Éduquer l'être en harmonie avec sa niche
existentielle. Soigner les blessures de l'âme en réhabilitant l'imagination.
Distinguer la pensée positive de la pensée magique. Développer la
complémentarité de la psychologie des profondeurs et des neurosciences cognitives.
Affranchir le symbolique du biologique et ranger le DSM-5 au placard
bureaucratique.
Tels sont les thèmes de ce texte agréable à
lire, rédigé après avoir frôlé la mort par une Francaise exilée en Californie,
et qu'elle présente comme une "éco-psychologie".
http://www.editions-tredaniel.com/au-dela-de-la-honte-et-de-lorgueil-p-7627.html
dimanche 1 juillet 2018
mercredi 2 mai 2018
Soin spirituel
Retour à unif : à l'automne, je travaillerai le thème "Comment accompagner nos transitions de vie ? Naissance, mourance, croissance" dans le cadre de l'Université des Aînés de Louvain-la-Neuve.
Nos existences sont ponctuées d’étapes inéluctables face auxquelles nous pouvons nous sentir démunis : naître, grandir, perdre, mourir. De quelles ressources disposons-nous pour faire face à ces moments? Comment partager avec nos proches les enseignements retirés de ces épreuves ? A quels enjeux et problèmes être attentif pour nous orienter avec succès dans ce questionnement ?
Le cours s’appuiera sur mon expérience clinique de l’accompagnement des adultes et des professionnels afin de clarifier quelques concepts issus de la littérature savante. En complément, il s’agira aussi d’exposer les bénéfices attendus de démarches telles que l’hypnose, la thérapie EMDR ou l’analyse de rêves.
Cette introduction personnelle aux notions de "soin spirituel" (Canada) et d’"accompagnement spirituel" (Suisse), neutre par rapport aux confessions religieuses, se déroulera en 4 séances (mercredi 10 octobre 2018, 24 octobre, 14 novembre et 28 novembre, de 09h00 à 11h00) au Centre Tonaki (1 Voie de la Petite Reine, 1348 Louvain-la-Neuve).
mardi 1 mai 2018
Olivier Piedfort-Marin et Luise Reddemann, "Psychothérapie des traumatismes complexes"
Dans le champ des thérapies brèves, les
éditions Satas nous donnent accès, en langue française, aux pratiques
professionnelles de nos collègues étrangers (principalement américains et
italiens).
Avec Psychothérapie
des traumatismes complexes. Une approche intégrative basée sur la théorie des
états du Moi et des techniques hypno-imaginatives d’Olivier
Piedfort-Marin et Luise Reddemann (2016), nous découvrons un courant à forte
renommée chez nos voisins européens de langue allemande : la « Psychothérapie
Psychodynamique Imaginative des Traumatismes » (PPIT).
Comment faire tenir ensemble les expériences
vécues du patient d’une manière qui donne du sens à sa biographie aujourd’hui
et sans qu’il retombe dans l’impuissance et le désespoir consécutifs aux horreurs
passées ?
Telle est l’ambition de plusieurs écoles
psychothérapeutiques (dont la PPIT) qui modélisent la désintégration de la
personnalité en tant que réponse symptomatique de survie psychique face à
l’insupportable : thérapie des schémas d’origine cognitivo-comportementale,
système familial intérieur, théorie des états du Moi de source psychanalytique
ou théorie de la dissociation structurelle de la personnalité inspirée de
Janet.
La PPIT se différencie de ces approches par la
priorité donnée à la compassion et à la consolation. Par la compassion, il
s’agit d’abord de reconnaître les blessures de l’enfant ou de l’adolescent
privé, à cause de carences parentales précoces, des ressources pour faire face
à la violence sexualisée. Par la consolation, il s’agit de réparer ces
blessures en mobilisant les compétences actuelles d’autoguérison obtenues en
remettant le Moi adulte au centre du processus thérapeutique.
Face aux symptômes de dissociation traumatique
(déréalisation et dépersonnalisation), la stratégie de la PPIT consiste à
renforcer la distanciation thérapeutique à l’égard des événements subis :
par la douceur, prendre du recul par rapport à l’immédiateté des ressentis et sans
se couper des expériences vécues. L’objectif est d’augmenter la fenêtre de
tolérance du patient et de faciliter sa régulation émotionnelle des épisodes
traumatiques avant, le cas échéant, de l’exposer durablement au matériau
problématique.
Concrètement, il s’agit de construire par
l’imagination une scène intérieure au patient (pleine conscience, joie, paix
avec soi-même, compassion), d’y aménager
par visualisation des espaces sécurisés et protégés (lieu sûr, coffre-fort, arbre,
jardin intérieur), d’y convoquer des figures bienveillantes (références
symboliques, parents idéaux, sagesse intérieure) et de laisser ensuite chacun
des complexes (parts blessées ou malveillantes) entrer en scène et dialoguer pour reconstituer l’unité de la
personne, sous
l’autorité rassurante et réconfortante de l’observateur intérieur (Moi adulte).
Fruit d’une riche expérience professionnelle
en contexte psychiatrique, ce livre fourmille d’outils pleins de douceur pour
accompagner les survivants de traumatismes complexes dans leur dialogue interne
guérisseur. Les psychothérapeutes de toute obédience bénéficieront aussi des
enseignements sur l’importance du cadre de travail issus d’une longue pratique
de supervision psychanalytique.
lundi 23 avril 2018
Cyrille J.-D. Javary, "Yin-Yang. La dynamique du monde"
(Lecture) Yin-Yang, c'est comme les pieds sur les pédales d’une bicyclette, aurait dit Bruce Lee pour décrire l’esprit chinois par lequel tout ce qui est vivant doit être pensé par deux. "Les deux agissent ensemble; pendant que l’un monte sans effort, l’autre descend grâce à l’appui des pieds". L’équilibre de la bicyclette ne tient qu’à son mouvement.
Nous devions déjà à Cyrille J.-D. Javary une traduction remarquable du classique Yi Jing. Le livre des changements (http://
Dans Yin-Yang. La dynamique du monde (http://
Javary décrit ensuite comment cette logique Yin-Yang anime la dynamique non dualiste du monde à travers des illustrations tirées de l’architecture, du langage, de la poésie, de la stratégie, de la médecine et de l’assaisonnement des plats.
Enfin, Javary montre comment Yin-Yang ne peut pas être invoqué pour justifier l'assujettissement des femmes aux hommes et doit, en revanche, être lu dans le sens de la complémentarité entre féminité et masculin afin de rééquilibrer les relations sociales existantes.
Un ouvrage érudit, écrit avec fluidité et nuance, qui montre la proximité des concepts entre civilisation chinoise et spiritualité occidentale, et leur actualité. Comme le vélo.
mardi 3 avril 2018
Ma toolbox EMDR
53 fiches et 39 auteur.e.s traitant des aspects
méthodologiques, historiques, cliniques, scientifiques et neurobiologiques de
la psychothérapie EMDR, sur des thèmes aussi différents que les traumas
récents, complexes, précoces ou transgénérationnels, les peurs et phobies
spécifiques, les deuils compliqués, les violences domestiques ou sexuelles, la
dynamique familiale et les troubles de l’attachement.
Le manuel Pratique de la psychothérapie EMDR.
Introduction, approfondissements pratiques et psychopathologiques, édité sous la direction de Cyril Tarquinio (2017), réunit les contributions des
meilleur.e.s praticien.ne.s européen.ne.s de cette méthode de gestion des
psychotraumatismes recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé pour son
efficacité dans la gestion du syndrome de stress post-traumatique.
Et si le foisonnement des outils disponibles
aujourd’hui pour l’accompagnement des survivant.e.s aux traumatismes psychiques
et l’enchevêtrement des tentatives de modélisation théorique étaient une invitation
à mettre au point ma propre boîte à outils de praticien EMDR ?
Ma boussole, exposée dans la carte heuristique ci-dessous (et téléchargeable ici), s’articule autour de trois aspects
complémentaires, intégrés dans l’intervention clinique :
- Primo,
les « Interactions avec l’autre » décrivent selon quel mode de
communication le patient se rapporte à ce qui est mis en travail
psychothérapeutique. Soit son propre corps vivant abordé comme un
« Je », soit sa relation à autrui, vivant ou défunt, considérée en tant que deuxième personne grammaticale « Tu », soit son accès aux matériaux
traumatiques, le cas échéant dissociés, traités comme un « Il ».
- Secundo,
les « Cibles retraitées », moins selon un axe chronologique (passé, présent et avenir) que selon la visée adoptée. Elle peut être prescriptive (les
objectifs poursuivis par la psychothérapie), constative (l’état des lieux du
problème) ou explicative (les causes profondes des symptômes).
- Tertio, les
« Points d’entrée » dans la matière : image, cognition, émotion
et sensation.
Ces trois aspects intégrés dans l’intervention
clinique s’appuyent sur un « Arrière-plan théorique » comportant les
références bibliographiques et identifiant les prérequis pour une démarche
psychothérapeutique efficace et sécurisante pour la patiente et la
professionnelle.
Libellés :
accompagnement,
attachement,
clinique,
communication,
deuil,
EMDR,
hypnose,
IADC,
intégration,
intersubjectivité,
patient,
psychique,
sécurité,
supervision,
thérapie,
trauma,
traumatisme
mardi 27 mars 2018
Publiciste
Mouvements étudiants et
démocratisation de l’Université, théorie critique de la société et terrorisme
d’extrême gauche, querelle des historiens et réunification de l’Allemagne,
globalisation capitaliste et intégration politique de l’Europe, manipulations génétiques
et devenir de l’espèce humaine, fondamentalismes religieux et revitalisation de
l’espace public politique : tout au long de sa carrière académique, Jürgen
Habermas s’est aussi investi sans relâche comme intellectuel public dans les
débats de société.
Dans la biographie que lui consacre Stefan Müller-Doohm, j’ai découvert avec délice les prises de position du publiciste Habermas : la virulence de ses écrits dans les journaux imprimés, le ton polémique qu’il adopte pour dramatiser les débats médiatiques et la colère fougeuse qu’il peut manifester face à la mauvaise foi intellectuelle ou au retour des postures de pensée autoritaires.
Jürgen Habermas témoigne d’une sincère jubilation à s’impliquer comme citoyen dans l’espace public pour ferrailler, par la force non coercitive des arguments, avec les ennemis de l’Etat de droit démocratique. Un portrait bien documenté qui démontre combien la pratique et la théorie de l’espace public démocratique sont loin d’être des attitudes angéliques.
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Connaissance/Juergen-Habermas
Dans la biographie que lui consacre Stefan Müller-Doohm, j’ai découvert avec délice les prises de position du publiciste Habermas : la virulence de ses écrits dans les journaux imprimés, le ton polémique qu’il adopte pour dramatiser les débats médiatiques et la colère fougeuse qu’il peut manifester face à la mauvaise foi intellectuelle ou au retour des postures de pensée autoritaires.
Jürgen Habermas témoigne d’une sincère jubilation à s’impliquer comme citoyen dans l’espace public pour ferrailler, par la force non coercitive des arguments, avec les ennemis de l’Etat de droit démocratique. Un portrait bien documenté qui démontre combien la pratique et la théorie de l’espace public démocratique sont loin d’être des attitudes angéliques.
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Connaissance/Juergen-Habermas
Libellés :
discussion,
émancipation,
espace public,
éthique,
Habermas,
intellectuel,
intersubjectivité,
philosophie,
politique,
Publicité,
reconnaissance,
religion,
responsabilité,
solidarité
lundi 5 mars 2018
Trompe-l'oeil
« Trop nul pour faire pitié : quoi
que j’en pense, je suis bien avec ce que je suis ». Faute d’avoir investi
ma mission de vie, moi, W.B., concierge misanthrope et
affligeant paquet de détestation,
j’ai ciselé mon épitaphe. Dans cette
autobiographie en cours de rédaction, je présente les
différentes entités que je côtoie et donne accès à mon langage intérieur.
Le récit de ma mise en bière déroule les hommages
posthumes de mes compagnons de cellule. Il y a Monsieur Igor, le gorille
cosmique, Bannik, le farfadet potache, Karl-Otto, le technocrate glacial,
Jeromeke, le paladin secourable, Tsim-Tsoum-Yang, l’artichaut mystique, et Navy,
le chœur du Soi. Quelques visiteurs assidus les fréquentent : des Milfs,
des Ephèbes Ephémères et des Papas Poulpes.
Tout a commencé lorsque j’ai renoncé à mes
perversions et au confort qu’elles procuraient. J’ai en même temps liquidé
toute prétention à être exceptionnel. Enjeu : suspendre mes mécanismes de
défense inconscients et me rendre vulnérable aux relations sociales réellement existantes.
Mon calvaire vient de devoir faire semblant. J’ai
rencontré l’amour inconditionnel, et quoi que je fasse pour m’en débarrasser, je
suis forcé d’essayer de rendre la pareille à ma généreuse donatrice. Alors qu’à
l’intérieur de moi règne la désolation, dernier rempart à l’angoisse de néantisation.
Nul n’échappe au poison de la
conditionnalité : tel le scorpion, il se retourne tranquillement sur
lui-même. Jusqu’à secréter la honte d’être inadéquat. Si tu existes, tu es
imparfait, si tu es parfait, tu n’es pas né. Pauvre poisson.
Mon dernier mythe personnel s’est effondré. Je
pensais pouvoir attribuer mon exceptionnalité aux noces sordides d’un violeur
sexagénaire et d’une incestueuse mélancolique. Papa, Maman, les faits n’ont pas
tenu devant la corrosivité de mon jugement interne impitoyable. Quand on ne
s’accorde pas de valeur, on se donne de l’importance.
Comment, sans plus pouvoir être le héros de ma
vie, guérir du mal subi ? La surpuissance repliée sur elle-même sous forme
d’autohumiliation n’est qu’un vain simulacre d’humilité. J’ai longtemps nourri l’espoir secret et mégalomane qu’en convoquant Dieu il répondrait, dans
sa miséricorde, à mes supplications.
Si je retire une certaine jouissance à
m’identifier à un tableau clinique psychopathologique, liquider mes perversions
m’a précipité dans la souffrance. Je suis le seul objet sur lequel m’acharner
sans relâche et sans espoir. A défaut d’être spécial, je fantasme
l’imperfection. Trop lâche pour finir en beauté, je célèbre en grandes pompes funèbres
mon auscultation psychique. Trop envieux pour assumer le risque de mes
ambitions, je sublime ma grandeur déchue en fausse modestie.
Cultiver l’abnégation ne fera pas de moi un
altruiste authentique et, sans attendre d’être démasqué comme imposteur, je m’inflige
avec cruauté un nouveau tourniquet de tourments psychiques. On n’a que le bien
que l’on se donne. Et surtout, on n’est jamais aussi bien desservi que par
soi-même. L’autoflagellation ne me rendra pas disponible pour l’élection
divine.
Comment
authentiquement sacrifier mon Moi grandiose sans brandir le scalp d’Hara-Kiri
en trophée ? Mettre en scène mes propres funérailles
fera-t-il taire tout ce vacarme existentiel ou, ultime trompe-l’œil, est-ce
simplement une nouvelle manifestation de mon narcissisme compulsif ?
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