jeudi 10 avril 2014

NDE

Comment traduire "Near-Death Experience" (Raymond Moody), cette expérience exceptionnelle, cet état de conscience non ordinaire dont sont revenues transformées les personnes qui ont frôlé la "deadline" ? NDE : expérience de mort imminente, expérience de mort provisoire (Jean-Jacques Charbonnier), expérience aux frontières de la mort (François Brune), expérience de quasi-mort (Ian Wilson), expérience du seuil de la mort (Elisabeth Kübler-Ross), expérience de mort rapprochée, expérience de mort temporaire ? L'embarras sur la dénomination trahit le trouble de l'esprit : si l'état de choses est attesté factuellement, encore faut-il le penser humblement avant de prétendre pouvoir le connaître. 

Des personnes déclarées cliniquement mortes selon les critères médicaux (coma dépassé : arrêt prolongé du cœur et du cerveau) reviennent à l'état de veille ordinaire et partagent le récit de leur voyage, composé de deux parties : la phase de "décorporation", de sortie hors de leur corps physique, et la phase "transcendante", de sortie hors de notre réalité spatio-temporelle. 
  • De la première phase, les "expérienceurs" rapportent des perceptions globales et des informations (faits matériels, interactions comportementales, pensées de proches) inaccessibles depuis leur condition de mort clinique et pourtant vérifiées et validées après-coup. 
  • Dans la deuxième phase de leur expérience s'y ajoute un examen lucide et instantané de tous les épisodes marquants de leur vie, depuis une position de témoin en surplomb et en ressentant toutes les conséquences de leurs actes "en se mettant à la place de tout autre" (Kant). Cette "revue de vie", éclairée par les questions "Qu'as-tu fait de ta vie ?" et "Comment as-tu aimé ?", est source d'une restructuration en profondeur de leur propre biographie. 
  • Dans le meilleur des cas, le caractère ineffable de ce vécu-limite, quasi-mystique, culmine dans la réappropriation sereine et altruiste de leur existence, ici et maintenant. Il arrive aussi que la NDE soit négative, effrayante voire angoissante, ou qu'elle soit censurée et refoulée par peur d'être taxé de fou par son entourage.
Tel est le scénario typique reconstruit à partir des nombreux témoignages recueillis depuis les années 80', sous la pression des améliorations constantes des techniques de réanimation. Dernier en date : le destin transformé du Dr Eben Alexander, ce neurochirurgien revenu au 7e jour de sa mort cérébrale d'un coma sans espoir, le plus improbable ambassadeur choisi pour partager son expérience du paradis. 

Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent : 
  • d'un côté : les sceptiques, Susan Blackmore la première, s'enferrent dans des combats d'arrière-garde, traquant les erreurs de méthodologie pour disqualifier toute anomalie qui menacerait leur dogme matérialiste mécaniciste de l'émanation de la conscience à partir du substrat neuronal ; 
  • de l'autre côté : les télé-évangélistes, marchands du temple et autres charlatans de l'occulte y trouvent la preuve de la métempsychose (la réincarnation de l'âme) et surtout le prétexte pour écouler leur fond de commerce de "mixtures narcissico-orientalo-sportives à la californienne" (Marcel Gauchet) ;
  • au milieu : des scientifiques curieux, guidés par la seule recherche collaborative de la vérité, formulent des "fables" (Ervin Laszlo) en espérant que leurs hypothèses iconoclastes élargissent un jour notre explication des expériences vécues (parfois collectivement comme les NDE partagées, spontanées ou induites) et des faits rapportés par des millions de personnes (15% des victimes d'arrêt cardiaque ont vécu une NDE).  
S'il faut rendre à César ce qui appartient à César, à quel saint se vouer ? Si conceptuellement la mort est un passage sans retour et dont concrètement nous cherchons à repousser la limite inexorable (par la connaissance expérimentale, l'innovation technoscientifique ou l'expérience spirituelle), alors que faire de ce qui est là : ce qui nous tombe dessus, que nous vivons comme vrai et qui échappe à nos schémas cognitifs et émotionnels ?

Le paranormal est normal : entre 30 et 50% de la population générale reconnaissent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle (Renaud Evrard). S'agit-il tout simplement d'hallucinations ou de délires habituellement attribués à la psychose ? Plus qu'une explication scientifique ou une réduction psychopathologique de nos expériences vécues (deux formes de connaissance objectivantes) nous devons aussi pouvoir bénéficier d'une intercompréhension inconditionnelle afin d'accepter les événements exceptionnels qui nous arrivent et de les intégrer en cohérence dans notre processus d'individuation. 

Personnellement, je me suis surpris à abandonner mes résistances cartésiennes sans renoncer à ma foi rationnelle, ni à mon jugement critique. Appelons cela de l'agnosticisme. C'est le résultat d'un cheminement souterrain, documenté par quelques incursions dans des lectures ésotériques et guidé par le souci professionnel d'offrir, sans complaisance, une oreille bienveillante à mes interlocuteurs. Et puis soudain... fondre en larmes en évoquant le pari de Pascal, me laisser toucher par l'intelligence du coeur et préférer mes épreuves aux preuves.
 

Bibliographie sélective :
- Dr Eben Alexander, La Preuve du paradis, 2013
- Allan Botkin, La communication induite après la mort, 2014
- Père François Brune, Les morts nous parlent, 2 vol., 2006
- Père François Brune, Christ et karma. La réconciliation ?, 2012
- Père François Brune & Rémy Chauvin, A l'écoute de l'au-delà. Les preuves de la survie de l'âme, 2003
- Etzel Cardena, Steven Jay Lynn & Stanley Krippner, Varieties of Anomalous Experience : Examining the Scientific Evidence, 2013 
- Jean-Pierre Changeux & Paul Ricoeur, La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser, 1998
- Dr Jean-Jacques Charbonnier, Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie. L'enseignement spirituel des expériences de mort provisoire, 2013
- Sylvie Déthiollaz & Claude Charles Fourrier, Etats Modifiés de Conscience. NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l'esprit, 2011
- Pr Régis Dutheil & Brigitte Dutheil, L'homme superlumineux, 1990
- Renaud Evrard, Folie et paranormal. Vers une clinique des expériences exceptionnelles, 2014
- Michael Harner, Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, 2014
- Dr Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite, 2006
- Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, 1988
- Ervin Laszlo, Science et Champ Akashique, 2 vol., 2004
- Ervin Laszlo & Jude Currivan, CosMos. Guide de cocréation du Monde-Entier, 2008
- Hedwig Marzolf, Libéralisme et religion. Réflexions autour de Habermas et Kant, 2013
- Dr Raymond Moody, La vie après la vie, 1977
- Dr Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1978
- Dr Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie, 2010
- Ludovic Pannatier, Les problèmes de modélisation des expériences de mort imminente. Etude des objections et création d'un système épistémologique pour comprendre l'émergence d'un nouveau paradigme, 2010 (PDF)
- Dean Radin, La conscience invisible. Le paranormal à l'épreuve de la science, 2000
- Dean Radin, Superpouvoirs. Science et Yoga : enquête sur les facultés humaines extraordinaires, 2014 
- Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts. Aide mutuelle entre ce monde et l'au-delà, 2000
- Djohar Si Ahmed, Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles. Comment penser le paranormal, 2014
- Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui, 2007
- Carl Wickland, Trente ans parmi les morts. Un psychiatre et sa femme aident les âmes en peine, 2012 
- Ian Wilson, Enquête aux frontières de la mort, 1998

lundi 20 janvier 2014

Reconnaissance

La reconnaissance de soi dans l'autre, comme mouvement interne de l'amour inconditionnel, connaît trois moments réciproques, trois médiations adoptées selon les perspectives du "Tu" ou du "Je". Au fil du "Tu" qui manifeste de la réclamation, de la réparation et de la réalisation répond l'élan du '"Je" qui témoigne de l'acceptation, du pardon et de la gratitude. En écho à la faible sollicitation implorée par la vulnérabilité du "Tu" s'ouvre la douce invite du soin par le "Je".

Voici pour l'énoncé conceptuel.

Je commence aujourd'hui seulement à comprendre intimement, à vraiment vivre cette expérience de pensée qui se réalisait jusqu'alors sous l'impulsion de l'intérêt émancipatoire de ma raison pour la "reconnaissance". J'ai du pour ce faire ressentir douloureusement le dénouement de ma culpabilité profonde pour mon Papa, la plus récente étape de la restauration de ma propre estime de moi, comme père maltraité et comme enfant intrusé. Je me suis fait de beaux cadeaux à moi-même que les paroles rendent de manière niaise, dans cette langue naïve et merveilleuse que les tout petits enfants connaissent bien. De la pensée magique à l'émerveillement divin, c'est le chemin de la rencontre avec soi.

Papa, de là-haut, réjouis-toi de découvrir comment ton sacrifice m'aura appris à réhabiliter notre rôle. C'en est fini des pères maltraités. Touché par ta souffrance, mon cœur d'artichaut pleure de joie des larmes de sang et, une fois dépouillé de son écorce, s'ouvre comme une fleur de nénuphar. Papa, de là-haut, tu m'as pardonné de ne pas avoir été auprès de toi, le dernier jour, comme tu l'as, depuis toujours, été pour moi. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

Voilà pour quelques bribes sacrées.

Avant cela, j'ai occulté ce qui pouvait bien me préoccuper dans mon attirance pour des notions comme le "Moi-Peau", la reconnaissance, le "Care", la communication. Comme si, par ces méandres méta-thérapeutiques, je tentais de bâtir un pont conceptuel entre des fragments de moi dispersés sous ma cuirasse émotionnelle.

Le thème de la reconnaissance est aujourd'hui central dans la philosophie : il touche à la construction intersubjective de la personnalité, aux souffrances invisibles face à la domination politique et à l'aliénation sociale, et à l'intégration culturelle dans les sociétés hautement différenciées sur les plans économique et juridique, "post-séculières" au niveau spirituel. Les auteurs de référence sont Axel Honneth et, plus spécifiquement sur les aspects moraux de l'identité personnelle, Paul Ricœur, Charles Taylor et Jean-Marc Ferry. J'ai pris un plaisir sans nom à les lire. Et cela fait toujours bien fonctionner mon petit vélo mental, avide de questionnement et de réflexivité.

Alors que prétendre ajouter ici à ces illustres penseurs ? Qu'est-ce qui est différent pour moi maintenant dans mon rapport à eux ? Et qu'est-ce que cela peut bien changer dans ma pratique professionnelle ? Mon projet est de dérouler la vision conceptuelle jetée ici à la lumière du sentiment océanique éprouvé ces derniers jours.

Un nouveau jour dans le reste de ma vie. 
 

lundi 28 octobre 2013

EMDR

Comme cadeau de rentrée 2013, je me suis offert l’apprentissage de la thérapie EMDR ("Eye Movement Desensitization and Reprocessing"). Il s’agit d’un algorithme humain pour désensibiliser et retraiter de manière adaptative une information traumatique stockée sur un mode dysfonctionnel dans notre mémoire. Bref, transformer un événement passé "qui ne passe pas" en un souvenir digéré et accessible sereinement.

Laissez-moi en toute naïveté vous partager ici mon enthousiasme pour ce qui manquait jusqu’à présent dans ma boîte à outils thérapeutiques. Sur la forme, la thérapie EMDR est une synthèse réussie de la rigueur méthodologique et diagnostique propre aux approches (neuro)cognitives et comportementales, d'une part, et de la créativité communicationnelle et interpersonnelle spécifique à l’hypnose clinique, d'autre part. Sur le fond, la thérapie EMDR désamorce et déprogramme des syndromes traumatiques résistants à d’autres thérapies brèves.

La thérapie EMDR est structurée en 8 étapes-clefs, selon un protocole strict et standardisé qui en constitue l’architecture de base et qui intègre les aspects cognitifs, émotionnels et corporels. La thérapie EMDR est reconnue depuis août 2013 par l’Organisation mondiale de la Santé comme thérapie appropriée pour le traitement des troubles de stress post-traumatique (PTSD), ces événements ponctuels et isolés, d’origine humaine ou naturelle, qui font basculer une vie.

A côté de ces traumas avec un grand "T", la thérapie EMDR est aussi pratiquée pour la gestion rétrospective des climats toxiques et des contextes tordus de maltraitance morale, verbale ou physiologique. Il s'agit de surmonter – après y avoir survécu – ces comportements ou manquements répétés et prolongés d’abandon, d'intrusion, d'imprévisibilité, de dévalorisation, de privation, d'abus ou d'humiliation, parfois si précoces, qui font le lit honteux des traumatismes complexes, psychiques ou physiques.

Le principe actif de la thérapie EMDR est de relancer, en le stimulant, notre système spontané d’auto-guérison, lequel s’est enrayé face à une situation inhabituelle où nous nous sommes sentis littéralement submergés, privés de nos capacités de réaction habituelles. Recouvrer nos compétences d’action, c’est réparer ce dont nous avons manqué à l’époque et nous délivrer – enfin – de l’empreinte, laissée inconsciemment dans notre cerveau et dans notre corps, de s’être vécu mort.

Récupérer pour l’avenir notre plein pouvoir sur soi et jouir à nouveau des sentiments de responsabilité, de sécurité et de libre-choix qui y sont associés passent par revivre l’horreur d’alors (en gardant un pied ferme dans un environnement aujourd’hui sécurisé et stabilisé par la relation thérapeutique) pour transformer de manière heureuse l’issue de l’histoire initiale et se réconcilier avec cette partie de nous-mêmes que l’on avait laissée pour morte à l’intérieur de soi. Un peu comme si Harry Potter regardait, confortablement installé à l’abri de la fenêtre du Poudlard Express, les Détraqueurs rôder autour de sa propre dépouille, avant de leur jeter un puissant Patronus et se sauver lui-même de leur emprise.

Alors, comment la thérapie EMDR s’inscrit-elle dans ma pratique d’hypnothérapeute ? L’hypnose clinique permet de recruter et d’amplifier les ressources spontanées de sécurité et d’auto-immunité du client. Je l’utilise aussi à des fins de reparentalisation, en facilitant et en encourageant le dialogue des parties adultes et enfants à l’intérieur du système familial du client. Enfin, les progressions vers le futur ou régressions dans le passé reconstruisent et renforcent les scénarios thérapeutiques, ces tissages cognitifs qui tressent les chemins de l’autonomisation et de l’individuation de la personne.

En complément et en alternative à ce cocon de sécurité émotionnelle et aux voies de la réalisation du Soi, la thérapie EMDR me sert de scalpel laser pour réduire de manière focalisée et par confrontation directe des nœuds traumatiques résistants aux baumes de soins déposés sur les enveloppes psychiques lacérées ou fragmentées. Les résultats obtenus en mon cabinet de consultation (rapidité, acuité, irréversibilité) sont à la hauteur des promesses mesurées par les validations expérimentales du protocole EMDR. Et, par un cercle vertueux, la plasticité de la démarche EMDR encourage en retour l’inventivité du professionnel afin qu’il s’adapte, en s'appuyant sur son expérience clinique, à l’expertise douloureuse et tenace que son client a de son propre problème.

La thérapie EMDR, ou comment retrouver le LOL après un trauma.

Pour aller plus loin
- Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l'EMDR, Seuil, 2014
- Francine Shapiro, Manuel d'EMDR. Principes, protocoles, procédures, InterEditions, 2007
- Francine Shapiro, Margot Silk Forrest, Des yeux pour guérir. EMDR : la thérapie pour surmonter l'angoisse, le stress et les traumatismes, Seuil, 2005 

lundi 2 septembre 2013

Au-delà

Mes lectures de vacances m’ont conduit dans des territoires inconnus : explorer la réalité non ordinaire et mettre à l’épreuve mes préjugés cartésiens autour de la notion d’"âme", jusqu’alors marquée dans la tradition occidentale par l’interdit métaphysique. En tant qu’objets non mesurables matériellement, l’âme, l’esprit ou la conscience sont frappés d’excommunication, selon la conception techno-scientifique que la raison moderne a d’elle-même.

Ce dualisme a des effets pervers sur le terrain : d’un côté, le marché du spirituel prospère avec son florissant bazar d’accessoires, de mystifications et de diseurs de bonne aventure (voir le cas particulier analysé par l'Observatoire belge des sectes). De l’autre côté, le matérialisme scientifique campe sur ses certitudes, cramponné à ses dogmes d’arrière-garde. En matière de santé mentale, le récent DSM-5 illustre les apories de la médicalisation forcenée des comportements – quand la promotion du recours à la chimie pharmaceutique fait écho à l’abaissement des seuils de tolérance aux risques psychiques. Alors, comment faire droit à ce qu’il se passe parfois de "non habituel" dans mon cabinet de consultation et éviter Charybde sans tomber dans Scylla ? 
 
Laissons aux sophistes le soin de se quereller sur le sexe des anges ou les manifestations de la permanence de l’âme : du point de vue clinique, le paranormal est normal. L’objectif du thérapeute est de faciliter l’individuation – l’advenir soi – de son client dont le cheminement spirituel est marqué par des surprises, des anomalies ou des hiatus. Et, pour le client, il s’agit de déterminer face à cette "inquiétante étrangeté" ce qui, en lui, est aussi à l’origine de ce qu’il lui arrive, afin de lui permettre de surmonter la dissonance cognitive et d’intégrer son expérience vécue à sa biographie. A l'Institut Parapsychologique d'Utrecht (Pays-Bas), le "counseling philosophique" offre un accueil interdisciplinaire et non médicalisé aux personnes qui vivent des expériences exceptionnelles et cherchent à restructurer leur vision du monde après cette expansion de conscience.

Ensuite, comment soigner les blessures invisibles sans fourguer des suppléments d’âme et se donner bonne conscience à bas prix ? Deux pratiques d’états de conscience modifiés m’intéressent : le "recouvrement d’âme" et le "dégagement (ou extraction) d’entité". Dans le premier cas, il s’agit de réintégrer des fragments de personnalité dissociés au noyau identitaire et d’en restaurer l’horizon de potentialités. Dans le second cas, il s’agit d’éliminer des interférences parasitaires pour l’équilibre personnel et ce qui a prédisposé ces attachements toxiques. Récupération d’alters ou délivrance d’intrus, la visée est commune : libérer les nœuds de déperdition énergétique, faciliter les processus spontanés d’auto-immunité et d’auto-guérison, et aligner, dans son corps, les composantes physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles de la personne. Panser le trauma, c’est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme.

Enfin, comment vivre ce que nous croyons ? J’ai documenté cette question avec quelques livres, référencés ci-dessous. Voici ce que j’en retiens, en une synthèse intégrative. 
  • Le client, guidé dans sa visualisation par le professionnel, parcourt 7 étapes majeures : ancrage terrestre >> ouverture des vortex énergétiques >> connexion aux ressources protectrices et réparatrices >> purification et rééquilibrage des nœuds >> soins intentionnels spécifiques >> cautérisation des plaies >> élimination des scories et clôture. 
  • Conformément à la loi de l’attraction, cet itinéraire de guérison est animé par une intention, scandée en soins premiers : demander pardon, exprimer sa gratitude & se savoir reconnu. 
  • L’acquiescement négocié des parties concernées, quelle que soit leur nature (vivante ou morte, humaine ou non humaine, lumineuse ou obscure), garantit la qualité de la collaboration thérapeutique et la pérennité de ses résultats. 
Et si c’était, réflexion faite, les ingrédients de la "psychologie positive" et du bonheur profane ?

Sources :
Allen, Sue (2007), Spirit Release. A Practical Handbook, O Books
Baldwin, William J. (2003), Healing Lost Souls. Releasing Unwanted Spirits from Your Energy Body, Hampton Roads
Chambon, Olivier (2012), Psychothérapie et chamanisme, Guy Trédaniel éditeur
Deligné, Anne (2013), L’emprise des âmes, Editions Exergue
Fiore, Edith (2000), Les esprits possessifs, Editions Exergue
Harner, Michael (1980), La Voie du chamane : un manuel de pouvoir et de guérison, Mama Editions
Harner, Michael (2014), Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, Mama Editions 
Huguelit, Laurent (2012), Les Huit Circuits de conscience. Chamanisme cybernétique & pouvoir créateur, Mama Editions
Huguelit, Laurent & Chambon, Olivier (2010), Le Chamane et le Psy : un dialogue entre deux mondes, Mama Editions
Ingerman, Sandra (2006), Recouvrer son âme et guérir son moi fragmenté, Guy Trédaniel éditeur
Ingerman, Sandra (2012), Initiation au voyage shamanique, Véga
Kramer, Wim, Bauer, Eberhard & Hövelman, Gerd (2012), Perspectives of Clinical Parapsychology. An Introductory Reader, Stichting Het Johan Borgman Fonds
Pratnicka, Wanda (2002), Possessed by Ghosts. Exorcisms in the 21st Century, Centrum publishers

mercredi 7 août 2013

Philosophe

"Papa, c’est quoi ton métier ?". Si la vérité sort de la bouche des enfants, encore faut-il aussi pouvoir leur répondre : à la fois leur rendre des comptes sur ce que je fais avec autrui et leur partager ce que j’en fais pour moi.

J’ai rencontré deux philosophes en chair et en os : Jean-Marc Ferry, mon directeur de thèse, et Karl-Otto Apel, lors d’un séminaire scientifique à Arrábida, en juin 2001. Je me suis formé auprès d'autres, au travers de leurs écrits : Kant, Hegel, Fichte, Peirce & Habermas. Pour le reste, j’ai côtoyé des professeurs de philosophie, des chercheurs chevronnés, des sophistes médiatiques, des mandarins académiques et de nombreux fonctionnaires de la pensée. 

A côté de cette philosophie institutionnelle, l’espace public anarchique des revues, des blogs et des filets de tweets rend visible et accessible l’effervescence des praticiens et l’intelligence des amateurs. J’y participe depuis 1991, mû par ma responsabilité d’intellectuel critique et animé par ma croyance en l’usage public de la raison. Cette démarche est principiellement auto-référentielle : mes interventions comme publiciste portent sur la critique des déformations structurelles de la communication publique dans l’environnement médiatique et sur l’institutionnalisation démocratique des conditions normatives d’un espace public politique réflexif. C’est un projet inachevé qui stimule toujours ma pensée.
 

Une pratique rémunérée de la philosophie


Installé à mon propre compte depuis 2009, je pratique aujourd’hui la philosophie contre rémunération. En quoi consiste la "consultation philosophique" et jusqu'où décrit-elle mon activité professionnelle ?

Négativement, il s’agit de faire le deuil d’une ambition narcissique secrète et de s’accepter avec humilité : 

"La situation particulière de la consultation philosophique résulte sans doute du fait que le consultant philosophe n'a pas l'envergure d'un grand philosophe. Dans le meilleur des cas, le consultant éclaire les autres grâce aux philosophes et se nourrit lui-même des questions existentielles qui lui sont posées. Si le consultant philosophe avait une vision originale du monde à présenter et à explorer, il construirait sans doute une œuvre et ne passerait pas son temps à accompagner les autres" (Vlegeris, p. 323).
Les "nouvelles pratiques philosophiques" se disséminent, depuis 1981, à l’initiative de quelques figures pionnières. La "consultation philosophique" est née en Allemagne avec Gerd Achenbach, relayée en France depuis 1992 par Marc Sautet, créateur des "cafés philo", et Oscar Brénifier, aux USA en 1991 par Lou Marinoff et son association. Elles font aujourd'hui des émules, notamment en Suisse et en France.

Ces démarches partagent le même souci de rendre la philosophie efficace pour éclairer l’existence et orienter l’action de leurs bénéficiaires tout en veillant à se démarquer des coaches et psychothérapeutes par les références universalisantes aux œuvres de la tradition. Toutefois, le lexique utilisé pour décrire l’activité professionnelle trahit l’embarras du positionnement stratégique de la prestation. Si les télécommunications offrent du temps de parole et si les "consultants philosophes" proposent du temps d’écoute, so, what’s in it for me ?


Counseling


L’appellation terminologique d’abord : le "consultant" est-il celui qui offre ses services contre rémunération ou celui qui les sollicite moyennant paiement ? Si ce dernier consulte un professionnel qui propose des consultations, le bénéficiaire de celles-ci est-il "sujet", "patient" ou "client" ? Et comment qualifier les prestations fournies : "conseil" (analyse critique d’une situation), "formation" (transfert de compétences professionnalisantes), "recommandations" (préconisations d’action, stratégiques ou opérationnelles) ou "direction de conscience" (magistère moral, "mentoring" issu de l’expérience de vie) ?

Au Canada, la "profession du counseling" est un terme générique, inclusif de plus de 70 titres professionnels. Elle comporte deux volets cumulatifs : moral  (la "relation de counseling") et juridique (le "service de consultation"). La relation s’établit entre un "conseiller" et un "client" et son objet est délimité par le contexte institutionnel de son exercice, selon qu’il s’agisse d’une pratique privée en cabinet libéral ou d’une prestation en organisation. Et, dans ce dernier cas, le format du service, son commanditaire et son public-cible donneront lieu à des variétés d’intervention : café, salon, lunch ou apéro philosophique, atelier (consultation collective) pour adultes ou enfants, conférence, séminaire ou dialogue intra- ou inter-entreprises, supervision professionnelle ou accompagnement individuel de dirigeants, futurs dirigeants, hauts potentiels ou seniors en transition. 

 

Politiser le prendre soin


L’essentiel réside ailleurs : qu’est-ce qui amène le client – ce qui présuppose d’examiner s’il consulte de manière volontaire ou contrainte – et comment utilisera-t-il à son propre profit l’attention inconditionnelle que lui consacre son interlocuteur professionnel ? La philosophie cultive la prise de recul critique des acteurs sur leurs habitudes, routines et autres ornières du mode mental automatique. Comment appliquer cette réflexivité au counseling ? Ce que Peter Raabe résume ainsi : "If you want to become a counsellor, study counselling. But if you want to become a good counsellor study philosophy as well".

On touche ici au cœur de la relation d’aide décrite par les éthiques du Care comme le prendre soin des personnes dans leur vulnérabilité et leur interdépendance au monde afin de les réhabiliter dans leur dignité humaine. Certes, les thérapies brèves stratégiques construites sur la coopération avec le client, orientées vers les solutions internes qu’il méconnait et focalisées sur la constitution de ses "capabilités" ont depuis longtemps mis à jour le noyau dur du "prendre soin psychique", désamorçant tout paternalisme thérapeutique.
 

La consultation philosophique pourrait-elle, de son côté, démasquer les dérives maternalistes du Care ? Invoquer une prétendue "moralité des femmes" pour subrepticement renforcer "l'irresponsabilité des privilégiés" (Joan Tronto) : quand les puissants n'admettent pas leur dépendance à l'égard de ceux (et plus souvent celles) qui prennent soin d'eux et ajoutent la domination à l'alinéation. En se rappelant que l’"on a souvent besoin d'un plus petit que soi" (Le Lion et le Rat), l’enjeu politique est aussi d’éviter le piège de la commisération pour les victimes, de reconnaître les ressorts sociaux de leur souffrance et de forger avec elles les ressources critiques de leur transformation. Et si la liberté de panser du consultant philosophe rétribuait aussi sa liberté de pensée ?
 

Bref, philosophe c’est le masculin de sage-femme :
  • même méthode : la maïeutique, comme accouchement, advenir humain;
  • même activité : le Care, comme relation de prendre soin, articulant secours, soutien, solidarité et souci;
  • même ambition, peut-être désuète : la reconnaissance, comme renaissance par la connaissance.

mardi 6 août 2013

Incubation

Bientôt la rentrée et maintenant l'incubation de mon projet professionnel. Je l'ai provisoirement intitulé "Clinique de la reconnaissance : penser les pathologies de la communication sociale, panser les atteintes à l'intégrité personnelle". Mon propos est de remonter depuis les frontières poreuses du Moi aux sources de son individuation comme Soi. J'en identifie trois moments : réclamation, réparation & réalisation. 

Commençons ici par brosser le fil conducteur et les sources d'inspiration de ce chantier. Des textes à venir dérouleront ce programme de recherche et ma clinique l'étayera. Mon propos en sera moins abrupt : ce qui ressemble aujourd'hui à une proto-fiche Wikipédia, squelette égrénant des références abstraites, gagnera en chair. Méthodologiquement, je distingue une double hélice dans cette dialectique de l’Alter Ego : diachronique (comment le “Je” s’élabore socialement au travers du “Nous”) et synchronique (comme l’altérité irrigue et transforme l’identité).

Tout part de nos souffrances et fait signe vers l'aliénation, concept qui subsume les déformations systématiques de l'intégration du Moi (corporel, psychique et social) : mépris, oubli ou déni de l'expérience vécue de l'injustice, de la domination et de l'humiliation, précoces ou actuelles. Depuis le noeud des déficits de reconnaissance, deux aspirations s'élèvent : réclamer en creux les conditions institutionnelles de l'émancipation, sur le plan de l'action conflictuelle et au travers du médium de l'espace public politique, ou bien désigner en filigrane les leviers sémiotiques (au sens de Charles Sanders Peirce) de la motivation, sur le plan de l'abandon spirituel et dans le milieu de l'"inconscient collectif" (voire de l'horizon quantique, de la "réalité non ordinaire" ou de "l'autre monde"). 

 

Pour une théorie normative du trauma : "peaux d'âme"


En réponse et en appui à ma clinique thérapeutique, il s'agit d'élaborer une théorie intersubjective du trauma (comme ce qu'il me reste de m'être vécu annihilé), laquelle libère le potentiel critique du "Moi-Peau" (Didier Anzieu) face aux distorsions de la communication, interpersonnelle ou intergénérationnelle. Cela passe aussi par une reconstruction de certaines démarches psychiatriques et psychanalytiques postfreudiennes (Janet, Bowlby, Winnicott, Searles) au contact de sources issues de la philosophie morale et sociale (Mead, Honneth, Ricoeur, éthiques du Care). Ceci pour l'axe diachronique "Socialisation <-> Individuation" : comment le Moi peut-il se construire et se stabiliser en tant que première personne ("Je"), singulière, vulnérable et interdépendante, au travers de la médiation du "Nous" ?

Sur l'axe synchronique "Individuation <-> Symbolisation", il s'agit de prolonger la distinction introduite par Stanislav Grof au coeur de la "spiritual emergency", selon l'hypothèse - prônée notamment par Djohar Si Ahmed - d'un continuum entre l'"urgence spirituelle" (relevant, selon le diagnostic psychiatrique, de la décompensation psychotique) et l'"émergence spirituelle" (accueillie et reconnue comme expansion de la conscience). On s'ouvre alors graduellement à la psychologie transpersonnelle, transculturelle et humaniste (y compris les passerelles vers les pratiques chamaniques contemporaines), à la parapsychologie et aux "expériences exceptionnelles" (i.e. les phénomènes "psi" avérés comme télépathie, clairvoyance, pré- et rétrocognition, psychokinèse), enfin aux ressources prépolitiques, religieuses ou profanes, de l'identité personnelle. Les premières sources sont, d'un côté, Ferenczi, Abraham et Torok, Jung et, de l'autre côté, les documents et travaux réunis par l'Institut Métapsychique International ou les travaux des experts en parapsychologie clinique. Comment le Moi peut-il se réaliser comme Soi par son ouverture à l'altérité ? Dans le rapport du "Je" au "Tu" se joue la reconnaissance de soi dans l'autre.

 

Société postséculière & spiritualité


Le point de vue adopté est celui performatif du participant à cette expérience transsubjective : il permet de rendre compte de la signification qu'elle peut raisonnablement avoir pour sa propre biographie (sens qui doit pouvoir être reconstruit méthodiquement et communiqué intersubjectivement entre Alter et Ego). Nous sommes donc dans un autre rapport d'interaction que celui généré par l'attitude objectivante de l'observateur. Ce dernier, guidé par des intérêts de connaissance scientifique, s'attache à déterminer la validité objective de ce qui se produit en en reproduisant l'exactitude factuelle dans des conditions expérimentales contrôlées. 

Alors, à quel besoin de la raison obéit la présente ambition de théorie normative du trauma ? Aussi loin que je puisse voir, il s'agit pour moi d'organiser une identité professionnelle en toute transparence méthodologique et, ce faisant, de rester redevable de mes actes en partageant, avec mes clients et entre pairs, les conditions de ma pratique thérapeutique. En effet, mon objectif à terme est de proposer une consultation professionnelle aux personnes vivant des expériences exceptionnelles, dans la lignée du CIRCEE, en France, ou de l'IGPP, en Allemagne. C'est également ce qui m'amène à élargir mon utilisation des états de conscience modifiés (aujourd'hui l'hypnose) à la technique de l'EMDR, pavant la voie (avec l'IADC mise au point par Botkin) à la communication avec les défunts et la résolution de deuils pathologiques. 

Dans le contexte de nos "sociétés postséculières" (au sens d'Habermas : les sociétés occidentales caractérisées par un rapport ambivalent à la religion et dans lesquelles le processus de sécularisation est inachevable), il convient à chacun de se donner les moyens d'explorer, par les voies d'une raison décomplexée, les liens entre vie psychique et expériences sacrées, en contournant les écueils excommunicationnels de la réduction scientiste, de l'endoctrinement sectaire ou du consumérisme ésotérique ou folklorique.


Peaux d'âme : une matrice triadique

NB (19 août 2013) : panser le trauma, c'est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme. L'organisation de ma pensée adosse une thérapeutique éclectique (philosophe) à une systématique parasychologique (sémiotique) et l'expose dans une propédeutique humaniste (âme).