mardi 16 janvier 2018

Axel Honneth, "L'idée du socialisme"


(Lecture) Comment rendre au socialisme sa force pratique de changement dans la société en vue de l’émancipation des individus ? 

Axel Honneth reformule la promesse inscrite dans la Révolution française: liberté, égalité et fraternité sont les aspects complémentaires de la même "liberté sociale", par laquelle nous agissons "les uns pour les autres", dans l’entraide et la solidarité, plutôt que seulement "les uns avec les autres", comme des propriétaires privés mus par leurs intérêts égoïstes.

Axel Honneth repère deux erreurs de jeunesse qui ont réduit l’utopie socialiste à une doctrine politique parmi d'autres et l’ont déclassée face à notre réalité démocratique. D’un côté, l’héritage industriel devenu obsolète : donner la priorité à l’économie des biens, investir le prolétariat ouvrier d’une mission eschatologique et disqualifier l’action politique sous les lois immuables du progrès historique. De l’autre côté, l’opposition au libéralisme politique, lequel garantit les droits subjectifs individuels protégeant la formation autonome de la volonté de chacun dans toutes les sphères différenciées de la société (famille, marché, Etat).

Le ressort et la finalité de la liberté sociale portée par le socialisme sont de libérer les promesses déjà inscrites dans le présent et d’en universaliser les conditions institutionnelles et les bénéfices concrets pour tous. Dans son actualisation postmarxiste et anticapitaliste du socialisme, Honneth reprend la vision expérimentale de John Dewey : abolir les restrictions empiriques et les déformations systématiques de la communication sociale réellement existante permet aux individus interdépendants d’augmenter leurs interactions réciproques et, ce faisant, de faciliter l’expression de leurs talents particuliers et leur recherche coopérative de la vérité. 

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais/L-idee-du-socialisme

Nancy Fraser, "Le féminisme en mouvements"


(Lecture) Et si on incitait "les hommes à ressembler davantage aux femmes telles qu’elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire des personnes effectuant un travail de care de base" ? Eclairant renversement de perspective sur les crispations autour de l'égalité femme-homme.

Dans son article "Après le revenu familial" (pp. 153-188 du recueil ci-dessous), la philosophe féministe de gauche Nancy Fraser nous invite à repenser l’Etat-providence postindustriel afin de promouvoir l’équité complète entre hommes et femmes. Elle déconstruit le genre et propose le modèle de "pourvoyeur universel du care".

Il s’agit de prendre le meilleur des deux modèles existants. D’un côté, le modèle du "soutien de famille universel" qui, en prônant l’égalité formelle entre hommes et femmes, force en réalité celles-ci à entrer dans la vision du citoyen-travailleur dominée par un préjugé androcentré. De l’autre côté, le modèle de la "parité du pourvoyeur du care" lequel, sous couvert de préserver la différence de genre, établit une double norme dans les politiques publiques et manque de respect équivalent pour les activités et les modèles de vie dits "féminins".

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_feminisme_en_mouvements-9782707173645.html

vendredi 29 décembre 2017

Subjectivité


Variation sur “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme” (Rabelais) 

En quatrième, la conscience : le problème peut-être le plus difficile à poser 

En premier, le champ des connaissances possibles. La science physique traite la question de l’objectivité dans les termes d’une théorie de l’information alors que la science psychique reconstruit la question de la subjectivité dans les termes d’une théorie de la signification. Elles décrivent de l’intérieur le même monde - figure 1

En second, la structure relationnelle de ma subjectivité. Ou comment le Moi se relie aux personnes grammaticales (Je/ipséité, Tu/altérité, Vous/sacré et Nous/société). Les pathologies de la subjectivité se manifestent sous forme d’unilatéralisations (inflation de l’Ego, dilution dans l’inconscient personnel, évaporation dans la spiritualité ou suradaptation à l’image sociale) - figure 2

En troisième, mon âme est l’étincelle de la divinité dans la subjectivité. Mes expériences vécues, en tant qu’hologrammes, s’alimentent à deux foyers psychiques complémentaires : sur le plan fonctionnel, le Moi veille à mon adaptation au monde et, sur le plan existentiel, le Soi conduit mon individuation dans le monde. Ces sources convergent dans le flux de ma vie accomplie - figure 3

 
1. Extrait de M.-L. von Franz, Nombre et temps,
La Fontaine de Pierre, 2012, p. 72
2. Structure relationnelle du Moi et ses pathologies
3. Notre terre comme un hologramme


dimanche 3 décembre 2017

Capharnaüm


Et voilà, c’est parti pour la rédaction de mon nouvel essai sur la communication politique non violente. 

Comment en finir avec l’impuissance et la résignation sans se déchaîner dans les luttes pour la reconnaissance, ni se replier dans une spiritualité niaise ? Que nous raconte du politique le retour des rituels magiques ? Quelles responsabilités sociales endosser en cohérence avec nos sentiments ?

Après avoir tourné et retourné le problème, je dessinerai les médiations rationnelles que nous pouvons offrir à l’âme du monde pour qu'elle se réalise ici-bas. En effet, mon impuissance politique renvoie autant à la clôture narcissique du bocal administratif et médiatique qu’à la violence faite à l’être dans son invite à le reconnaître.

Dans son concept, la communication politique non violente n’est pas l’application de la technique de communication non violente à l’arène politique pour en civiliser les échanges. Il n’est pas plus l'idéal de la communication entre acteurs politiques non systématiquement déformée par la domination. 

La communication politique non violente serait simplement l’expression imparfaite de notre puissance d’agir en public.

05 mai 2018 : l'article a été accepté pour publication dans Les C@hiers de psychologie politique (n° 33, été 2018).

Et en PDF ici

 


Domination


La violence conjugale ce sont aussi les victimes (pères maltraités, compagnons battus) de ces femmes blessées et meurtries par un pôle d'énergie masculin négatif. Ce volet ténébreux de leur puissance d’affirmation Yang, nourri aux offenses autoritaires et pétri de ressentiments vindicatifs, hante la psyché de ces femmes violentes à l’égard des hommes.

Quelle que soit leur expérience personnelle des hommes ou leur héritage familial du patriarcat, ces femmes, triomphantes dans leur maternité ou indépendantes dans leur Amazone, perpétuent la domination tant décriée.

Que ressentez-vous à l’égard de ces compagnons battus, fascinés et effrayés par leur propre idéal de toute-puissance projeté sur leurs tortionnaires castratrices ? Face à leur déesse seraient-ils simplement de tendres chérubins asexués et fragiles, vous inspirant pitié et mépris ?

Que ressentez-vous à l’égard de ces pères maltraités, éjectés de leur rôle éducatif voire privés de leurs enfants du fait de leur mère, une fois qu’ils ont déposé leur petite graine et s’épuisent à tenir le choc de vos pulsions ambivalentes ? Seraient-ils trop efféminés, pas assez virils ou bien (et en même temps) trop peu tendres, abusivement machos ?

Je me réjouis que de nombreux hommes soutiennent à nouveau l’émancipation des femmes. Si la peur change de camp, je souhaite aussi que l’amour reprenne ses droits dans notre lutte contre la domination. Au nom de mon père et de son père. Et pour mes fils et leurs âmes sœurs.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Andr%C3%A9_van_Loo_-_Mlle_Clairon_en_M%C3%A9d%C3%A9e.jpg

mardi 28 novembre 2017

Régressions

Sommes-nous d’accord de nous rassembler autour des valeurs de violence et de barbarie ?

Sommes-nous prêts à communier dans l’apologie de l’humiliation et de la domination ?

Sommes-nous OK pour célébrer la fête du football national aux sons d’une vision du monde abjecte ?

C’est ce que nous propose l’Union belge de football en choisissant Damso pour porter les couleurs de notre équipe nationale au Mondial 2018.

Je ne me reconnais pas dans la société inhumaine que nous préparent nos élites politiques et médiatiques.

Je refuse de laisser des voyous, tirés à quatre épingles ou en guenilles, confisquer nos icônes sportives nationales pour afficher leurs instincts bestiaux et vénaux.

Je suis trop attaché à la liberté d’expression, artistique ou autre, pour me laisser piéger dans ce détournement cynique de la culture populaire.

Le silence assourdissant, la trahison des clercs font pitié : comment pouvez-vous avoir perdu le sens commun démocratique pour banaliser de telles régressions ?


dimanche 5 novembre 2017

Compléments

Je me sens assez bien dans ma peau pour ne pas devoir me promener les couilles en bandoulière. Mais là, les gars, j’ai honte de mes frères.

Je me sens assez bien dans ma tête pour m’accepter tel que je suis et essayer d’en faire autant à l’égard de mon prochain. Mais là, les filles, je vous demande pardon.

Je me sens assez bien dans mon cœur pour exprimer cahin-caha mes sentiments à l’égard de ceux que j’aime. Mais là, je suis en colère sur l’humanité en moi.

Bravo à celles qui affrontent leurs peurs et le jugement social et qui brisent la loi du silence. Dépasser l’impuissance sans verser dans la violence. Malgré les Trump, Weinstein, Poutine, DSK et autres gorets boursouflés par leur suffisance. Combien de petits mâles lâches et anonymes ces prédateurs encouragent-ils ?

Alors oui, les mecs, vous faites pitié à mendier un peu de reconnaissance en traitant toutes les meufs qui bougent de "charmante" et en susurrant des obscénités entre vos dents, à leur passage.

Alors oui, les testiculeux, plaignez-vous d’être incompris et mâles-traités lorsque toutes ces fausses victimes ingrates de notre fécondité débordante vous éconduisent.

Alors oui, lorsque les insinuations graveleuses, enrobées dans le compliment gluant, sont mises à jour, ces chevaliers servants, démasqués dans leur mauvaise foi, deviennent agressifs et orduriers.

Qu'avez-vous connu comme enfant pour en arriver là ?

Petits garçons, en quoi vous sentez-vous menacés à voir les filles se réconcilier avec le masculin positif en elles (cette force de créer, d’affirmer, d’agir, d'entreprendre et de différencier) ?

Petits garçons, en quoi avez-vous peur de réhabiliter la féminité en vous (cette ouverture, cette sensibilité, cette écoute, cette sensualité et cette capacité de mise en relation) ?

Le problème réside autant dans la crispation du patriarcat sur ses prérogatives de domination qui lui échappent dans un monde de plus en plus égalitaire, que dans les menaces sourdes du matriarcat sur l’émancipation des individus, hommes et femmes.

Nous avons tous, homme et femme, une part de féminité et de masculin en nous. Les comportements de ces harceleurs ne racontent-ils pas aussi cette sensibilité réprimée, cette part féminine niée ? Plutôt que de se faire la guerre entre sexes, si nous essaiions la complémentarité du masculin et de la féminité en nous et avec les autres ?



(affiches apparues dans les rues de Bruxelles début novembre 2017)