lundi 13 avril 2015

Unicité


Qui n'a jamais été confronté à la présence de Dieu en soi et tenté par l'effort maladroit d'en rendre compte ? Sous mes yeux de philosophe, l'intuition intellectuelle livrât une figure géométrique : "Y". Sobre esquisse psycho-logique (ou : à quelle grammaire répond la psyché ?).

A l'époque, je méditais les textes de jeunesse de Hegel, scandés de formules comme "l'identité de l'identité et de la différence", "l'unité de l'unité et de l'opposition", "la relation de la relation et de non-relation". En complément, j'étais plongé dans les écrits de Charles Sanders Peirce sur le signe comme logique fondamentale du réel, la sémiotique comme grammaire universelle, quasi-transcendantale, de comment le sens se fait. En cet été 1997, "Y" se donne comme réponse au problème, soulevé dans le cadre de la théorie de la connaissance, de la fondation ultime et a priori de toute pensabilité du monde (en écho à la pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel). C'est-à-dire sans devoir présupposer un premier élément inconditionné et indémontrable par le discours ou rationnellement nécessaire à la pure possibilité du Logos et néanmoins extérieur à lui. Le réalisme du signe contre l'idéalité du concept et la contingence des faits. 

Du 3 au 1 : Y 

"Y" me fournit une structure autoporteuse dont chaque composante (branche ou fruit) est la médiation de toutes les autres et est en même temps médiatisée par elles. "Y" est une forme autosuffisante : à la différence des structures ternaires (comme le triangle) dont le coeur vide et inconnaissable est donné du surplomb, la triade "Y" est sa propre constitution "première" (figure 1.a). Dans les termes de Peirce, si deux liaisons dyadiques ne peuvent pas, en se combinant, produire une liaison triadique, cette dernière peut en revanche dégénérer en celles-ci. Si deux relations entre deux points, mises bout à bout, ne produiront jamais qu'une ligne plus longue, sur le même plan grammatical, à l'inverse une relation immédiate entre trois points peut se dégrader à un niveau logique subalterne (figure 1.b). Le troisième est premier.

Cette analyse logique s'étaye sur une image poétique fournie par Hegel dans la “Préface” de ses Principes de la philosophie du droit : "Reconnaître la raison comme la rose dans la croix du présent et se réjouir d'elle, c'est là la vision rationnelle qui constitue la réconciliation avec la réalité". Si "Y" est la croix du présent, la réalisation du rationnel dans le réel en est la fleur stylisée de lotus (figure 1.c). Validation par le symbole vivant. 




Du 3 au 4 : la totalité 

"Y" fonde la trinité, la triade inclut le tiers exclu et parachève la tiercéité. A quel prix ? Carl Gustav Jung met en lumière l'ombre de la Sainte Trinité : quelle place pour le mal, la matière et la femme dans l'eschatologie chrétienne ? Jung reprend, à la suite de Hegel mais sur des bases empiriques et non idéalistes, phénoménologiques plutôt que métaphysiques, la question de la totalité : comment assurer “l'union des contraires”, dans quelles conditions réaliser “l'harmonie des opposés” ? Les travaux de Jung dévoilent que l'organisation profonde de la psyché obéit à une logique quaternaire (comme les points cardinaux, les phases de la Lune, les éléments naturels ou les saisons), laquelle se développe selon l'Axiome de Marie la prophétesse : "Un devient deux, deux devient trois et du troisième vient l'Un comme quatrième".

Dans la foulée des travaux de Jung sur la synchronicité, Marie-Louise von Franz systématise la description de l'ordonnancement de l'Unus Mundus des alchimistes occidentaux, archétype du monde commun à la matière et à la psyché : il est régit selon les nombres entiers naturels. Von Franz renoue ainsi avec la logique des catégories de l'être élaborée par Peirce : la priméité (ce qui est premier : catégorie de la qualité, du sentiment, du commencement, de l'indétermination et de la possibilité), la secondéité (ce qui est second : catégorie du choc, de la force, de la réaction, de l'arbitraire et de la factualité) et la tiercéité (ce qui est troisième : catégorie de la pensée, de la loi, de la représentation, de la continuité et de la nécessité). Au Nombre, au Deux et au Trois, von Franz ajoute le Quatre, "modèle de la totalité du continuum unitaire dans les structures relativement closes de la conscience humaine et du monde corporel" (figure 2.a). Décantation du problème de la conjonction. 

Du 1 au 5 : l'homme-signe 

Comment ensuite parvenir à la quintessence, la singularisation du Soi, principe divin en nous, au travers du processus d'individuation ? C'est ici que je rencontre le Yi Jing, vénérable manuel chinois de stratégie. La constitution fractale du Livre des Changements est décortiquée par Cyrille J.-D. Javary, auteur d'une remarquable traduction en français de cet outil d'aide à la décision. La voie est ouverte pour jeter un pont entre le niveau le plus abstrait (la logique du signe comme réalité rationnelle) et le point de vue le plus concret (les signes de la réalité comme rationalité de l'action) et ainsi honorer la vision de Peirce : "l'homme est un signe", un animal symbolique.

Face à une décision d'action ou un dilemme éthique, l'agent interroge le Yi Jing pour connaître l'organisation énergétique de l'univers et se positionner de manière adéquate, en accord avec le ciel et la terre. En réponse, le Classique des Changements livre un hexagramme, composition de l'agencement intérieur (trigramme du bas) et de l'ordonnancement extérieur (trigramme du haut) au sujet. Ce double trigramme informe l'acteur sur sa conduite appropriée au moment (Kairos). Quelles sont les racines systématiques des 64 hexagrammes, sédimentation millénaire de situations-types ?

Dans mon hypothèse, les trigrammes sont la généralisation des transformations opérées sur l'ontologie formelle du sens par la médiation du dédoublement des 4 catégories fondamentales en pulsations vitales. Les catégories sémiotiques (rang de priméité, figure 2.a) s’actualisent au travers du rythme de l’univers (rang de secondéité, figure 2.b), sur le double temps de l’inspiration (principe Yin) et de l’expiration (principe Yang), et se généralisent en 8 trigrammes (rang de tiercéité, figure 2.c). Ceux-ci reviennent à l’unité en se repliant sur eux-mêmes (8 x 8), conformément à l’Axiome de Marie. Conclusion du syllogisme théologique. 



Aujourd'hui, je vis un élargissement de ma conscience par l'inclusion des usages symboliques de la raison. J'assiste à la renaissance, en moi-même, d'une pensée intuitive, associative et iconique plutôt qu'étroitement abstraite, conceptuelle et argumentative. En me reconnectant à l'intimité de mes premiers travaux, depuis mon exploration aujourd'hui de la psychologie des profondeurs, j'apprends que l'important pour moi est vivre et plus simplement penser. Délivré de mon devoir de savoir et de faire savoir, j'en retire un plus grand plaisir à penser.  


Bibliographie sommaire :  
- Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Principes de la philosophie du droit ou droit naturel et science de l'Etat en abrégé, trad., Vrin, 1989
- Charles Sanders Peirce, Ecrits sur le signe (rassemblés, traduits et commentés par G. Deledalle), Seuil, 1978 (la traduction française des oeuvres complètes de Peirce est en cours de publication aux Editions du Cerf)
- Christiane Chauviré, Peirce et la signification. Introduction à la logique du vague, PUF, 1995
- Karl-Otto Apel, Transformation de la philosophie, trad., 2 vol., Cerf, 2007 & 2010 
- Martine Le Corre-Chantecaille, "Penser avec... et contre..." La pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel : une théorie et une pratique de l'intersubjectivité, Maison des sciences de l'homme, 2012
- Carl Gustav Jung, Mysterium conjunctionis. Etudes sur la séparation et la réunion des opposés psychiques dans l'alchimie, trad., 2 vol., Albin Michel, 1980 & 1982
- Carl Gustav Jung, Synchronicité et Paracelsica, trad., Albin Michel, 1988
- Marie-Louise von Franz, Matière et psyché, trad., Albin Michel, 2002
- Marie-Louise von Franz, Nombre et temps. Psychologie des profondeurs et physique moderne, trad., La Fontaine de Pierre, 2012
- Cyrille J.-D. Javary & Pierre Faure, Yi Jing. Le Livre des Changements, Albin Michel, 2012
- Cyrille J.-D. Javary, Les Rouages du Yi Jing. Eléments pour une lecture raisonnable du Classique des Changements, Philippe Picquier, 2009  

jeudi 19 mars 2015

Trumma

"J'annonce à trois femmes, à la fois familières et inconnues, des amies proches de Frédérique, la naissance prochaine de notre fille. Elle s'appelle Trumma, contraction de Trauma (traumatisme), Uma/Emma (femme sensuelle) et Droom (rêve en néerlandais). Je ressens beaucoup de joie dans le coeur." Au réveil, je sais qu'il s'agit de mon Anima, la figure féminine de mon être, Alter Ego émotionnel et relationnel de mon masculin, sentinelle de mon inconscient personnel et passerelle vers l'inconscient collectif, cette psyché objective rencontrée par C. G. Jung.  

Je me souviens à nouveau de mes rêves depuis la mi-février 2015, après la longue nuit de ma vie intérieure dont l'origine se perd dans le temps. Je fais désormais l'expérience de l'autonomie de cette présence dans mon corps : l'"Homme-Rêve" est là, disponible et patient, habitant la "Montagne rouge". J'apprends à l'apprivoiser, il me guide dans mon chemin. "Cela fait si longtemps" ouïs-je, ému aux larmes, lors de nos retrouvailles. Jusqu'alors, mon Anima se projetait sur les femmes que j'ai aimées : dans sa version négative pendant ma première vie, dans son versant riche en paix depuis 14 ans. A l'oeuvre au noir a succédé l'oeuvre au blanc. Le moment est venu aujourd'hui de "retirer mes projections sur le monde, recouvrer mon pouvoir d'action dans le monde et commencer à me vivre complet".

J'avais reçu le programme de ma mue dès mon premier rêve : "Lilliputien, ma progression dans cette jungle touffue, étrange tapisserie en laine de yak, est lente et semée d'embûches, je me dépouille de mes systèmes de défense narcissique et m'abandonne sans résistance rationnelle à ce qui advient, aux antipodes de ce que je connais". Dans la foulée, le travail en thérapie EMDR m'a plongé incandescent dans la catastrophe familiale, gelée depuis 10 ans dans la culpabilité : indispensable purification de mon Moi. Depuis j'apprends, au jour le jour et dans mon corps, qu'il m'est impossible de guider quelqu'un là où je ne suis encore jamais allé. Le reste est expérience de l'ineffable : "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire" (Wittgenstein).




lundi 27 octobre 2014

Jung

Depuis cet été, je dévore les écrits de Carl Gustav Jung. Un monument d'érudition, d'humilité et d'humanité. Par quel drôle de destin suis-je resté si longtemps enfermé dans ma tête et mes préjugés cartésiens sans découvrir tout ce que le psychiatre suisse devait à mes philosophes préférés et comment il les complétait dans les limites de l'usage légitime de la raison ?

Prendre au sérieux l'expérience religieuse telle qu'elle se manifeste sur le plan clinique et - à partir de ce qui en est confié dans l'intimité du cabinet - en élaborer une connaissance scientifique, fondée sur des faits, articulée selon des concepts et nourrie par des interprétations fécondes d'autres disciplines théoriques et traditions culturelles. Tout en désamorçant les faux procès ("Comment démontrer scientifiquement des objets métaphysiques ?"), les pièges du réductionnisme ("Ce n'est que psychologique, c'est-à-dire subjectif, personnel et arbitraire") et les héritages non critiques ("La supériorité de la spiritualité orientale sur l'épistémologie occidentale") qui lui sont imputés, maladroitement ou malhonnêtement.

Telle est l'oeuvre de Jung, médecin avant d'être savant, et son actualité en notre époque de régression spirituelle et de désenchantement politique. Alors comment modestement s'approprier la pensée de Jung sans singer l'imposant et respectable travail d'édition et de discussion dont son oeuvre fait l'objet ?

Dérouler le lexique de Jung sous forme de proto-mandala organise son univers de manière fidèle. Ce glossaire visuel, cet outil rudimentaire appartient à mon projet de séminaire Une introduction à la psychologie de la religion, articulé en trois parties :
- Critique pour les questions de théorie de la connaissance ;
- Politique pour les dynamiques de reconnaissance sociale ;
- Clinique autour des expériences "exceptionnelles" vécues par des personnes ordinaires.

Ce laboratoire accueille tout professionnel de la relation d'aide intéressé et s'inscrivant dans une démarche d'apprentissage. La première étape sera un atelier de lecture partagée dans l'objectif d'élaborer un vocabulaire commun.
Son enjeu systématique est de poser correctement le problème (Quel est l'enjeu à penser ?), de délimiter le domaine de validité (Quel est le périmètre légitime de la réflexion ?) et, au préalable, de clarifier le point de vue adopté et la finalité poursuivie (Religion ou religions ? Religion ou spiritualité(s) ? Point de départ idéaliste ou matérialiste ? Visée normative ou descriptive ?).

Pour instruire ces questions, l'atelier non académique est consacré à des textes trapus. Rudolf Otto, Le sacré (sous-titré L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel) pose le concept de "numineux". De là, on peut s'ouvrir sur Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison, et William James, Les formes multiples de l'expérience religieuse. Essai de psychologie descriptive

Le présent carnet à spirales hébergera les jalons de ce work in progress.


 

jeudi 10 avril 2014

NDE

Comment traduire "Near-Death Experience" (Raymond Moody), cette expérience exceptionnelle, cet état de conscience non ordinaire dont sont revenues transformées les personnes qui ont frôlé la "deadline" ? NDE : expérience de mort imminente, expérience de mort provisoire (Jean-Jacques Charbonnier), expérience aux frontières de la mort (François Brune), expérience de quasi-mort (Ian Wilson), expérience du seuil de la mort (Elisabeth Kübler-Ross), expérience de mort rapprochée, expérience de mort temporaire ? L'embarras sur la dénomination trahit le trouble de l'esprit : si l'état de choses est attesté factuellement, encore faut-il le penser humblement avant de prétendre pouvoir le connaître. 

Des personnes déclarées cliniquement mortes selon les critères médicaux (coma dépassé : arrêt prolongé du cœur et du cerveau) reviennent à l'état de veille ordinaire et partagent le récit de leur voyage, composé de deux parties : la phase de "décorporation", de sortie hors de leur corps physique, et la phase "transcendante", de sortie hors de notre réalité spatio-temporelle. 
  • De la première phase, les "expérienceurs" rapportent des perceptions globales et des informations (faits matériels, interactions comportementales, pensées de proches) inaccessibles depuis leur condition de mort clinique et pourtant vérifiées et validées après-coup. 
  • Dans la deuxième phase de leur expérience s'y ajoute un examen lucide et instantané de tous les épisodes marquants de leur vie, depuis une position de témoin en surplomb et en ressentant toutes les conséquences de leurs actes "en se mettant à la place de tout autre" (Kant). Cette "revue de vie", éclairée par les questions "Qu'as-tu fait de ta vie ?" et "Comment as-tu aimé ?", est source d'une restructuration en profondeur de leur propre biographie. 
  • Dans le meilleur des cas, le caractère ineffable de ce vécu-limite, quasi-mystique, culmine dans la réappropriation sereine et altruiste de leur existence, ici et maintenant. Il arrive aussi que la NDE soit négative, effrayante voire angoissante, ou qu'elle soit censurée et refoulée par peur d'être taxé de fou par son entourage.
Tel est le scénario typique reconstruit à partir des nombreux témoignages recueillis depuis les années 80', sous la pression des améliorations constantes des techniques de réanimation. Dernier en date : le destin transformé du Dr Eben Alexander, ce neurochirurgien revenu au 7e jour de sa mort cérébrale d'un coma sans espoir, le plus improbable ambassadeur choisi pour partager son expérience du paradis. 

Et c'est ici que les Romains s'empoignèrent : 
  • d'un côté : les sceptiques, Susan Blackmore la première, s'enferrent dans des combats d'arrière-garde, traquant les erreurs de méthodologie pour disqualifier toute anomalie qui menacerait leur dogme matérialiste mécaniciste de l'émanation de la conscience à partir du substrat neuronal ; 
  • de l'autre côté : les télé-évangélistes, marchands du temple et autres charlatans de l'occulte y trouvent la preuve de la métempsychose (la réincarnation de l'âme) et surtout le prétexte pour écouler leur fond de commerce de "mixtures narcissico-orientalo-sportives à la californienne" (Marcel Gauchet) ;
  • au milieu : des scientifiques curieux, guidés par la seule recherche collaborative de la vérité, formulent des "fables" (Ervin Laszlo) en espérant que leurs hypothèses iconoclastes élargissent un jour notre explication des expériences vécues (parfois collectivement comme les NDE partagées, spontanées ou induites) et des faits rapportés par des millions de personnes (15% des victimes d'arrêt cardiaque ont vécu une NDE).  
S'il faut rendre à César ce qui appartient à César, à quel saint se vouer ? Si conceptuellement la mort est un passage sans retour et dont concrètement nous cherchons à repousser la limite inexorable (par la connaissance expérimentale, l'innovation technoscientifique ou l'expérience spirituelle), alors que faire de ce qui est là : ce qui nous tombe dessus, que nous vivons comme vrai et qui échappe à nos schémas cognitifs et émotionnels ?

Le paranormal est normal : entre 30 et 50% de la population générale reconnaissent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle (Renaud Evrard). S'agit-il tout simplement d'hallucinations ou de délires habituellement attribués à la psychose ? Plus qu'une explication scientifique ou une réduction psychopathologique de nos expériences vécues (deux formes de connaissance objectivantes) nous devons aussi pouvoir bénéficier d'une intercompréhension inconditionnelle afin d'accepter les événements exceptionnels qui nous arrivent et de les intégrer en cohérence dans notre processus d'individuation. 

Personnellement, je me suis surpris à abandonner mes résistances cartésiennes sans renoncer à ma foi rationnelle, ni à mon jugement critique. Appelons cela de l'agnosticisme. C'est le résultat d'un cheminement souterrain, documenté par quelques incursions dans des lectures ésotériques et guidé par le souci professionnel d'offrir, sans complaisance, une oreille bienveillante à mes interlocuteurs. Et puis soudain... fondre en larmes en évoquant le pari de Pascal, me laisser toucher par l'intelligence du coeur et préférer mes épreuves aux preuves.
 

Bibliographie sélective :
- Dr Eben Alexander, La Preuve du paradis, 2013
- Allan Botkin, La communication induite après la mort, 2014
- Père François Brune, Les morts nous parlent, 2 vol., 2006
- Père François Brune, Christ et karma. La réconciliation ?, 2012
- Père François Brune & Rémy Chauvin, A l'écoute de l'au-delà. Les preuves de la survie de l'âme, 2003
- Etzel Cardena, Steven Jay Lynn & Stanley Krippner, Varieties of Anomalous Experience : Examining the Scientific Evidence, 2013 
- Jean-Pierre Changeux & Paul Ricoeur, La Nature et la Règle. Ce qui nous fait penser, 1998
- Dr Jean-Jacques Charbonnier, Les 3 clés pour vaincre les pires épreuves de la vie. L'enseignement spirituel des expériences de mort provisoire, 2013
- Sylvie Déthiollaz & Claude Charles Fourrier, Etats Modifiés de Conscience. NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l'esprit, 2011
- Pr Régis Dutheil & Brigitte Dutheil, L'homme superlumineux, 1990
- Renaud Evrard, Folie et paranormal. Vers une clinique des expériences exceptionnelles, 2014
- Michael Harner, Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, 2014
- Dr Jean-Pierre Jourdan, Deadline. Dernière limite, 2006
- Elisabeth Kübler-Ross, La mort est un nouveau soleil, 1988
- Ervin Laszlo, Science et Champ Akashique, 2 vol., 2004
- Ervin Laszlo & Jude Currivan, CosMos. Guide de cocréation du Monde-Entier, 2008
- Hedwig Marzolf, Libéralisme et religion. Réflexions autour de Habermas et Kant, 2013
- Dr Raymond Moody, La vie après la vie, 1977
- Dr Raymond Moody, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, 1978
- Dr Raymond Moody, Témoins de la vie après la vie, 2010
- Ludovic Pannatier, Les problèmes de modélisation des expériences de mort imminente. Etude des objections et création d'un système épistémologique pour comprendre l'émergence d'un nouveau paradigme, 2010 (PDF)
- Dean Radin, La conscience invisible. Le paranormal à l'épreuve de la science, 2000
- Dean Radin, Superpouvoirs. Science et Yoga : enquête sur les facultés humaines extraordinaires, 2014 
- Werner Schiebeler, Ainsi vivent les morts. Aide mutuelle entre ce monde et l'au-delà, 2000
- Djohar Si Ahmed, Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles. Comment penser le paranormal, 2014
- Danielle Vermeulen, NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui, 2007
- Carl Wickland, Trente ans parmi les morts. Un psychiatre et sa femme aident les âmes en peine, 2012 
- Ian Wilson, Enquête aux frontières de la mort, 1998

lundi 20 janvier 2014

Reconnaissance

La reconnaissance de soi dans l'autre, comme mouvement interne de l'amour inconditionnel, connaît trois moments réciproques, trois médiations adoptées selon les perspectives du "Tu" ou du "Je". Au fil du "Tu" qui manifeste de la réclamation, de la réparation et de la réalisation répond l'élan du '"Je" qui témoigne de l'acceptation, du pardon et de la gratitude. En écho à la faible sollicitation implorée par la vulnérabilité du "Tu" s'ouvre la douce invite du soin par le "Je".

Voici pour l'énoncé conceptuel.

Je commence aujourd'hui seulement à comprendre intimement, à vraiment vivre cette expérience de pensée qui se réalisait jusqu'alors sous l'impulsion de l'intérêt émancipatoire de ma raison pour la "reconnaissance". J'ai du pour ce faire ressentir douloureusement le dénouement de ma culpabilité profonde pour mon Papa, la plus récente étape de la restauration de ma propre estime de moi, comme père maltraité et comme enfant intrusé. Je me suis fait de beaux cadeaux à moi-même que les paroles rendent de manière niaise, dans cette langue naïve et merveilleuse que les tout petits enfants connaissent bien. De la pensée magique à l'émerveillement divin, c'est le chemin de la rencontre avec soi.

Papa, de là-haut, réjouis-toi de découvrir comment ton sacrifice m'aura appris à réhabiliter notre rôle. C'en est fini des pères maltraités. Touché par ta souffrance, mon cœur d'artichaut pleure de joie des larmes de sang et, une fois dépouillé de son écorce, s'ouvre comme une fleur de nénuphar. Papa, de là-haut, tu m'as pardonné de ne pas avoir été auprès de toi, le dernier jour, comme tu l'as, depuis toujours, été pour moi. Je t'en suis infiniment reconnaissant.

Voilà pour quelques bribes sacrées.

Avant cela, j'ai occulté ce qui pouvait bien me préoccuper dans mon attirance pour des notions comme le "Moi-Peau", la reconnaissance, le "Care", la communication. Comme si, par ces méandres méta-thérapeutiques, je tentais de bâtir un pont conceptuel entre des fragments de moi dispersés sous ma cuirasse émotionnelle.

Le thème de la reconnaissance est aujourd'hui central dans la philosophie : il touche à la construction intersubjective de la personnalité, aux souffrances invisibles face à la domination politique et à l'aliénation sociale, et à l'intégration culturelle dans les sociétés hautement différenciées sur les plans économique et juridique, "post-séculières" au niveau spirituel. Les auteurs de référence sont Axel Honneth et, plus spécifiquement sur les aspects moraux de l'identité personnelle, Paul Ricœur, Charles Taylor et Jean-Marc Ferry. J'ai pris un plaisir sans nom à les lire. Et cela fait toujours bien fonctionner mon petit vélo mental, avide de questionnement et de réflexivité.

Alors que prétendre ajouter ici à ces illustres penseurs ? Qu'est-ce qui est différent pour moi maintenant dans mon rapport à eux ? Et qu'est-ce que cela peut bien changer dans ma pratique professionnelle ? Mon projet est de dérouler la vision conceptuelle jetée ici à la lumière du sentiment océanique éprouvé ces derniers jours.

Un nouveau jour dans le reste de ma vie. 
 

lundi 28 octobre 2013

EMDR

Comme cadeau de rentrée 2013, je me suis offert l’apprentissage de la thérapie EMDR ("Eye Movement Desensitization and Reprocessing"). Il s’agit d’un algorithme humain pour désensibiliser et retraiter de manière adaptative une information traumatique stockée sur un mode dysfonctionnel dans notre mémoire. Bref, transformer un événement passé "qui ne passe pas" en un souvenir digéré et accessible sereinement.

Laissez-moi en toute naïveté vous partager ici mon enthousiasme pour ce qui manquait jusqu’à présent dans ma boîte à outils thérapeutiques. Sur la forme, la thérapie EMDR est une synthèse réussie de la rigueur méthodologique et diagnostique propre aux approches (neuro)cognitives et comportementales, d'une part, et de la créativité communicationnelle et interpersonnelle spécifique à l’hypnose clinique, d'autre part. Sur le fond, la thérapie EMDR désamorce et déprogramme des syndromes traumatiques résistants à d’autres thérapies brèves.

La thérapie EMDR est structurée en 8 étapes-clefs, selon un protocole strict et standardisé qui en constitue l’architecture de base et qui intègre les aspects cognitifs, émotionnels et corporels. La thérapie EMDR est reconnue depuis août 2013 par l’Organisation mondiale de la Santé comme thérapie appropriée pour le traitement des troubles de stress post-traumatique (PTSD), ces événements ponctuels et isolés, d’origine humaine ou naturelle, qui font basculer une vie.

A côté de ces traumas avec un grand "T", la thérapie EMDR est aussi pratiquée pour la gestion rétrospective des climats toxiques et des contextes tordus de maltraitance morale, verbale ou physiologique. Il s'agit de surmonter – après y avoir survécu – ces comportements ou manquements répétés et prolongés d’abandon, d'intrusion, d'imprévisibilité, de dévalorisation, de privation, d'abus ou d'humiliation, parfois si précoces, qui font le lit honteux des traumatismes complexes, psychiques ou physiques.

Le principe actif de la thérapie EMDR est de relancer, en le stimulant, notre système spontané d’auto-guérison, lequel s’est enrayé face à une situation inhabituelle où nous nous sommes sentis littéralement submergés, privés de nos capacités de réaction habituelles. Recouvrer nos compétences d’action, c’est réparer ce dont nous avons manqué à l’époque et nous délivrer – enfin – de l’empreinte, laissée inconsciemment dans notre cerveau et dans notre corps, de s’être vécu mort.

Récupérer pour l’avenir notre plein pouvoir sur soi et jouir à nouveau des sentiments de responsabilité, de sécurité et de libre-choix qui y sont associés passent par revivre l’horreur d’alors (en gardant un pied ferme dans un environnement aujourd’hui sécurisé et stabilisé par la relation thérapeutique) pour transformer de manière heureuse l’issue de l’histoire initiale et se réconcilier avec cette partie de nous-mêmes que l’on avait laissée pour morte à l’intérieur de soi. Un peu comme si Harry Potter regardait, confortablement installé à l’abri de la fenêtre du Poudlard Express, les Détraqueurs rôder autour de sa propre dépouille, avant de leur jeter un puissant Patronus et se sauver lui-même de leur emprise.

Alors, comment la thérapie EMDR s’inscrit-elle dans ma pratique d’hypnothérapeute ? L’hypnose clinique permet de recruter et d’amplifier les ressources spontanées de sécurité et d’auto-immunité du client. Je l’utilise aussi à des fins de reparentalisation, en facilitant et en encourageant le dialogue des parties adultes et enfants à l’intérieur du système familial du client. Enfin, les progressions vers le futur ou régressions dans le passé reconstruisent et renforcent les scénarios thérapeutiques, ces tissages cognitifs qui tressent les chemins de l’autonomisation et de l’individuation de la personne.

En complément et en alternative à ce cocon de sécurité émotionnelle et aux voies de la réalisation du Soi, la thérapie EMDR me sert de scalpel laser pour réduire de manière focalisée et par confrontation directe des nœuds traumatiques résistants aux baumes de soins déposés sur les enveloppes psychiques lacérées ou fragmentées. Les résultats obtenus en mon cabinet de consultation (rapidité, acuité, irréversibilité) sont à la hauteur des promesses mesurées par les validations expérimentales du protocole EMDR. Et, par un cercle vertueux, la plasticité de la démarche EMDR encourage en retour l’inventivité du professionnel afin qu’il s’adapte, en s'appuyant sur son expérience clinique, à l’expertise douloureuse et tenace que son client a de son propre problème.

La thérapie EMDR, ou comment retrouver le LOL après un trauma.

Pour aller plus loin
- Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l'EMDR, Seuil, 2014
- Francine Shapiro, Manuel d'EMDR. Principes, protocoles, procédures, InterEditions, 2007
- Francine Shapiro, Margot Silk Forrest, Des yeux pour guérir. EMDR : la thérapie pour surmonter l'angoisse, le stress et les traumatismes, Seuil, 2005 

lundi 2 septembre 2013

Au-delà

Mes lectures de vacances m’ont conduit dans des territoires inconnus : explorer la réalité non ordinaire et mettre à l’épreuve mes préjugés cartésiens autour de la notion d’"âme", jusqu’alors marquée dans la tradition occidentale par l’interdit métaphysique. En tant qu’objets non mesurables matériellement, l’âme, l’esprit ou la conscience sont frappés d’excommunication, selon la conception techno-scientifique que la raison moderne a d’elle-même.

Ce dualisme a des effets pervers sur le terrain : d’un côté, le marché du spirituel prospère avec son florissant bazar d’accessoires, de mystifications et de diseurs de bonne aventure (voir le cas particulier analysé par l'Observatoire belge des sectes). De l’autre côté, le matérialisme scientifique campe sur ses certitudes, cramponné à ses dogmes d’arrière-garde. En matière de santé mentale, le récent DSM-5 illustre les apories de la médicalisation forcenée des comportements – quand la promotion du recours à la chimie pharmaceutique fait écho à l’abaissement des seuils de tolérance aux risques psychiques. Alors, comment faire droit à ce qu’il se passe parfois de "non habituel" dans mon cabinet de consultation et éviter Charybde sans tomber dans Scylla ? 
 
Laissons aux sophistes le soin de se quereller sur le sexe des anges ou les manifestations de la permanence de l’âme : du point de vue clinique, le paranormal est normal. L’objectif du thérapeute est de faciliter l’individuation – l’advenir soi – de son client dont le cheminement spirituel est marqué par des surprises, des anomalies ou des hiatus. Et, pour le client, il s’agit de déterminer face à cette "inquiétante étrangeté" ce qui, en lui, est aussi à l’origine de ce qu’il lui arrive, afin de lui permettre de surmonter la dissonance cognitive et d’intégrer son expérience vécue à sa biographie. A l'Institut Parapsychologique d'Utrecht (Pays-Bas), le "counseling philosophique" offre un accueil interdisciplinaire et non médicalisé aux personnes qui vivent des expériences exceptionnelles et cherchent à restructurer leur vision du monde après cette expansion de conscience.

Ensuite, comment soigner les blessures invisibles sans fourguer des suppléments d’âme et se donner bonne conscience à bas prix ? Deux pratiques d’états de conscience modifiés m’intéressent : le "recouvrement d’âme" et le "dégagement (ou extraction) d’entité". Dans le premier cas, il s’agit de réintégrer des fragments de personnalité dissociés au noyau identitaire et d’en restaurer l’horizon de potentialités. Dans le second cas, il s’agit d’éliminer des interférences parasitaires pour l’équilibre personnel et ce qui a prédisposé ces attachements toxiques. Récupération d’alters ou délivrance d’intrus, la visée est commune : libérer les nœuds de déperdition énergétique, faciliter les processus spontanés d’auto-immunité et d’auto-guérison, et aligner, dans son corps, les composantes physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles de la personne. Panser le trauma, c’est, par la pratique philosophique, envelopper l'homme-signe dans ses peaux d'âme.

Enfin, comment vivre ce que nous croyons ? J’ai documenté cette question avec quelques livres, référencés ci-dessous. Voici ce que j’en retiens, en une synthèse intégrative. 
  • Le client, guidé dans sa visualisation par le professionnel, parcourt 7 étapes majeures : ancrage terrestre >> ouverture des vortex énergétiques >> connexion aux ressources protectrices et réparatrices >> purification et rééquilibrage des nœuds >> soins intentionnels spécifiques >> cautérisation des plaies >> élimination des scories et clôture. 
  • Conformément à la loi de l’attraction, cet itinéraire de guérison est animé par une intention, scandée en soins premiers : demander pardon, exprimer sa gratitude & se savoir reconnu. 
  • L’acquiescement négocié des parties concernées, quelle que soit leur nature (vivante ou morte, humaine ou non humaine, lumineuse ou obscure), garantit la qualité de la collaboration thérapeutique et la pérennité de ses résultats. 
Et si c’était, réflexion faite, les ingrédients de la "psychologie positive" et du bonheur profane ?

Sources :
Allen, Sue (2007), Spirit Release. A Practical Handbook, O Books
Baldwin, William J. (2003), Healing Lost Souls. Releasing Unwanted Spirits from Your Energy Body, Hampton Roads
Chambon, Olivier (2012), Psychothérapie et chamanisme, Guy Trédaniel éditeur
Deligné, Anne (2013), L’emprise des âmes, Editions Exergue
Fiore, Edith (2000), Les esprits possessifs, Editions Exergue
Harner, Michael (1980), La Voie du chamane : un manuel de pouvoir et de guérison, Mama Editions
Harner, Michael (2014), Caverne et cosmos. Rencontres chamaniques avec une autre réalité, Mama Editions 
Huguelit, Laurent (2012), Les Huit Circuits de conscience. Chamanisme cybernétique & pouvoir créateur, Mama Editions
Huguelit, Laurent & Chambon, Olivier (2010), Le Chamane et le Psy : un dialogue entre deux mondes, Mama Editions
Ingerman, Sandra (2006), Recouvrer son âme et guérir son moi fragmenté, Guy Trédaniel éditeur
Ingerman, Sandra (2012), Initiation au voyage shamanique, Véga
Kramer, Wim, Bauer, Eberhard & Hövelman, Gerd (2012), Perspectives of Clinical Parapsychology. An Introductory Reader, Stichting Het Johan Borgman Fonds
Pratnicka, Wanda (2002), Possessed by Ghosts. Exorcisms in the 21st Century, Centrum publishers