articles

jeudi 16 novembre 2023

Réalité augmentée

"J'emménage dans un appartement. Tout est en ordre. Il y a une colocatrice, une jeune musulmane, qui vient m'accueillir. J'ai des tatouages colorés, faits de lignes. C'est une réalité augmentée. Je suis conscient que je suis réveillé. Le rêve se superpose à la réalité".

Tel est le rêve reçu par un participant le matin de l'atelier "Contes et rêves", lancé ce mardi 14 novembre. Le rêveur se réjouit de se souvenir de ce rêve, le 5e de son existence de quadra. Le rêve a été analysé avec le rêveur dans l'atelier. Sa portée est aussi plus large.

En effet, avant l'arrivée tardive du participant, nous avions contemplé le conte du Faiseur de pluie. L'objectif était de donner voix à l'invité-mystère dont la chaise avait été laissée vide, en introduction à la question "Quelles sont vos expériences personnelles de la matière psychique?".

Remercions ici l'enseignement du Soi en ouverture et bénédiction de notre atelier, par la médiation de la rencontre synchronistique (mais asynchrone) entre le conte et le rêve reçu le matin même : la matière psychique est une "réalité augmentée" (comme l'a décrite le rêveur lui-même). 

Que la pluie soit, et la pluie fut.


Jung, L'homme et ses symboles, p. 160

vendredi 28 juillet 2023

Orénoque

Porté par les symboles de l'inconscient, je suis remonté, parfois à contre-courant de mes croyances, aux sources de ma vie intérieure. 

Guidé par la sagesse et la joie de l'enseignement, j'ai découvert les affluents et les méandres des vaisseaux qui irriguent ce continent inexploré.

De conte en rêve, le travail du Soi alimente la différenciation de la matière animée. De contemplation en interprétation, de questionnement en engagement, le Moi se creuse pour recevoir l'initiation. 

Surmonter les oppositions, sous la transcendance du non-agir, pave la voie à l'individuation. D'unilatérale, la puissance s'abandonne en présence et réciprocité. 

La parole se fait mantique, écho inouï de l'esprit quantique. Et à l'unisson des chants, de cantique en cantique, vibrent les amours synchronistiques.

*********

Retour d'expérience de mon stage "La vie symbolique de la psyché", dans le cadre de ma formation à l'École du Rêve et des Profondeurs. Le titre du billet m'est venu de manière synesthésique avec l'image du fleuve dans la forêt, associée à l'anagramme d'"onirique".



samedi 22 octobre 2022

Vendredi 21

La scène se passe dans un chalet. Nous sommes 6-8 personnes, à faire des expériences et à préparer des opérations dans le plus grand secret. Je ne connais pas les participant.es, ni la cible, ni la finalité de notre activité. Je sais que nous ourdissons un complot.

Nous changeons de salle pour partager nos résultats et préparer leur restitution publique. Un grand homme, maigre, roux, au ton blafard et à la peau jaune (la caricature du savant fou, tout en étant un peu repoussant), écrit sur le tableau blanc des mots en allemand, en style gothique, péniblement et sur un mode robotique. Mots que je devrais prononcer en tant que porte-parole du groupe et signature de nos travaux.

Je m'insurge et saute littéralement à la gorge de cette étrange créature, charismatique et abjecte à la fois, en lui disant que ce qu'il a écrit sur le tableau ne veut rien dire, est une caricature sordide de l'allemand, pleine de ressentiment et de règlement de comptes, et trahit nos travaux tels qu'ils avaient été élaborés et validés ensemble dans l'autre pièce.

 ***

J'ai reçu ce rêve vendredi 21 octobre 2022, au Mas de Luzière, dans le cadre d'un stage de Thérapeutique de la Kabbale. La nuit précédente, j'avais été réveillé par des battements d'ailes autour de moi : deux chauves-souris virevoltaient dans ma chambre, comme si elles me partageaient un message invisible, en ce jour anniversaire de la mort de mon père.  

Ce samedi, le point de réalisation de ma conversion spirituelle, engagée début de l'année, est atteint en recevant le rêve suivant : 

"Ce matin, quand mon réveil a sonné, j'étais occupé à expliquer aux personnes réunies autour de moi que, né dans un corps de garçon, j'étais en réalité une femme". 




jeudi 15 février 2018

Pierre Trigano, "Psychanalyser Jung"


De quoi la vie de Carl Gustav Jung est-elle le nom ? (Penser avec et contre Jung)

Dans sa somme Psychanalyser Jung (2 tomes parus, 3e volume annoncé), Pierre Trigano réinterroge l’intention exprimée par Carl Gustav Jung en ouverture de son autobiographie : « Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation » (Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, 1967).

Pierre Trigano analyse comme une totalité en action les écrits théoriques et cliniques de Jung, les rêves, visions et correspondances du médecin et de ses patients ainsi que ses prises de position publiques (dont sa compromission avec le régime nazi) et ses passages à l’acte dans le cadre professionnel.

Appliquant au Jung vivant la méthode d’interprétation des faits psychiques que ce dernier pratiquait avec ses patients, Pierre Trigano dépasse le mythe personnel exposé dans l’autobiographie de Jung ainsi que le portrait hagiographique que les adeptes et les disciples dressent encore aujourd’hui de leur maître, monstre sacré fondateur de la psychologie analytique.

Dans un premier temps, Pierre Trigano met scrupuleusement à jour l’équation personnelle de Carl Gustav Jung : ayant été abusé enfant par un proche de sa famille, il cherche à surmonter l’humiliation initiale en reproduisant à son tour le rôle d’incesteur. Face à la menace d’effondrement de son Moi en formation, l’inversion et la répétition de l’aliénation semblent être pour Jung les seules issues pour laver l’objectivation infligée.

Dans un second temps, Pierre Trigano dévoile le fil secret qui divise toute la vie de Jung et, en même temps, l’enseignement scientifique et spirituel que le médecin retire de la dissociation traumatique de sa personnalité. En effet, Jung vit dans sa chair et dans son psychisme le mal subi du fait de l’archétype masculin en inflation. Or cette expérience unilatérale par laquelle le Moi boursouflé s’instaure comme unique roi du monde se fait patiemment miner de l’intérieur par l’épreuve du Tout-Autre : le Soi, centre transcendant de la psyché et source intemporelle du devenir conscient en tant que Moi individué.

Quant au contenu, Jung a largement démontré que le Soi est l’union harmonieuse des contraires, la conjonction non violente des opposés, la complémentarité respectueuse des réciproques. Les deux principes premiers de l’humanité y font alliance dans la douceur : le masculin, comme puissance d’affirmation, d’engagement et d’entreprendre, et la féminité, comme capacité d’ouverture, de mise en relation et d’amour.

En complément, Pierre Trigano décrit la double fonction harmonisatrice du Soi. D’un côté, il ordonnance les différents archétypes unilatéraux évoluant dans l’inconscient collectif et prompts à usurper la place du Soi. De l’autre côté, il guide chacun des Moi individuels dans leur intégration (i.e. individualisation) et dans leur accomplissement (i.e. individuation).

En conclusion, quelle vérité se laisse voir au travers de l’incarnation de l’homme Jung ?

Psychanalyser Jung contourne d’abord un double écueil : d’une part, la réduction psychologisante de Jung au conflit personnel qui le hante, au motif qu’il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, et, d’autre part, la minimisation des écarts de conduite privée et politique de Jung, sous couvert de célébrer ses seules œuvres savantes.

Ensuite, Psychanalyser Jung expose, preuves à l’appui, la cohérence profonde de la personne Jung, « élue » par le Soi pour faire reconnaître le divin en l’homme aux yeux et dans les termes de la science occidentale.

Karl-Otto Apel est connu pour ses tentatives de fondation ultime de la raison en « pensant avec et contre » ses principaux partenaires de discussion philosophique. Humble serviteur du Soi, Pierre Trigano nous partage ici l’enseignement reçu par la contemplation de la vie de Jung : il renouvelle l’ambition de Apel en l’étendant à l’ensemble des manifestations terrestres de la psyché, sans la réduire au seul mode « pensée » du Moi exorbitant.


mardi 6 août 2013

Incubation

Bientôt la rentrée et maintenant l'incubation de mon projet professionnel. Je l'ai provisoirement intitulé "Clinique de la reconnaissance : penser les pathologies de la communication sociale, panser les atteintes à l'intégrité personnelle". Mon propos est de remonter depuis les frontières poreuses du Moi aux sources de son individuation comme Soi. J'en identifie trois moments : réclamation, réparation & réalisation. 

Commençons ici par brosser le fil conducteur et les sources d'inspiration de ce chantier. Des textes à venir dérouleront ce programme de recherche et ma clinique l'étayera. Mon propos en sera moins abrupt : ce qui ressemble aujourd'hui à une proto-fiche Wikipédia, squelette égrénant des références abstraites, gagnera en chair. Méthodologiquement, je distingue une double hélice dans cette dialectique de l’Alter Ego : diachronique (comment le “Je” s’élabore socialement au travers du “Nous”) et synchronique (comme l’altérité irrigue et transforme l’identité).

Tout part de nos souffrances et fait signe vers l'aliénation, concept qui subsume les déformations systématiques de l'intégration du Moi (corporel, psychique et social) : mépris, oubli ou déni de l'expérience vécue de l'injustice, de la domination et de l'humiliation, précoces ou actuelles. Depuis le noeud des déficits de reconnaissance, deux aspirations s'élèvent : réclamer en creux les conditions institutionnelles de l'émancipation, sur le plan de l'action conflictuelle et au travers du médium de l'espace public politique, ou bien désigner en filigrane les leviers sémiotiques (au sens de Charles Sanders Peirce) de la motivation, sur le plan de l'abandon spirituel et dans le milieu de l'"inconscient collectif" (voire de l'horizon quantique, de la "réalité non ordinaire" ou de "l'autre monde"). 

 

Pour une théorie normative du trauma : "peaux d'âme"


En réponse et en appui à ma clinique thérapeutique, il s'agit d'élaborer une théorie intersubjective du trauma (comme ce qu'il me reste de m'être vécu annihilé), laquelle libère le potentiel critique du "Moi-Peau" (Didier Anzieu) face aux distorsions de la communication, interpersonnelle ou intergénérationnelle. Cela passe aussi par une reconstruction de certaines démarches psychiatriques et psychanalytiques postfreudiennes (Janet, Bowlby, Winnicott, Searles) au contact de sources issues de la philosophie morale et sociale (Mead, Honneth, Ricoeur, éthiques du Care). Ceci pour l'axe diachronique "Socialisation <-> Individuation" : comment le Moi peut-il se construire et se stabiliser en tant que première personne ("Je"), singulière, vulnérable et interdépendante, au travers de la médiation du "Nous" ?

Sur l'axe synchronique "Individuation <-> Symbolisation", il s'agit de prolonger la distinction introduite par Stanislav Grof au coeur de la "spiritual emergency", selon l'hypothèse - prônée notamment par Djohar Si Ahmed - d'un continuum entre l'"urgence spirituelle" (relevant, selon le diagnostic psychiatrique, de la décompensation psychotique) et l'"émergence spirituelle" (accueillie et reconnue comme expansion de la conscience). On s'ouvre alors graduellement à la psychologie transpersonnelle, transculturelle et humaniste (y compris les passerelles vers les pratiques chamaniques contemporaines), à la parapsychologie et aux "expériences exceptionnelles" (i.e. les phénomènes "psi" avérés comme télépathie, clairvoyance, pré- et rétrocognition, psychokinèse), enfin aux ressources prépolitiques, religieuses ou profanes, de l'identité personnelle. Les premières sources sont, d'un côté, Ferenczi, Abraham et Torok, Jung et, de l'autre côté, les documents et travaux réunis par l'Institut Métapsychique International ou les travaux des experts en parapsychologie clinique. Comment le Moi peut-il se réaliser comme Soi par son ouverture à l'altérité ? Dans le rapport du "Je" au "Tu" se joue la reconnaissance de soi dans l'autre.

 

Société postséculière & spiritualité


Le point de vue adopté est celui performatif du participant à cette expérience transsubjective : il permet de rendre compte de la signification qu'elle peut raisonnablement avoir pour sa propre biographie (sens qui doit pouvoir être reconstruit méthodiquement et communiqué intersubjectivement entre Alter et Ego). Nous sommes donc dans un autre rapport d'interaction que celui généré par l'attitude objectivante de l'observateur. Ce dernier, guidé par des intérêts de connaissance scientifique, s'attache à déterminer la validité objective de ce qui se produit en en reproduisant l'exactitude factuelle dans des conditions expérimentales contrôlées. 

Alors, à quel besoin de la raison obéit la présente ambition de théorie normative du trauma ? Aussi loin que je puisse voir, il s'agit pour moi d'organiser une identité professionnelle en toute transparence méthodologique et, ce faisant, de rester redevable de mes actes en partageant, avec mes clients et entre pairs, les conditions de ma pratique thérapeutique. En effet, mon objectif à terme est de proposer une consultation professionnelle aux personnes vivant des expériences exceptionnelles, dans la lignée du CIRCEE, en France, ou de l'IGPP, en Allemagne. C'est également ce qui m'amène à élargir mon utilisation des états de conscience modifiés (aujourd'hui l'hypnose) à la technique de l'EMDR, pavant la voie (avec l'IADC mise au point par Botkin) à la communication avec les défunts et la résolution de deuils pathologiques. 

Dans le contexte de nos "sociétés postséculières" (au sens d'Habermas : les sociétés occidentales caractérisées par un rapport ambivalent à la religion et dans lesquelles le processus de sécularisation est inachevable), il convient à chacun de se donner les moyens d'explorer, par les voies d'une raison décomplexée, les liens entre vie psychique et expériences sacrées, en contournant les écueils excommunicationnels de la réduction scientiste, de l'endoctrinement sectaire ou du consumérisme ésotérique ou folklorique.


Peaux d'âme : une matrice triadique

NB (19 août 2013) : panser le trauma, c'est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme. L'organisation de ma pensée adosse une thérapeutique éclectique (philosophe) à une systématique parasychologique (sémiotique) et l'expose dans une propédeutique humaniste (âme).