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vendredi 28 juillet 2023

Orénoque

Porté par les symboles de l'inconscient, je suis remonté, parfois à contre-courant de mes croyances, aux sources de ma vie intérieure. 

Guidé par la sagesse et la joie de l'enseignement, j'ai découvert les affluents et les méandres des vaisseaux qui irriguent ce continent inexploré.

De conte en rêve, le travail du Soi alimente la différenciation de la matière animée. De contemplation en interprétation, de questionnement en engagement, le Moi se creuse pour recevoir l'initiation. 

Surmonter les oppositions, sous la transcendance du non-agir, pave la voie à l'individuation. D'unilatérale, la puissance s'abandonne en présence et réciprocité. 

La parole se fait mantique, écho inouï de l'esprit quantique. Et à l'unisson des chants, de cantique en cantique, vibrent les amours synchronistiques.

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Retour d'expérience de mon stage "La vie symbolique de la psyché", dans le cadre de ma formation à l'École du Rêve et des Profondeurs. Le titre du billet m'est venu de manière synesthésique avec l'image du fleuve dans la forêt, associée à l'anagramme d'"onirique".



mardi 16 janvier 2018

Pierre Trigano, "Et le Capitalisme tombera"


(Lecture) Quels enseignements retirer du futur ?

Déceler les signes du divin dans notre quotidien et restaurer chez l'humain sa capacité à faire histoire en conscience : telle est la lecture de l'Apocalypse de Jean que nous offre Pierre Trigano, inspiré par une intelligence nourrie de sagesse.

Pierre Trigano applique à ce texte obscur de la Bible hébraïque la méthode de contemplation prolongée et holiste qu’il utilise pour l’analyse des rêves initiée par Jung et pour l’interprétation serrée des classiques de la tradition philosophique et religieuse.

Cette lecture symbolique mais non rhétorique intègre toutes les manifestations concrètes de l’esprit (politiques, sociologiques, psychiques et physiques) et propose une compréhension exhaustive des signes de notre humanité, déposés de toute éternité.

Mû par le devoir moral de transmettre les messages qu’il a reçus en interrogeant ainsi l’inconscient de la Bible, Pierre Trigano nous expose les raisons d’espérer la liquidation prochaine de la domination capitaliste globale et d’investir dans l’avènement terrestre de la communauté humaine universelle, libre et solidaire.

Si la prédiction aliène notre humanité réduite à des comportements programmés, la prophétie libère notre puissance d’agir dès lors que nous avons collectivement la maturité psychique pour endosser nos responsabilités politiques et renouer l'alliance cosmique.

Telle est la leçon du décryptage par Pierre Trigano de l’Apocalypse de Jean, texte indéchiffrable il y a 1900 ans et dont l’exégèse en profondeur nous livre aujourd’hui les promesses émancipatoires et jubilatoires. 

http://www.reel-editions.com/et_le_capitalisme_tombera-par-pierre_trigano-35


dimanche 5 février 2017

Politique

L’obscénité publique provient de la désinhibition médiatique de nos inconscients personnels. Elle manifeste dans nos parlers la violence symbolique de la domination capitaliste.

En réponse à l’inconscience des politiques, une politique de l’inconscient aurait pour tâche de reconnecter l’action collective au Soi, foyer intemporel de la souveraineté non violente et source cachée de la puissance publique émancipatrice.

Et si la désignation par tirage au sort de nos mandataires publics exprimait mieux la souveraineté du peuple, en réponse à l’épuisement de nos processus démocratiques électifs, réduits aujourd'hui à départager les oligarchies politico-médiatiques ou à les expulser par un tribun chauvin et démagogique ?

En réinjectant le hasard dans les processus démocratiques, le tirage au sort corrigerait les excès de la volonté populaire : la démocratie représentative se verrait explicitement complétée par son inconscient collectif, plutôt que de le censurer et le laisser nous contaminer en sous-main.

Cette hypothèse serait compatible avec la notion ambitieuse de « démocratie délibérative » (développée par la recherche contemporaine en sciences politiques et sociales) dès lors que le destin (actif, dans la démocratie athénienne, lors du tirage au sort parmi les volontaires aux charges publiques) serait remplacé par une conception du temps où « nos intentions causent des effets dans le futur, qui deviennent à leur tour les futures causes d’effets dans le présent » (Jacques Vallée, 2011).

Maintenant, quelles seraient les institutions sociales de cette politisation de l’inconscient collectif ? Par quelles voies publiques le Soi organiserait-il l’inconscient collectif afin d’alimenter la puissance unilatérale du Moi aux ressources partagées de l’Être ?

Sur le plan de l'opinion publique, le « Rêvodrome » serait le médium communicationnel de cette politique postétatique de l’inconscient : une plate-forme électronique, ouverte et transnationale, de partage et d’analyse de nos rêves. L’expression à ciel ouvert de notre imagination active et la réappropriation de la sagesse des peuples par l’interprétation collective des symboles de l'Âme du monde formeraient une alternative positive à l’espace public médiatique grammaticalement dégénéré.

Sur le plan de l'autonomie individuelle, le « Berlingot », monnaie parentale, faciliterait l’échange de talents contre du temps d’accueil de qualité pour les tout-petits. L’enjeu est de développer des milieux d’accueil de la petite enfance qui réaliseraient la socialisation précoce des futurs citoyens sans discrimination, tout en permettant aux entreprises d’investir, dès maintenant et en toute transparence, dans la reconnaissance des profils professionnels les plus prometteurs.

Médium de solidarité ni financier, ni bureaucratique, « Berlingot » formerait le ferment des pépinières de parents, communautés locales d’apprentissage des compétences parentales, afin d’offrir du temps libéré et de l’amour aux familles et, nourri des enseignements du « Rêvodrome », paver la voie à l’individuation de leurs membres.

Références :

·       Charles Girard & Alice Le Goff, La Démocratie délibérative. Anthologie de textes fondamentaux, Hermann, 2010
·       Philippe Guillemant, La route du temps, Le Temps Présent, 2014
·       Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, 2012
·       Etienne Perrot, Les Rêves et la Vie, Edition du Dauphin, 2007


lundi 13 avril 2015

Unicité


Qui n'a jamais été confronté à la présence de Dieu en soi et tenté par l'effort maladroit d'en rendre compte ? Sous mes yeux de philosophe, l'intuition intellectuelle livrât une figure géométrique : "Y". Sobre esquisse psycho-logique (ou : à quelle grammaire répond la psyché ?).

A l'époque, je méditais les textes de jeunesse de Hegel, scandés de formules comme "l'identité de l'identité et de la différence", "l'unité de l'unité et de l'opposition", "la relation de la relation et de non-relation". En complément, j'étais plongé dans les écrits de Charles Sanders Peirce sur le signe comme logique fondamentale du réel, la sémiotique comme grammaire universelle, quasi-transcendantale, de comment le sens se fait. En cet été 1997, "Y" se donne comme réponse au problème, soulevé dans le cadre de la théorie de la connaissance, de la fondation ultime et a priori de toute pensabilité du monde (en écho à la pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel). C'est-à-dire sans devoir présupposer un premier élément inconditionné et indémontrable par le discours ou rationnellement nécessaire à la pure possibilité du Logos et néanmoins extérieur à lui. Le réalisme du signe contre l'idéalité du concept et la contingence des faits. 

Du 3 au 1 : Y 

"Y" me fournit une structure autoporteuse dont chaque composante (branche ou fruit) est la médiation de toutes les autres et est en même temps médiatisée par elles. "Y" est une forme autosuffisante : à la différence des structures ternaires (comme le triangle) dont le coeur vide et inconnaissable est donné du surplomb, la triade "Y" est sa propre constitution "première" (figure 1.a). Dans les termes de Peirce, si deux liaisons dyadiques ne peuvent pas, en se combinant, produire une liaison triadique, cette dernière peut en revanche dégénérer en celles-ci. Si deux relations entre deux points, mises bout à bout, ne produiront jamais qu'une ligne plus longue, sur le même plan grammatical, à l'inverse une relation immédiate entre trois points peut se dégrader à un niveau logique subalterne (figure 1.b). Le troisième est premier.

Cette analyse logique s'étaye sur une image poétique fournie par Hegel dans la “Préface” de ses Principes de la philosophie du droit : "Reconnaître la raison comme la rose dans la croix du présent et se réjouir d'elle, c'est là la vision rationnelle qui constitue la réconciliation avec la réalité". Si "Y" est la croix du présent, la réalisation du rationnel dans le réel en est la fleur stylisée de lotus (figure 1.c). Validation par le symbole vivant. 




Du 3 au 4 : la totalité 

"Y" fonde la trinité, la triade inclut le tiers exclu et parachève la tiercéité. A quel prix ? Carl Gustav Jung met en lumière l'ombre de la Sainte Trinité : quelle place pour le mal, la matière et la femme dans l'eschatologie chrétienne ? Jung reprend, à la suite de Hegel mais sur des bases empiriques et non idéalistes, phénoménologiques plutôt que métaphysiques, la question de la totalité : comment assurer “l'union des contraires”, dans quelles conditions réaliser “l'harmonie des opposés” ? Les travaux de Jung dévoilent que l'organisation profonde de la psyché obéit à une logique quaternaire (comme les points cardinaux, les phases de la Lune, les éléments naturels ou les saisons), laquelle se développe selon l'Axiome de Marie la prophétesse : "Un devient deux, deux devient trois et du troisième vient l'Un comme quatrième".

Dans la foulée des travaux de Jung sur la synchronicité, Marie-Louise von Franz systématise la description de l'ordonnancement de l'Unus Mundus des alchimistes occidentaux, archétype du monde commun à la matière et à la psyché : il est régit selon les nombres entiers naturels. Von Franz renoue ainsi avec la logique des catégories de l'être élaborée par Peirce : la priméité (ce qui est premier : catégorie de la qualité, du sentiment, du commencement, de l'indétermination et de la possibilité), la secondéité (ce qui est second : catégorie du choc, de la force, de la réaction, de l'arbitraire et de la factualité) et la tiercéité (ce qui est troisième : catégorie de la pensée, de la loi, de la représentation, de la continuité et de la nécessité). Au Nombre, au Deux et au Trois, von Franz ajoute le Quatre, "modèle de la totalité du continuum unitaire dans les structures relativement closes de la conscience humaine et du monde corporel" (figure 2.a). Décantation du problème de la conjonction. 

Du 1 au 5 : l'homme-signe 

Comment ensuite parvenir à la quintessence, la singularisation du Soi, principe divin en nous, au travers du processus d'individuation ? C'est ici que je rencontre le Yi Jing, vénérable manuel chinois de stratégie. La constitution fractale du Livre des Changements est décortiquée par Cyrille J.-D. Javary, auteur d'une remarquable traduction en français de cet outil d'aide à la décision. La voie est ouverte pour jeter un pont entre le niveau le plus abstrait (la logique du signe comme réalité rationnelle) et le point de vue le plus concret (les signes de la réalité comme rationalité de l'action) et ainsi honorer la vision de Peirce : "l'homme est un signe", un animal symbolique.

Face à une décision d'action ou un dilemme éthique, l'agent interroge le Yi Jing pour connaître l'organisation énergétique de l'univers et se positionner de manière adéquate, en accord avec le ciel et la terre. En réponse, le Classique des Changements livre un hexagramme, composition de l'agencement intérieur (trigramme du bas) et de l'ordonnancement extérieur (trigramme du haut) au sujet. Ce double trigramme informe l'acteur sur sa conduite appropriée au moment (Kairos). Quelles sont les racines systématiques des 64 hexagrammes, sédimentation millénaire de situations-types ?

Dans mon hypothèse, les trigrammes sont la généralisation des transformations opérées sur l'ontologie formelle du sens par la médiation du dédoublement des 4 catégories fondamentales en pulsations vitales. Les catégories sémiotiques (rang de priméité, figure 2.a) s’actualisent au travers du rythme de l’univers (rang de secondéité, figure 2.b), sur le double temps de l’inspiration (principe Yin) et de l’expiration (principe Yang), et se généralisent en 8 trigrammes (rang de tiercéité, figure 2.c). Ceux-ci reviennent à l’unité en se repliant sur eux-mêmes (8 x 8), conformément à l’Axiome de Marie. Conclusion du syllogisme théologique. 



Aujourd'hui, je vis un élargissement de ma conscience par l'inclusion des usages symboliques de la raison. J'assiste à la renaissance, en moi-même, d'une pensée intuitive, associative et iconique plutôt qu'étroitement abstraite, conceptuelle et argumentative. En me reconnectant à l'intimité de mes premiers travaux, depuis mon exploration aujourd'hui de la psychologie des profondeurs, j'apprends que l'important pour moi est vivre et plus simplement penser. Délivré de mon devoir de savoir et de faire savoir, j'en retire un plus grand plaisir à penser.  


Bibliographie sommaire :  
- Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Principes de la philosophie du droit ou droit naturel et science de l'Etat en abrégé, trad., Vrin, 1989
- Charles Sanders Peirce, Ecrits sur le signe (rassemblés, traduits et commentés par G. Deledalle), Seuil, 1978 (la traduction française des oeuvres complètes de Peirce est en cours de publication aux Editions du Cerf)
- Christiane Chauviré, Peirce et la signification. Introduction à la logique du vague, PUF, 1995
- Karl-Otto Apel, Transformation de la philosophie, trad., 2 vol., Cerf, 2007 & 2010 
- Martine Le Corre-Chantecaille, "Penser avec... et contre..." La pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel : une théorie et une pratique de l'intersubjectivité, Maison des sciences de l'homme, 2012
- Carl Gustav Jung, Mysterium conjunctionis. Etudes sur la séparation et la réunion des opposés psychiques dans l'alchimie, trad., 2 vol., Albin Michel, 1980 & 1982
- Carl Gustav Jung, Synchronicité et Paracelsica, trad., Albin Michel, 1988
- Marie-Louise von Franz, Matière et psyché, trad., Albin Michel, 2002
- Marie-Louise von Franz, Nombre et temps. Psychologie des profondeurs et physique moderne, trad., La Fontaine de Pierre, 2012
- Cyrille J.-D. Javary & Pierre Faure, Yi Jing. Le Livre des Changements, Albin Michel, 2012
- Cyrille J.-D. Javary, Les Rouages du Yi Jing. Eléments pour une lecture raisonnable du Classique des Changements, Philippe Picquier, 2009  

lundi 27 octobre 2014

Jung

Depuis cet été, je dévore les écrits de Carl Gustav Jung. Un monument d'érudition, d'humilité et d'humanité. Par quel drôle de destin suis-je resté si longtemps enfermé dans ma tête et mes préjugés cartésiens sans découvrir tout ce que le psychiatre suisse devait à mes philosophes préférés et comment il les complétait dans les limites de l'usage légitime de la raison ?

Prendre au sérieux l'expérience religieuse telle qu'elle se manifeste sur le plan clinique et - à partir de ce qui en est confié dans l'intimité du cabinet - en élaborer une connaissance scientifique, fondée sur des faits, articulée selon des concepts et nourrie par des interprétations fécondes d'autres disciplines théoriques et traditions culturelles. Tout en désamorçant les faux procès ("Comment démontrer scientifiquement des objets métaphysiques ?"), les pièges du réductionnisme ("Ce n'est que psychologique, c'est-à-dire subjectif, personnel et arbitraire") et les héritages non critiques ("La supériorité de la spiritualité orientale sur l'épistémologie occidentale") qui lui sont imputés, maladroitement ou malhonnêtement.

Telle est l'oeuvre de Jung, médecin avant d'être savant, et son actualité en notre époque de régression spirituelle et de désenchantement politique. Alors comment modestement s'approprier la pensée de Jung sans singer l'imposant et respectable travail d'édition et de discussion dont son oeuvre fait l'objet ?

Dérouler le lexique de Jung sous forme de proto-mandala organise son univers de manière fidèle. Ce glossaire visuel, cet outil rudimentaire appartient à mon projet de séminaire Une introduction à la psychologie de la religion, articulé en trois parties :
- Critique pour les questions de théorie de la connaissance ;
- Politique pour les dynamiques de reconnaissance sociale ;
- Clinique autour des expériences "exceptionnelles" vécues par des personnes ordinaires.

Ce laboratoire accueille tout professionnel de la relation d'aide intéressé et s'inscrivant dans une démarche d'apprentissage. La première étape sera un atelier de lecture partagée dans l'objectif d'élaborer un vocabulaire commun.
Son enjeu systématique est de poser correctement le problème (Quel est l'enjeu à penser ?), de délimiter le domaine de validité (Quel est le périmètre légitime de la réflexion ?) et, au préalable, de clarifier le point de vue adopté et la finalité poursuivie (Religion ou religions ? Religion ou spiritualité(s) ? Point de départ idéaliste ou matérialiste ? Visée normative ou descriptive ?).

Pour instruire ces questions, l'atelier non académique est consacré à des textes trapus. Rudolf Otto, Le sacré (sous-titré L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel) pose le concept de "numineux". De là, on peut s'ouvrir sur Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison, et William James, Les formes multiples de l'expérience religieuse. Essai de psychologie descriptive. 

Le présent carnet à spirales hébergera les jalons de ce work in progress.